Fragments d’un discours interrompu

Événement bienvenu de tous et longuement attendu, l’inauguration de la « halle alimentaire » du 10e arrondissement, portée par la jeune entreprise d’ESS Kelbongoo, a enfin été célébrée jeudi dernier 12 octobre en présence de
– Rémi Féraud, sénateur-maire du 10e arrondissement ;
– Elise Fajgeles, députée de la 5e circonscription et conseillère d’arrondissement ;
– Olivia Polski, maire-adjointe de Paris chargée du Commerce et de l’Artisanat, élue du 14e arrondissement ;
– Antoinette Guhl, maire-adjointe de Paris chargée de l’Économie sociale et solidaire, élue du 20e arrondissement ;
– Didier Le Reste, conseiller de Paris, délégué à la politique de la ville ;
– Paul Simondon, premier adjoint au maire du 10e arrondissement chargé de l’Urbanisme ;
– Hélène Duverly, maire-adjointe du 10e arrondissement chargée du Commerce et de l’Artisanat ;
– Jacques Larouzée, directeur territorial nord-est chez Paris Habitat
… et j’en passe (avec pourtant un coucou, parmi les personnes fondues dans la foule, à Léa Vasa, maire-adjointe elle aussi et l’un de nos premiers interlocuteurs à la mairie du 10e, à Camille Arnodin et Charly Ferret, de l’équipe d’animation du Conseil de quartier Hôpital Saint-Louis / Faubourg du Temple, aux représentants des mobilisations citoyennes dans le 3e [Groupe des 24.000] et le 20e [association Carton rouge] venus fêter l’événement avec nous, et à Dominique Monin de la Librairie Les Nouveautés et Daniel Max de l’association ETM, déjà installés dans d’autres locaux de l’immeuble Bichat-Temple).

La première à prendre la parole était Léa Barbier, co-fondatrice de Kelbongoo, qui a bien voulu nous communiquer son discours pour publication sur ce blog :

Nous inaugurons aujourd’hui la première expérimentation de halle alimentaire parisienne. Kelbongoo a donc aujourd’hui la chance d’incarner l’une des expérimentations. C’est pour nous l’aboutissement de quatre ans de travail intense pour construire ce projet, et il s’agira de notre troisième point de distribution, les deux autres étant situés dans le 20e, au métro Télégraphe et dans le quartier Saint-Blaise, métro Maraîchers.
Cette halle alimentaire est l’aboutissement d’une convergence entre le travail de Kelbongoo, la mobilisation d’un collectif d’habitants du 10e, Stopmonop, qui voulait voir s’installer cette halle alimentaire dans leur quartier, et celles de nombreux élus du 10e qui se sont battus pour la voir naître.
Kelbongoo est une entreprise sociale, dont l’objectif est, d’une part, de démocratiser l’accès à des produits fermiers frais, locaux et de qualité, par des prix à la portée du plus grand nombre, d’autre part, de soutenir les producteurs locaux, à qui nous reversons 77 % du prix de vente. Nous sommes le seul intermédiaire entre producteurs et consommateurs. C’est donc une logique de circuit court mais aussi de commerce équitable.
Kelbongoo se charge de la partie logistique, distribution et communication, notamment du transport, de la préparation des commandes, de la distribution auprès des consommateurs.
Nous venons cet été avec l’équipe de franchir un grand cap, avec l’ouverture d’un entrepôt à Montreuil où se fait la préparation des commandes, afin de pouvoir fournir nos trois points de distribution, dont la halle alimentaire de la rue Bichat.

Les grands objectifs de Kelbongoo :

  • opérer une reconnexion entre milieu rural et milieu urbain, entre producteurs de Picardie et habitants du 20e et du 10e;
  • permettre aux consommateurs de retrouver une vraie traçabilité dans les produits qu’ils achètent, une transparence sur les pratiques de production des producteurs et une transparence sur les prix, sur la répartition des marges et de la valeur ajoutée ;
  • permettre aux gens de se réapproprier leur alimentation et de comprendre l’impact de leur consommation sur l’environnement et la santé ;
  • soutenir une agriculture paysanne, des petites et moyennes exploitations locales qui :
    1) sont créatrices d’emploi en milieu rural

    2) ont des pratiques respectueuses de la terre, des bêtes et des hommes
    3) recherchent le goût et la qualité avant tout pour leurs produits ;
  • permettre à ces producteurs d’accéder aux débouchés urbains tout en conservant un prix rémunérateur et une charge de travail allégée grâce à notre organisation logistique;
  • contribuer à la démocratisation des produits fermiers, en nous implantant dans les quartiers populaires et mixtes de Paris et en mettant en place des partenariats comme celui noué avec le centre social Saint-Blaise pour permettre de subventionner les paniers Kelbongoo de familles adhérentes du centre grâce au financement de l’association Ernest.

Kelbongoo s’inscrit dans le mouvement de l’économie sociale et solidaire. En l’occurrence, l’enjeu est de reconquérir un secteur marchand, celui de l’alimentation, pour s’extraire des objectifs de profit d’une entreprise classique et insuffler des valeurs et objectifs sociaux à ce secteur. Ce secteur est crucial puisqu’il touche à des questions de santé et d’environnement de par son lien à notre alimentation et notre mode de production agricole.
Nous essayons donc de créer une alternative, à notre petite échelle, comme beaucoup d’autres initiatives en circuit court qui se développent partout en France. Une alternative notamment au système agro-alimentaire, qui est un mode de production industrielle qui repose sur la grande distribution. Ce mode de production agricole industrielle, comme nous pouvons aujourd’hui le constater, est destructeur de l’environnement, maltraitant pour les animaux, fait disparaître les savoir-faire artisanaux et place au second rang le goût des produits. Ce système contribue aussi à la disparition des petits et moyens producteurs, par des marges qui les écrasent, comme l’actualité nous l’a rappelé récemment avec la crise du lait et celle de l’élevage.
Nécessité aujourd’hui de repenser nos modes de consommation et de refaire du lien entre les territoires ruraux et urbains, de nous reconnecter avec ceux qui produisent notre alimentation et nous nourrissent, comprendre leurs contraintes, notre interdépendance, encourager un mode de production agricole différent, préserver les terres agricoles.
Pour ce faire, le concept de « halle alimentaire » du 10e a aussi une dimension d’éducation populaire. Une association, Les Tambouilles, a été créée récemment par des consommateurs de Kelbongoo avec pour but de ménager des espaces de rencontre et d’échange autour des thématiques de l’alimentation et de l’agriculture entre personnes issues de milieux sociaux différents et entre producteurs et consommateurs, mais aussi de susciter des interrogations sur notre système agro-alimentaire. Il s’agira pour cette association de mener des activités du type visites de ferme, ateliers de cuisine, débats, etc… en particulier dans le 10e.
Dans le cadre de la halle alimentaire, nous allons dans un premier temps ouvrir notre boutique d’épicerie tous les samedis, dès ce samedi 14, et accueillir les personnes du quartier qui souhaiteraient avoir davantage d’informations sur le projet. Nous avons pour objectif de démarrer la distribution des produits frais dans les semaines qui viennent.

Remerciements

J’aimerais tout d’abord remercier l’ensemble de l’équipe de Kelbongoo, ses 21 salariés, qui permettent au quotidien, chacun dans son métier, de fournir les habitants du 20e en produits frais depuis plus de quatre ans maintenant et qui va fournir aujourd’hui les habitants du 10e. Notre équipe travaille très dur, notamment dans le secteur difficile qu’est la logistique, avec l’ouverture de notre entrepôt cet été, afin, entre autres, de pouvoir fournir cette halle alimentaire.
J’aimerais remercier les consommateurs fidèles qui nous suivent pour certains depuis quatre ans.
J’aimerais remercier les 50 producteurs avec qui nous travaillons et qui nous font confiance, depuis plusieurs années déjà, pour vendre leurs produits et valoriser leur travail et dont plusieurs sont parmi nous aujourd’hui.
J’aimerais remercier la Mairie de Paris qui a prévu de nous verser une subvention en décembre dans le cadre du budget participatif et qui a financé Paris Habitat pour réaliser les travaux de ce local dans le cadre de l’expérimentation de la halle alimentaire. Je m’excuse d’avance de ne pas pouvoir citer toutes les personnes qui nous ont soutenu pour la réalisation de ce projet, mais j’aimerais en particulier remercier Rémi Féraud, maire du 10e, Didier Le Reste, élu PCF-Front de Gauche du 10e ainsi que sa collaboratrice Juliette Ryan, qui nous ont soutenu depuis le début pour la réalisation de ce projet, ainsi que les élus EELV du 10e.
J’aimerais remercier le collectif Stopmonop et en particulier Erika Abrams, qui se sont battus contre l’installation d’un Monoprix dans ces locaux depuis 5 ans et qui ont déposé le projet de halle alimentaire avec succès au budget participatif de 2016, nous permettant d’obtenir les fonds qui vont nous être versés.
Enfin, j’aimerais remercier Paris Habitat pour la réalisation des beaux travaux dont nous voyons le résultat aujourd’hui.

Contrairement aux usages protocolaires, Léa m’a ensuite passé le micro pour que je dise, au nom du collectif, un mot au sujet de la mobilisation citoyenne qui a abouti à l’installation d’une « halle alimentaire » à la place du DailyMonop’ initialement prévu à l’angle Bichat-Temple et qu’on nous présentait encore en 2013 comme un projet bouclé sur lequel il n’était pas question de revenir. Le discours, improvisé, a été interrompu à mi-parcours par Rémi Féraud, qui m’a accusée de vouloir transformer l’inauguration en « meeting politique ». J’en consigne ici les bribes. Bribes d’abord de ce qui a pu être dit :

L’histoire de notre combat ne peut pas se raconter en deux mots ou en deux minutes. Je me bornerai donc à en marquer quelques jalons, en commençant par où Léa a terminé : les remerciements.
Un grand merci d’abord à Amélie Ragueneau, Sonia Duhalde, Lucy Amado et les commerçants du quartier qui ont lancé, en mai 2011 (il y a six ans et demi) une première pétition papier « Contre le DailyMonop’ et pour la diversité commerciale ». Sans leur initiative, nous ne serions pas là ce soir. Mais aussi sans le long chemin, pas toujours facile, qui a suivi, avec
– encore trois pétitions (la dernière en date lancée le 15 juillet dernier)
– trois questions de pré-Conseil posées en Conseil d’arrondissement du 10e
plusieurs plénières du Conseil de quartier Saint-Louis / Faubourg du Temple
– des sondages, des tractages, des affichages et des rassemblements à l’angle Bichat-Temple
– des échanges avec les élus (non sans frictions, malgré le beau consensus qu’exprime cette cérémonie)
– et enfin un appel à candidatures, lancé conjointement par la Mairie et le bailleur, en tenant compte de la consultation des habitants et en incluant des habitants dans le jury (procédure qui aura encore un épilogue dans les prochains jours pour l’attribution du lot n° 1 suite au désistement du candidat retenu en 2015).
À remercier aussi, ceux qui ont été nos principaux interlocuteurs pour faire lever les blocages successifs :
– Léa Vasa, Sylvain Raifaud et Dante Bassino, trois jeunes maires-adjoints du10e
– Ian Brossat à l’Hôtel de Ville
– Stéphane Bettiol chez Paris Habitat
– enfin Didier Le Reste et les élus PC qui ont pris la relève depuis le vote de la délibération « Les Quatre Saisons Solidaires » en Conseil de Paris en juillet 2016.
À l’antipode de toute la logique de la grande distribution, la « halle alimentaire » portée par Kelbongoo représente notre victoire la plus emblématique. Mais notre combat ne s’arrête pas là et s’insère dans un contexte plus vaste :
1° plus vaste en ce sens que les Parisiens, des quartiers populaires ou « en transition » vers une gentrification subie, sont de plus en plus nombreux à se regrouper et, prenant au mot ceux qui leur parlent de « démocratie participative » et de « co-construction », à revendiquer – pour des raisons qui ne sont pas étroitement égoïstes, mais de principe – une part concrète aux décisions concernant leur cadre de vie (au-delà des premiers pas timides du budget participatif, dont les participants ont souvent l’impression d’être bien plutôt dépossédés de leurs « idées » qu’intégrés au processus décisionnel) ; de plus en plus nombreux à s’opposer à la mainmise de la grande distribution sur le tissu commercial parisien, aux logiques spéculatives qui la sous-tendent et s’expriment, par ailleurs, à travers la privatisation croissante de l’espace et des équipements publics.

C’est au milieu de l’évocation de quelques autres mobilisations citoyennes dont la lutte rejoint la nôtre (le collectif Ramponeau, pour la sauvegarde de l’artisanat à Belleville ; l’association Carton Rouge, contre le Carrefour de 1950 m2 annoncé au 94 avenue Gambetta et l’opération financière qui a permis à la multinationale de l’agro-alimentaire Cargill d’encaisser une plus value de 50 millions aux dépens des contribuables ; le groupe des 24.000, opposé à l’opération spéculative de la banque d’investissement Blackstone créant dans le 3e arrondissement 24.000 m2 de bureaux inutiles aux dépens du logement social ; le collectif Maison de l’Air, opposé à la privatisation du pavillon en haut du parc de Belleville au bénéfice d’un bar branché ; les deux péniches culturelles du bassin de la Villette, chassées au profit d’un Carrefour flottant et d’une antenne de la grande surface culturelle qu’est la Bellevilloise sous prétexte de rentabilité ; les défenseurs des terres agricoles du Triangle de Gonesse, etc. – voir la page Pétition de ce blog) que les politiques ont perdu patience et que Rémi Féraud m’a assez brutalement coupé la parole, malgré les sympathies manifestes de la salle. Suivent donc les bribes de ce qui n’a pas pu être dit :

2° plus vaste, le contexte l’est aussi par les visées de notre action (remise en question de la politique de financement du logement social par les loyers excessifs demandés pour les locaux d’activité en rez-de-chaussée des résidences HLM, qui font le jeu de la spéculation immobilière et contribuent à fermer la presque-totalité du tissu commercial parisien aux ménages à revenus modestes) et par ses acquis :
création en septembre 2015 de la Commission extramunicipale sur le commerce et l’artisanat ; et
– inclusion de la rue du Faubourg du Temple dans l’opération Vital’Quartier 2 de la Semaest
(deux outils donc d’une possible participation citoyenne – tout dépendra de ce qu’on réussira à en faire avec les élus).

Le contexte dans lequel se place l’inauguration de la première halle alimentaire parisienne est, cela dit, à tout prendre assez sombre, avec
– les suppressions d’emplois aidés qui mettent en péril de nombreuses associations engagées dans la voie d’une transition alimentaire (dont, près de chez nous, la Petite Rockette, ressourcerie du 11e arrondissement, très active dans la collecte et le recyclage des invendus) ;
– l’orientation donnée aux états généraux de l’alimentation, qui semblent vouloir avant tout sauvegarder l’agriculture intensive et les modes de consommation qui vont avec, quitte à creuser encore les inégalités, sans véritable remise en cause du modèle américain qui nous mène dans le mur ;
– le vague qui entoure le dispositif des « Quatre Saisons Solidaires » (inégalité de traitement des deux expérimentations [celle du 14e, favorisée, étant plutôt un chantier d’insertion qu’une « halle » au sens de la délibération de juillet 2016] ; aucune vision de ce qui suivra l’actuelle phase expérimentale, dont les critères d’évaluation et la durée même restent indéfinis) ;
– la baisse des APL, supportée surtout par les bailleurs sociaux qui, fragilisés ainsi, seront plus que jamais tentés de faire de leurs locaux d’activité une variable d’ajustement au préjudice à la fois de la vie associative et de l’ESS ;
– l’étrange intérêt manifesté ces derniers temps par les Renseignements généraux pour des structures comme Stopmonop ou la Petite Rockette.

Malgré tout cela, nous espérons que Kelbongoo sera non seulement une belle réussite dans sa tâche de mettre une alimentation saine à la portée de tous, contribuant par son succès à la pérennisation et à l’extension du dispositif des « Quatre Saisons Solidaires », mais deviendra aussi, par son volet social, un foyer de l’activisme citoyen dans le quartier.

Ont suivi des discours d’Olivia Polski, Didier Le Reste et Rémi Féraud. Nous reproduisons celui de Didier Le Reste, très actif ces derniers mois pour faire respecter le vote des habitants du 10e au budget participatif 2016 en faveur de la « halle alimentaire » :

Tout d’abord je tiens à saluer chaleureusement l’engagement de Léa Barbier et Richard Fielding, cofondateurs de Kelbongoo, pour faire vivre ce beau projet.
Nous avons surtout lors des derniers mois eu l’occasion de travailler avec Léa, et avons essayé, autant que faire se peut, de les accompagner dans le développement de leur projet.
Mais je connais également l’importance des enjeux de logistique et d’acheminement qui sont traités en grande partie par Richard Fielding.
Le travail qu’il réalise va bien au-delà d’une démarche entrepreneuriale classique, il s’agit ici d’un engagement profond, menant, si je comprends bien, à passer des journées longues, dans l’entrepôt, dans les lieux de distribution, chez les producteurs et derrière un bureau. Pour une richesse qui est celle du plaisir du travail bien fait, plutôt que d’un compte en banque bien rempli.
En appui de la mobilisation du quartier, le soutien de tous les différents partenaires présents a été indispensable, même si on aurait pu éviter certains blocages, mais sans votre détermination, et votre pugnacité à porter ce projet, innovant, original et novateur, nous n’aurions pas le plaisir d’être réunis ce soir.
C’est un projet, et le nombre de présents ce soir en témoigne, qui répond à une vraie aspiration populaire et à ce que portent nombre d’entre nous.
Les communistes ont porté dans le cadre de la campagne des municipales de 2014 une proposition, celle de développer à Paris des Halles alimentaires, lieux de vente en circuit court, à des prix accessibles à tous les Parisiens, tout en garantissant une juste rémunération des producteurs.
Cela fait écho à l’initiative, co-organisée entre le syndicat agricole le MODEF et le PCF tous les ans place de la Bastille, de vente de fruits et légumes à prix coûtant, pour montrer qu’il est possible de développer des modèles alternatifs à la grande distribution, au bénéfice tant du consommateur que du producteur.
Cette proposition est ensuite devenue un engagement de la mandature.
En ce sens, Nicolas Bonnet, Président du groupe communiste, dont je salue la présence ici ce soir, a sollicité dès 2015 la réalisation d’un rapport sur le sujet par l’Inspection générale de la Ville de Paris. Travail de qualité, qui a permis de mettre en lumière les risques et les difficultés à mettre en œuvre ce type de projet.
Puis, en juillet 2016, à la lumière de cette expertise, le groupe communiste a proposé une délibération sur les Halles alimentaires, qui a été adoptée à l’unanimité du Conseil de Paris. Ce vote a lancé la démarche avec un dispositif intitulé « Les Quatre Saisons Solidaires », et a acté le lancement de deux expérimentations, une dans le 14e arrondissement et une dans le 10e.
L’objectif de ce projet a déjà été bien expliqué par Léa Barbier, il s’agit à la fois de se soucier de la situation des producteurs agricoles, qui trop souvent ne peuvent vivre décemment de leur labeur, et des conditions dans lesquelles ils travaillent, de l’impact sur l’environnement et sur l’emploi. Il s’agit de construire un projet qui soit viable et acceptable et bénéfique pour tous, producteurs et consommateurs et politiques, parce qu’il répond à la fois aux enjeux environnementaux, de développement durable, de santé publique et de qualité de vie.
La démocratisation de l’accès de tous à une alimentation de qualité est au cœur de ce projet. Et cela passe en premier lieu par un prix accessible. C’est la condition nécessaire, mais pas suffisante. En effet, si nous voulons que l’accès à une alimentation de qualité soit réellement approprié par toutes et tous, c’est aussi d’une démarche proactive, d’éducation populaire que nous avons besoin. La Ville y participe directement avec Paris Santé Nutrition, mais nous avons besoin de relais sur ces sujets, qui soient directement dans les quartiers au quotidien et qui proposent une vraie alternative.
C’est pourquoi j’en profite pour saluer le lancement de l’association « Les Tambouilles », qui va pleinement pouvoir s’impliquer dans ce rôle, en développant les activités proposées, par exemple de visites de fermes, d’ateliers cuisine etc.
C’est un projet qui a été en gestation pendant de nombreux mois qui aboutit aujourd’hui, c’est un projet ambitieux, puisqu’il s’agit de proposer un modèle alternatif, c’est un projet expérimental, qui a vocation à susciter des doutes, des interrogations, et des ajustements si nécessaires, et c’est un projet innovant, qui suscite donc aussi l’intérêt du plus grand nombre.
Je suis donc particulièrement heureux que nous puissions ensemble inaugurer ce lieu, a fortiori puisque nous sommes situés dans un quartier populaire de Paris.
Dans une période où l’État rogne sur les contrats aidés pour les associations, mettant à mal certaines d’entre elles après qu’il a diminué les crédits pour la politique de la Ville en 2017, il est plus important que jamais que la Ville de Paris continue de soutenir des projets ambitieux au cœur des quartiers populaires au bénéfice de tous les Parisiens.

Le samedi 14, dans le cadre de son compte rendu de mi-mandat, Anne Hidalgo, toujours sous l’éblouissement de ses JO, n’a pas jugé utile de communiquer au sujet du commerce parisien ou de la transition alimentaire.
Partie remise ? Difficilement, sans une remise en question des priorités de ceux qui nous gouvernent, à même de garantir que la belle initiative de Kelbongoo rue Bichat ne soit pas que l’exception qui confirme la règle d’une « réussite » sans autre critère que l’argent.

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Lettre ouverte à Pauline Véron

En attendant de retrouver le 12 octobre, à l’inauguration de Kelbongoo Bichat (voir page ACTUS), tous ceux qui ont suivi et soutenu notre lutte pour une alternative à la grande distribution à Bichat-Temple, vous trouverez ci-dessous le texte d’une lettre ouverte à Pauline Véron, adjointe à la Maire de Paris chargée de la démocratie locale, de la participation citoyenne [y compris le budget participatif], de la vie associative, de la jeunesse et de l’emploi, envoyée ce lundi 18 septembre par courrier électronique à Mme Véron, avec copies à Anne Hidalgo, maire de Paris, à Sylvain Raifaud, maire-adjoint du 10e arrondissement en charge des espaces verts, de la démocratie locale, du budget participatif et de la vie associative, et à Ari Brodach, responsable du budget participatif à la DDCT (Direction de la démocratie, des citoyens et des territoires) de la Mairie de Paris :

« Madame,

En ce début du scrutin de l’édition 2017 du budget participatif, je vous écris en tant qu’animatrice d’un collectif d’habitants du 10e et du 11e arrondissement (Stopmonop) qui a déposé, aux trois dernières éditions, des projets conçus, au mieux de nos moyens, pour servir l’intérêt général du plus grand nombre et contribuer donc à donner au budget participatif le sens d’une réelle avancée démocratique (loin des reproches de gadgétisation et de boboïté qui ont pu lui être adressés) :

– en 2015 : https://idee.paris.fr/les-halles-de-la-transition-alimentaire et https://idee.paris.fr/la-salle-pour-tout-et-tous
– en 2016 : « Une halle alimentaire pour le 10e » (https://budgetparticipatif.paris.fr/bp/jsp/site/Portal.jsp?page=idee&campagne=C&idee=929)
– en 2017 : « Des escaliers mécaniques au métro Goncourt » (https://budgetparticipatif.paris.fr/bp/jsp/site/Portal.jsp?page=idee&campagne=D&idee=2122) et « Place aux piétons dans le haut du Faubourg du Temple » (https://budgetparticipatif.paris.fr/bp/jsp/site/Portal.jsp?page=idee&campagne=D&idee=2136)

De ces cinq projets, un seul – celui de 2016 – a été soumis au vote… et plébiscité par les habitants du 10e arrondissement. C’est le sort de ce projet, anticipant sur le dispositif « Les quatre saisons solidaires », approuvé par le Conseil de Paris en juillet 2016, qui m’inspire quelques réflexions que je voudrais partager avec vous.

Le montant de la subvention votée pour la « halle alimentaire » du 10e arrondissement a été fixé par les services de la Ville et, en principe (d’après le processus décrit dans la Gazette du budget participatif), entériné en décembre 2016 lors du vote du budget municipal 2017. Alors que les habitants du 10e (et du 11e) attendaient avec impatience l’ouverture de la « halle », le collectif a eu pourtant la mauvaise surprise d’apprendre que sa réalisation rencontrait des difficultés – nouvelle transmise, non par les services de la Ville, mais indirectement, par l’équipe de Kelbongoo, entreprise de l’ESS sélectionnée (par un jury réunissant élus et représentants à la fois du bailleur Paris Habitat, de la DAE et des habitants) pour aménager, gérer et, à vrai dire, inventer la « halle ». Nous avons dû poser une question de pré-conseil au Conseil d’arrondissement du 10e le 27 avril (http://www.api-site.paris.fr/mairies/public/assets/2017%2F6%2FCompte-rendu%20CA%2027%20avril%202017.pdf), puis lancer, le 15 juillet, une pétition en ligne (https://stopmonop.wordpress.com/2017/07/15/sauvez-la-halle-alimentaire-a-bichat-temple/) pour que la situation commence enfin à se débloquer. Pourtant, le montant de la subvention votée par les habitants et budgétisée par la Ville en 2016 n’a cessé de se réduire : au lieu des 200 000 € votés, la DAE proposait (si nous sommes bien informés) fin juillet 131 000 €, début septembre 122 000 € et, aux dernières nouvelles, 125 000 €. Va-t’on s’en tenir là ? Nous ne le savons pas.

Je n’entrerai pas ici dans les problèmes concrets, non négligeables, que pareille incertitude pose à Kelbongoo, ni dans la question des véritables motivations de la valse hésitation autour de la subvention destinée à la halle alimentaire du 10e (le règlement européen de minimis concernant les aides d’État, mis en avant le 24 mai à la seule étape du processus – réunion chez Olivia Polski – à laquelle le collectif ait été invité à assister, semble à tout le moins susceptible de plusieurs interprétations), ni dans l’historique du collectif et du local, destiné initialement à une enseigne de la grande distribution. Ce qui nous inquiète, dans le contexte du budget participatif et par rapport à ses objectifs affichés, c’est plutôt la défiance que tout cela ne peut manquer d’inspirer, et cela à un moment où – les dernières élections l’ont montré – la désaffection démocratique ne cesse de croître, notamment dans les couches de la population qu’est censé cibler le dispositif des « Quatre saisons solidaires ». Défiance aussi chez les citoyens conscients et engagés qui font partie du collectif et qui se demandent pourquoi ils n’ont pas pu participer davantage au devenir de leur projet, pourquoi ni le collectif, en tant qu’auteur du projet voté, ni les 28 personnes ayant exprimé sur la plate-forme du budget participatif, entre le 15 février 2016 et aujourd’hui même, 18 septembre 2017, le souhait de s’y associer, n’ont à aucun moment été informés, même sommairement, par vos services ou la DDCT, des obstacles auxquels s’est heurté un résultat qu’ils avaient tout lieu de croire acquis (ni des solutions qui ont pu y être apportées). Le seul écho que nous avons eu des accidents de parcours de notre apport au budget participatif 2016 est tombé le 14 août dernier : un message d’une agente de la Direction du renseignement de la Préfecture de police, arrivé à l’adresse contact du collectif, nous sommant de « prendre attache » pour « parler de [n]otre position concernant la halle alimentaire ». Comme si le souci de mettre une alimentation saine à la portée de tous les Parisiens, dans le respect des circuits courts et d’une juste rémunération des producteurs – souci que vous comprenez certainement, ayant eu pendant quelque temps, dans l’équipe de Bertrand Delanoë, la charge du secteur de l’économie sociale et solidaire, et souci repris d’ailleurs dans le projet no 17 du bulletin de vote « Tout Paris » de l’édition 2017 du budget participatif – représentait une menace à l’ordre public ! Un tel incident, plus proche de l’intimidation que de l’encouragement, est mal fait pour amener « une population qui vote peu aux élections » (Emmanuelle Zemour, citée dans Le Monde du 5 octobre 2016) à « s’impliquer » dans une « logique de construction » (Frédérique Calandra, citée dans le même article) et la convaincre de la « transparence du processus de décision publique » (présentation du budget participatif 2014).

J’espère, comme nous tous au sein du collectif Stopmonop, qu’au bout du compte tout ira bien pour Kelbongoo, qui lance déjà les invitations pour l’inauguration de la première « halle alimentaire » de Paris, au 3bis rue Bichat. Mais… membre aussi de l’équipe d’animation du Conseil de quartier Hôpital Saint-Louis / Faubourg du Temple, je devrai, dans les jours qui viennent, aider à tenir une urne mobile pour le vote du budget participatif 2017, puis à animer une réunion plénière consacrée en grande partie au thème du « budget participatif : où en est-on ? » À la lumière de l’expérience que je viens de conter, je m’avoue perplexe.

Comment faire comprendre à d’autres ce qui, pour moi, ne fait pas sens ?

Quelle crédibilité accorder au budget participatif, si le résultat du scrutin peut être modifié à volonté même une fois entériné par le vote du budget municipal ?

Quel sens donner à l’épithète « participatif », comment prendre sur soi et motiver d’autres pour retenter le coup, si le dispositif que la communication de la DDCT nous félicite de nous « approprier » (message de Sylvain Raifaud, maire-adjoint du 10e, aux auteurs de projets non retenus au vote 2017, 1er septembre 2017), en fait nous dépossède et nous exclut de toute part à la mise en œuvre de notre projet, voire nous tient, semble-t-il, pour suspects là où nous persistons à vouloir tout de bon « participer directement aux décisions qui concernent [notre] vie quotidienne » (votre édito dans la Gazette du budget participatif, no 1, juillet 2017) ?

En vous remerciant des conseils que vous pourriez éventuellement me donner,
bien cordialement

Erika Abrams »

Un petit rappel du sort de nos autres projets, à méditer en cette période de scrutin du budget participatif 2017 :

– Les halles de la transition alimentaire : projet non retenu au vote 2015 sous prétexte que « la municipalité n’a pas vocation à entrer dans des activités commerciales d’ordre privé ».
– La salle pour tout et pour tous : projet non retenu au vote 2015 pour cause de « dépenses de fonctionnement trop importantes » et parce que « de nombreux équipements portés et financés par la Ville de Paris mène[raie]nt des activités comparables à celles évoquées dans le projet ».
– Des escaliers mécaniques au métro Goncourt : projet non retenu au vote 2017 (première édition du budget participatif à englober aussi la RATP) parce que le « projet n’entre pas dans le champ de compétences de la Ville de Paris, ni dans celui de la RATP », mais « relève directement du STIF », ce qui semble assez discutable. À la plénière du Conseil de quartier le 4 avril et à nouveau chez Elise Fajgeles le 30 mai, Didier Perret de la RATP nous avait dit que le projet était à l’étude et que les résultats seraient présentés à une réunion publique à la rentrée – réunion dont nous sommes sans nouvelles ; la RATP laisse nos relances sans réponse et à la mairie du 10e, depuis l’entrée d’Elise Fajgeles à l’Assemblée, la délégation des Transports et de l’Espace public est en déshérence.
– Place aux piétons dans le haut du Faubourg du Temple : projet non retenu au vote 2017, notre demande d’une réflexion sur l’aménagement de la rue compte tenu de la nouvelle sortie de la ligne 11 à caser devant la cour de la Grâce de Dieu et du passage de la nouvelle ligne de bus n° 20 étant jugée « prématurée » pour les raisons mêmes qui nous l’ont inspirée ; la Ville n’est pas d’avis que mieux vaut prévenir que guérir, malgré l’annonce de reports importants de circulation par la rue du Faubourg du Temple et l’avenue Claude Vellefaux (sous les fenêtres de l’hôpital) suite à la piétonisation partielle du boulevard de Belleville (entre la rue du Faubourg du Temple et la rue de la Fontaine au Roi) décidée de façon unilatérale par le 11e et le 20e dans le cadre justement d’un vote du budget participatif – encore un dossier dont personne ne s’occupe à la Mairie du 10e ; nos relances aux maires du 11e et du 20e qui, le 27 juin, avaient promis une réunion inter-arrondissements sur le carrefour de Belleville restent sans réponse.

À désespérer ? À voir.

Mise à jour du 17 octobre :
Un mois après l’envoi de notre lettre ouverte, quelques jours après l’inauguration de Kelbongoo, lors de laquelle j’ai longuement discuté avec un jeune membre de l’équipe du Budget participatif à l’Hôtel de Ville, j’ai reçu de Mme Véron la réponse suivante :

Madame,

Vous m’avez écrit à propos du projet « Une halle alimentaire pour le 10e », et je vous en remercie. Ce projet, lauréat du budget participatif 2016 dans le 10e arrondissement, prévoyait de « financer la partie « investissement » de la réalisation de la « halle » : l’aménagement du local attribué et sa mise aux normes pour la vente de produits frais et l’activité d’animation qui assurera son rayonnement dans le quartier ». Pour réaliser ce projet, une première subvention, d’un montant de 196 000€ , a été versée à Paris Habitat, en vue d’aménager le local commercial. Grâce à cette subvention, les travaux évoqués dans le projet voté au budget participatif ont été réalisés. Une subvention complémentaire d’un montant de 124 000€ sera versée à Kelbongoo  lors du conseil de Paris de novembre (et rapportée par ma collègue Olivia Polski), en vue de favoriser le développement de cette structure et de permettre le développement d’une alimentation saine et à portée de tous, enjeu qui est cher à notre municipalité.

Bien consciente que les délais de réalisation des projets portés et votés par les habitants dans le cadre du budget participatif peuvent paraître longs, je tiens à vous assurer que l’administration fait tout son possible pour les réduire au maximum. Le circuit comporte néanmoins quelques étapes obligées : après le vote des Parisiens sur le budget participatif, fin septembre, le budget de l’année N+1, comprenant l’enveloppe dédiée aux projets du budget participatif, est adopté au Conseil de Paris de décembre. Ce n’est donc qu’à partir du 1er janvier de l’année suivante que les différents projets du budget participatif peuvent être mis en œuvre.
Pour le projet de halle alimentaire, nous avons eu au cours de l’année 2017 à lever quelques interrogations, notamment juridiques, qui n’avaient pas pu être expertisées durant la première phase d’instruction du projet. Les difficultés juridiques ayant été levées, je me réjouis que cette nouvelle halle alimentaire ait pu être inaugurée jeudi dernier, dans un délai en réalité relativement raisonnable pour un projet de cette importance.

Je tiens enfin à vous remercier pour votre mobilisation à toutes les phases du budget participatif. Cet outil est fait pour que les citoyens puissent contribuer à l’amélioration concrète de leur ville et jouer un rôle nouveau dans la construction des politiques publiques. Je suis très attentive à l’amélioration en continu de ce dispositif novateur, qui vient changer les modes de travail de l’administration et des élus. J’ai donc pris bonne note de votre souhait que les habitants soient davantage associés y compris à la mise en œuvre des projets qu’ils ont déposés et votés. C’est en effet un axe de progrès important sur lequel les équipes en charge du budget participatif ont commencé à ma demande à travailler dès cette année.

En vous remerciant encore une fois de votre mobilisation, j’espère avoir répondu à vos interrogations.

Bien à vous,


Pauline VERON
Adjointe à la Maire de Paris
chargée de la démocratie locale, de la participation citoyenne,
de la vie associative et de la jeunesse
Conseillère de Paris et du 9e arrondissement

Décryptage :

Mme Véron se tire assez adroitement de l’exercice consistant à répondre légèrement à côté des questions qui demeurent :
– Alors que les trois mois qui suivent le dépôt des projets sont consacrés à une étude de faisabilité réalisée par les services de la Ville, comment expliquer que des « interrogations juridiques » assez importantes pour remettre tout le projet en cause n’aient émergé que quelques mois après le vote du budget de la Ville, entérinant et budgétisant les résultats du scrutin ?
– Si la subvention d’équipement accordée à Paris Habitat en novembre 2016 est considérée comme répondant pleinement au projet voté au budget participatif (chose discutable, vu la totale inviabilité commerciale du lot assigné à Kelbongoo avant ces travaux), comment expliquer qu’on ait laissé croire à Kelbongoo, jusqu’à la fin du printemps, qu’ils pourraient disposer de la totalité de la subvention votée (intégrée donc, fort logiquement à leur plan de financement) ?
– Comment expliquer les deux poids et deux mesures appliqués aux deux expérimentations de « halle alimentaire » – celle du 14e, arrondissement d’Olivia Polski, n’étant pas soumise à la réglementation européenne « de minimis » invoquée pour justifier la diminution de la subvention votée pour Kelbongoo ?
– Comment comprendre l’intérêt (anecdotique, certes, mais inquiétant quand même) des Renseignements généraux pour Stopmonop et la « halle alimentaire » ?

Enfin, tout est bien qui finit bien : la réponse de Mme Véron représente au moins, enfin, un engagement noir sur blanc de la Ville en ce qui concerne la subvention qui sera présentée au Conseil de Paris en novembre (même si le chiffre a encore bougé : après 131 000 € fin juillet, 122 000 € début septembre, 125 000 € à la mi-septembre, 128 000 € jeudi dernier, 124 000 € aujourd’hui). Reste à voir s’il n’y aurait pas moyen de récupérer au moins une partie des 76 000 € restants, sinon directement au bénéfice de l’entreprise Kelbongoo, du moins indirectement pour le volet social de la « halle »…

Que le budget participatif est un dispositif perfectible, c’est indiscutable. On ne demande qu’à voir, mais il ne sera pas facile de juger des progrès accomplis dans la mesure où la liste des lauréats du scrutin de l’édition 2017 ne comprend aucun projet concernant directement le quartier.

Appel à candidatures – la relance

Le projet By Sou… – « poissonnerie à manger » sélectionnée par le jury de l’appel à candidatures lancé en mars 2015 compte tenu de la demande réelle d’une poissonnerie chez les habitants du quartier, refondue ensuite en simple restaurant à poissons avec vente de sushis à emporter pour mieux s’adapter (nous a-t-on dit) au lot n° 1 (173 m2 avec vitrine au 43 bis rue du Faubourg du Temple) – a définitivement renoncé à s’installer au rez-de-chaussée de la résidence sociale de Paris Habitat à l’angle Bichat-Temple. Le bailleur a donc lancé le 7 août, avec un strict minimum de publicité (nous n’en avons été informés, indirectement, que le 24, et à ce jour l’annonce ne figure pas sur le site de la Mairie de Paris, locaux-bureaux.paris.fr, censé centraliser tous les locaux d’activités proposés par les bailleurs sociaux de la Ville), un nouvel appel à candidatures, consultable sur son site internet :
http://www.parishabitat.fr/Documents/Appels-a-candidatures/Appel-a-projet-boutique-Bichat-Temple-paris-habitat-aout-2017.pdf
et désormais aussi sur la page Documents de ce blog :
https://stopmonop.files.wordpress.com/2017/08/appel-c3a0-candidatures-lot-nc2b0-1.pdf.

L’appel reprend pour l‘essentiel les termes de l’appel initial de 2015 et vise à répondre aux « attentes locales ». Le conseil de quartier a été consulté à ce sujet début juin. La liste (non exhaustive) des activités visées mentionne :
– Une poissonnerie, prenant en compte les circuits courts, à prix abordables
– Un charcutier-traiteur
– Une ludothèque ou un magasin de jeux et jouets
– Des activités innovantes, présentées par un candidat issu des incubateurs et pépinières municipaux.
Nous ajouterions pour notre part une réserve :
– Restaurateurs s’abstenir !

Le loyer visé est reparti à la hausse : 360-500 €/m2/an HT/HC.
(Si cette fourchette reste heureusement moins irréaliste que les 600 €/m2/an HT/HC demandés par les 3F – bailleur social privé – pour le grand local du 49 rue du Faubourg du Temple, resté inoccupé depuis une bonne dizaine d’années, elle est loin de correspondre au rôle régulateur que nous aimerions voir jouer aux bailleurs sociaux autant sur le marché des locations commerciales [à noter qu’après la boulangère, le boucher du 44 rue du Faubourg du Temple vient lui aussi d’être saisi pour non-paiement de ses loyers] que sur celui des logements. Espérons que le candidat sélectionné ne ciblera pas que la clientèle « bobo » et saura négocier au mieux de nos intérêts à tous. Cela, d’autant que le renoncement de By Sou… semble être dû essentiellement aux exigences financières du bailleur, concernant à la fois le loyer et les travaux nécessaires pour rendre le local apte à accueillir une activité de restauration.)

Les dossiers de candidature sont à déposer au plus tard le 30 septembre 2017, par courriel, à l’adresse du chargé d’action commerciale de la Direction territoriale Nord-Est de Paris Habitat, Guy Patachek (guy.patachek@parishabitat.fr). La procédure de sélection reste la même que pour l’appel initial de 2015, avec un jury comprenant des représentants des habitants.

Le délai est bien court. Le bailleur aurait-il d’ores et déjà un candidat en vue ?
Nous encourageons tous ceux qui connaîtraient des personnes ayant un projet intéressant pour le quartier et à la recherche d’un local à passer le mot.

Une première réponse

Notre pétition, lancée dans la nuit du 15 au 16 juillet, a recueilli plus de 1500 signatures en dix jours. Merci à tous ceux qui se sont mobilisés pour la halle alimentaire du 10e arrondissement. Grâce à vous et aux interventions des élus (outre la lettre de Nicolas Bonnet et Didier Le Reste à Anne Hidalgo le communiqué du groupe communiste au Conseil de Paris, le groupe EELV aussi est intervenu auprès de la directrice de la DAE), la situation semble se débloquer.

En effet, comme nous l’avons annoncé aujourd’hui dans une mise à jour sur la page de la pétition, les co-fondateurs de Kelbongoo ont été reçus, ce mardi 25 juillet, par des fonctionnaires de la DAE (Direction de l’Attractivité et de l’Emploi) et du service en charge de l’Économie solidaire, circulaire et de l’Insertion professionnelle. Les « difficultés juridiques » invoquées par Olivia Polski à la réunion du 24 mai semblent avoir été résolues. La Ville propose désormais, pour la « halle » du 10e, une subvention de 130 000 € (les 200 000 du budget participtif amputés du coût de la chambre froide que Paris Habitat a été chargé d’installer et d’une petite subvention versée à Kelbongoo par la DDCT [Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires] pour le développement du volet social de son activité) qui serait soumise à l’approbation du Conseil de Paris en novembre et versée, si tout va bien, en décembre.

D’ici là, Kelbongoo reste seul pour faire face au coût de son installation, toujours prévue pour septembre. Nous ne pouvons qu’espérer qu’elle ne sera pas retardée par ces rebondissements.

Malgré la joie avec laquelle nous prenons acte de ce premier pas bien concret dans la bonne direction

  • considérant la différence de traitement entre le 10e et le 14e arrondissement, à peine diminuée et qui demeure toujours aussi incompréhensible (que la Ville mette en place deux expérimentations de « halle alimentaire » portées par deux structures différentes est une excellente chose dans la perspective de la pérennisation et de la généralisation du dispositif des « 4 Saisons solidaires », mais pour juger objectivement, il importe qu’aucune des deux ne soit privilégiée sur l’autre) ;
  • considérant aussi que la Mairie est très clairement sensible à la publicité donnée à cette affaire ;
  • considérant que les « états généraux de l’alimentation », lancés en grande pompe par le gouvernement le 20 juillet, rendent les questions soulevées plus que jamais d’actualité ;
  • et tout bêtement parce que nous demandons à voir (les engagements tenus) pour croire

le collectif a décidé de NE PAS fermer la pétition. Elle demeure active, et nous vous encourageons à continuer à la relayer le plus largement possible autour de vous, pour maintenir la pression en prenant au mot ceux qui nous parlent de « démocratie participative ».

Rappel du lien pour signer : https://www.change.org/p/anne-hidalgo-sauvez-la-halle-alimentaire-du-10e-arrondissement-ab88a136-1b15-445a-93de-cfa31b5029f3

Sauvez la « halle alimentaire » à Bichat-Temple…

Pétition lancée sur le site Change.org le 15 juillet 2017 :

à Anne Hidalgo, maire de Paris
Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire
Olivia Polski, maire-adjointe de Paris en charge du Commerce et de l’Artisanat
Antoinette Guhl, maire-adjointe de Paris en charge de l’Économie circulaire, sociale et solidaire
Pauline Véron, maire-adjointe de Paris en charge de la Démocratie locale
Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement

 

Au scrutin du budget participatif 2016, 1680 habitants du 10e arrondissement de Paris ont donné leur suffrage au projet « Une halle alimentaire pour le 10e », déposé par le collectif Stopmonop et validé par les services techniques de la Ville et la Mairie d’arrondissement avec l’estampille « Quartiers populaires ». Arrivé deuxième dans l’arrondissement, c’était l’assurance pour Kelbongoo – jeune entreprise déjà établie dans le 20e, lauréate des Trophées de l’ESS 2015 et titulaire de l’agrément ESUS, choisie en octobre 2015, par un jury réunissant habitants et élus, pour offrir une alimentation saine à prix abordable à tous les habitants du 10e – de pouvoir réaliser dans les meilleures conditions son installation au rez-de-chaussée du nouvel immeuble Paris Habitat à l’angle de la rue Bichat et de la rue du Faubourg du Temple qui mobilise les habitants du quartier depuis six ans. C’est ici que, entre 2011 et 2015, nous avions combattu victorieusement l’arrivée d’un énième supermarché superflu (un DailyMonop’ à 200 m d’un Monoprix classique). Ici que nous avons été ravis, en attendant Kelbongoo, d’accueillir en décembre dernier la librairie Les Nouveautés dans une partie des locaux initialement promis au Monop’.

En effet, les habitants du 10e n’ont pas attendu le vote de la délibération « Les 4 Saisons solidaires » au Conseil de Paris de juillet 2016 pour réclamer une alternative à la grande distribution dans l’esprit du dispositif de « halles alimentaires » promis par l’actuelle majorité municipale : des structures conçues pour casser l’inégalité sociale de l’accès à une alimentation de qualité en promouvant une consommation responsable, solidaire des producteurs et respectueuse de l’environnement. Cette demande des habitants figurait à l’ordre du jour d’une réunion plénière du Conseil de quartier Hôpital Saint-Louis / Faubourg du Temple en décembre 2014. Elle a fait l’objet d’un premier projet déposé sur la plateforme du budget participatif, en février 2015, par le collectif Stopmonop de concert avec une association du 18e arrondissement. Enfin, en mars 2015, elle était inscrite dans le cahier des charges de l’appel à projets lancé conjointement par Paris Habitat et la Mairie du 10e, en réponse à la mobilisation citoyenne, pour « faire émerger un pôle correspondant aux besoins du quartier » en pied de la résidence sociale alors en construction. La mise en location des 90 logements sociaux créés à Bichat-Temple n’a fait, bien sûr, que renforcer cette demande, les multiples retards du chantier aiguisant encore l’appétit et l’impatience des habitants. Rappelons qu’il y a un an, la presse annonçait l’ouverture de la première « halle alimentaire » de Paris, dans le 10e, avant la fin de l’année 2016.

Nous avons donc été consternés d’apprendre, par un conseiller de Paris du 10e arrondissement, le 12 juillet, que le comité de pilotage du dispositif, réuni la veille par Olivia Polski, votre adjointe en charge du Commerce et de l’Artisanat, avait décidé de refuser le versement de la somme votée par les habitants. Cela, à quelques semaines de l’ouverture prévue (fin août), alors que Kelbongoo (qui a depuis octobre 2016 intégré l’argent du budget participatif à son plan de financement, engageant des frais importants et effectuant des embauches de personnel pour répondre au mieux au projet de la Ville de Paris) doit investir encore dans du matériel onéreux pour compléter l’aménagement du local.

Cette décision serait motivée par la « règle de minimis », issue du droit européen (règlement 1407/2013), qui fixe un plafond de 200 000 € d’aides directes ou indirectes sur trois exercices fiscaux pour toute structure (association ou entreprise) exerçant une activité économique, la subvention d’équipement de 196 000 € octroyée à Paris Habitat en novembre 2016, par la Direction de l’Attractivité et de l’Emploi, pour les travaux de gros œuvre d’aménagement du local désigné pour accueillir la « halle alimentaire » étant considérée comme une aide indirecte à Kelbongoo. Pourtant

  • le contrat de location proposé à Kelbongoo par Paris Habitat interdit expressément la cession du droit au bail, précisant par ailleurs que « tous les travaux d’aménagement […] sont acquis au bailleur, sans indemnité» à l’expiration ou en cas de résiliation du bail ;
  • le même comité de pilotage, réuni à nouveau le 12 juillet, a trouvé des solutions juridiques permettant le soutien de la Ville de Paris à hauteur de 800 000 € à la « halle alimentaire » du 14e arrondissement (projet porté par l’association Food2rue) selon un projet voté par 1420 Parisiens également dans le cadre du budget participatif 2016.

Pourquoi les solutions mises en œuvre pour la « halle alimentaire » du 14e arrondissement ne pourraient-elles s’appliquer aussi bien à celle du 10e ?

L’enjeu de santé publique – et de démocratie élémentaire – auquel répond le dispositif des « 4 Saisons solidaires » n’est-il pas le même dans tous les quartiers populaires de Paris ?

Quelle crédibilité les Parisiens pourront-ils accorder au budget participatif et, par extension, à la conception de la « démocratie participative » qu’il est censé mettre en œuvre, si le vote des habitants peut être purement et simplement annulé ?

Comment ne pas s’inquiéter des retombées d’un tel acte au lendemain d’élections marquées par un taux record d’abstention, témoignant des interrogations croissantes des citoyens à l’égard de leurs institutions ?

Le retrait brutal du soutien de la Ville risque de compromettre la survie d’une entreprise de l’économie sociale et solidaire engagée dans un processus de changement d’échelle qui la rend particulièrement fragile, d’hypothéquer l’emploi de ses 25 salariés, de rayer d’un trait la confiance que ses dizaines de milliers de clients actuels et futurs ont pu placer dans la réelle volonté d’une transition écologique chez leurs élus, au niveau municipal et au-delà.

Nous vous demandons, Madame la Maire, d’intervenir pour faire respecter le vote démocratique des Parisiens en levant le blocage incompréhensible de la subvention de 200 000 € destinée à Kelbongoo au titre du budget participatif.

Lien pour signer :
https://www.change.org/p/anne-hidalgo-sauvez-la-halle-alimentaire-du-10e-arrondissement-ab19d9a6-e059-4fc7-862a-7bcf4cdd8df0
ou :
https://tinyurl.com/yceeqajx

*

Voir aussi nos posts de mai et de juin 2017, pour l’historique ; et, en page DOCUMENTS, des courriers des élus à Anne Hidalgo ainsi que la pétition mise en page sous forme de tract (version intégrale et version courte) – téléchargeable pour diffuser ou afficher ou déposer chez les commerçants amis qui restent ouverts).

*

Tout cela alors que s’ouvrent les « États-généraux de l’alimentation » – avec pour objectif de concilier « prix justes et alimentation saine et durable » ! 

 

État des lieux

Il n’y a pas grand-chose de nouveau à signaler à Bichat-Temple et dans le quartier en général en cette veille des grandes vacances. Plutôt un piétinement généralisé – imputable à la parenthèse des élections ou avant-goût de leurs retombées pour nous ? C’est ce qui reste à voir. En attendant :

  • Malgré un vœu du groupe communiste en Conseil de Paris le 9 mai, aboutissant à une réunion de travail, le 24 mai, chez Olivia Polski, adjointe d’Anne Hidalgo en charge du Commerce et de l’Artisanat, avec la participation des co-fondateurs de Kelbongoo, de Rémi Féraud et Didier Le Reste pour le 10e arrondissement, de représentants de la Direction de l’Attractivité et de l’Emploi et des services juridiques de la Ville ainsi que de deux représentants de Stopmonop ; malgré des courriers de relance notamment de la part de Didier Le Reste ; malgré la diligence de Kelbongoo à fournir tous renseignements demandés par Mme Polski ; malgré une réunion, le 13 juin, en Mairie de Paris, du comité de pilotage du dispositif des « 4 saisons solidaires » (organe composé de représentants de tous les groupes du Conseil de Paris ainsi que des maires des arrondissements concernés), la subvention de 200 000 € votée au porteur du projet de « halle alimentaire » dans le 10e dans le cadre du Budget participatif 2016 demeure bloquée.
    On nous a expliqué ce blocage par une directive européenne interdisant aux pouvoirs publics de subventionner (de manière directe ou indirecte) une entreprise commerciale, quelle qu’elle soit, au-delà de 200.000 € sur trois exercices budgétaires. L’octroi, en novembre 2016, d’une subvention d’équipement de 196.000 €, non pas directement à Kelbongoo, mais à Paris Habitat, pour exécuter les travaux de gros œuvre d’aménagement rendant le lot n° 4 de Bichat-Temple apte à accueillir une halle alimentaire (telle que prévue à la p. 2 de l’appel à candidatures lancé le 23 mars 2015 : « une halle alimentaire correspondant à la demande d’une alimentation saine à prix abordable, prenant en compte les circuits courts ») rendrait impossible de respecter en 2017 le vote des habitants du 10e à la dernière édition du Budget participatif. Les directives appliquées ne font aucune distinction entre un commerce classique à but 100 % lucratif (comme, par exemple, le restaurant-poissonnerie qui devait occuper le lot n° 1, initialement attribué à Kelbongoo) et une entreprise de l’ESS bénéficiant de l’agrément ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale) et chargée d’une mission d’intérêt général. Cela, alors que dans le 14e, on a trouvé moyen de faire bénéficier la structure choisie pour porter le projet de « halle alimentaire » d’une somme de 600.000 €.
    La situation tient donc clairement de l’absurde. Nos interlocuteurs s’en rendent compte et ont fait preuve dans l’ensemble de bonne volonté, MAIS le seconde réunion prévue pour début juin, après nouvelle étude de l’expert juridique, n’a toujours pas eu lieu et ça urge.
    En effet, Paris Habitat vient d’achever les travaux de gros œuvre. Kelbongoo, qui a visité le local ce 29 juin et devra signer dans les jours qui viennent des devis pour l’achat du matériel nécessaire à son installation, a besoin de savoir très rapidement à quoi s’en tenir. Sans information sur le soutien que la Ville de Paris pourrait apporter au projet, il ne pourra s’engager. C’est-à-dire : si les fonds votés au budget participatif ne sont pas débloqués rapidement, en totalité ou en partie, l’ouverture de la halle alimentaire dans le 10e serait compromise, ainsi que l’avenir même de Kelbongoo.
    [Mise à jour : jeudi 6 juillet, le cabinet d’Olivia Polski a annoncé pour la semaine suivante (le mardi 11) une seconde réunion du comité de pilotage qui devrait « apporter les clarifications nécessaires sur les possibilités d’action de la Ville dans le cadre légal permis par la loi ». La langue de bois laisse-t-elle filtrer une lueur d’optimisme ? À voir…] 
    [NOUVELLE MISE À JOUR : mardi 11 juillet, le comité de pilotage des halles alimentaires a rendu son verdict. C’est NON : « au regard des aides déjà perçues [par Paris Habitat !] il n’est pas envisageable de répondre favorablement à la demande de subvention complémentaire [c’est-à-dire de verser l’argent voté au budget participatif] ». Pourtant, réuni à nouveau le 12 juillet autour du projet de halle alimentaire du 14e, le même comité a débloqué 300.000€. Pourquoi donc avoir bafoué le vote des habitants du 10e en mettant en question tout le dispositif du budget participatif à un moment de crise grave de la démocratie en général ? Mystère ! En tout cas, il ne faudra pas encaisser le coup sans réagir. Voir ici la réaction du groupe communiste au Conseil de Paris.]
  • Par ailleurs, Paris Habitat n’a toujours pas lancé le nouvel appel à candidatures prévu pour le lot n° 1 (abandonné par le projet « By Sou… » de restaurant-poissonnerie, revu en simple restaurant à spécialité de poissons) et annoncé par Hélène Duverly, conseillère déléguée au Commerce et à l’Artisanat dans le 10e, pour la seconde quinzaine de juin. Le Conseil de quartier a été consulté pour l’orientation de cet appel lors d’une réunion à la Mairie du 10e, le 6 juin (avec Hélène Duverly, Léa Vasa, adjointe en charge de l’Économie sociale et solidaire, et Stéphane Bribard, élu référent du quartier). Il a été question alors notamment d’une poissonnerie (avec cahier de charges écoresponsable), d’une charcuterie-traiteur, d’une papeterie-maison de la presse et d’une ludothèque, mais la décision définitive reste à Paris Habitat et se fait attendre.
  • L’appel aux dons lancé par l’association ETM (Entraide Tiers monde – aide à l’insertion des jeunes immigrés exclus de l’emploi) pour compléter le coût de son installation dans le lot n° 5 (5bis rue Bichat) n’avance guère. Je rappelle donc le lien : https://www.helloasso.com/associations/etm-mouvement-d-entraide-pour-le-tiers-monde-et-la-cooperation/collectes/un-nouveau-local-pour-les-exclus-de-l-emploi
  • Concernant plus généralement le secteur de la rue du Faubourg du Temple compris entre Jules Ferry et Parmentier, nous mettions de l’espoir dans la question de pré-conseil posée par le Conseil de quartier Louis Blanc / Aqueduc au Conseil d’arrondissement du 22 juin, demandant (à la suite du vœu adopté à ce sujet au CA du 14 mars 2016) la création d’un périmètre de préemption, par la Semaest, des fonds de commerce et baux commerciaux – seul dispositif qui peut rendre efficace l’inclusion de la rue du Faubourg du Temple dans l’opération de redynamisation commerciale Vital’Quartier 2 votée en Conseil de Paris en mars 2016. Malheureusement, la réponse des élus a été, au mieux, dilatoire : Hélène Duverly, en charge du Commerce et de l’Artisanat, s’est déclarée prise au dépourvu et a priori contre ; les élus PC, EELV et LR soutiennent ; Rémi Féraud aurait exprimé un soutien de principe (en ce qui concerne le secteur La Chapelle), mais en renvoyant au cabinet d’Olivia Polski à l’Hôtel de Ville. Retour donc à la case impasse, comme pour Kelbongoo.
  • Pour conclure sur le chapitre des commerces, vous trouverez en page Documents le verbatim du débat du Conseil municipal de mai 2017 au sujet du soutien promis par Anne Hidalgo à la « vitalité commerciale de Paris », grâce entre autres à la création d’un « groupement d’intérêt économique inter-bailleurs sociaux » pour ôter aux bailleurs individuels la gestion de leurs pieds d’immeuble (demande de Stopmonop depuis notre pétition en ligne de 2014) et faire pendant à l’activité de la Semaest dans le privé. Le nouveau G.I.E. relèvera de la délégation d’Olivia Polski, et on ne trouve dans le document aucune indication que l’intérêt général y primera l’intérêt économique de façon à faire jouer aux bailleurs sociaux un rôle régulateur contre la spéculation (qui repart justement à la hausse dans nos parages, le bailleur social privé les 3F remettant enfin en location le grand commerce du 49 rue du Faubourg du Temple [angle rue Bichat, fermé depuis des années] à 600 €/m2/an HT HC). En revanche, on y trouve bien un renvoi à une plateforme Smart Food Paris, fer de lance, dans la vision de Mme Hidalgo, de la transformation indispensable de nos modes de production et de consommation alimentaire… piloté par les groupes Carrefour et Danone !
    La dernière séance du Conseil de Paris avant les vacances délibérera par ailleurs d’un « appel à projet relatif aux projets d’investissement des commerces dans les quartiers populaires » dans le cadre du projet parisien « Plus de commerces dans les quartiers populaires » voté au budget participatif 2016. Il s’agit de petites aides (d’un montant maximum de 10 000 €) pour les commerçants et artisans déjà établis dans les quartiers populaires qui rencontrent des difficultés à financer des investissements visant à améliorer leurs locaux (seront éligibles, par exemple : la rénovation d’une façade, l’aménagement d’un point de vente, l’achat de matériel ou d’équipements commerciaux,  la mise en accessibilité PMR, etc.). L’enveloppe totale plafonnant à 200 000 € pour tout Paris (contre 2,3 millions destinés aux bailleurs pour la rénovation des locaux vacants en pied d’immeuble), l’impact en sera sans doute assez limité. (L’appel à projets a été lancé le 17 juillet. Les dossiers sont à déposer avant le 2 novembre. Le jury se réunira entre le 15 novembre 2017 et le 15 janvier 2018. Pour plus d’informations : https://www.paris.fr/actualites/participez-a-l-appel-a-projets-coup-de-pouce-commerce-4984.)
  • Quittant le commerce et élargissant le point de vue jusqu’au carrefour de Belleville : le 28 juin, à la réunion ad hoc pour choisir les projets retenus pour le scrutin du Budget participatif 2017 notre projet « Place aux piétons dans le haut du Faubourg du Temple » a été recalé comme « prématuré ». Plutôt que de prévenir les problèmes de voirie qui s’annoncent comme inéluctables (car à la situation décrite dans le projet s’ajoute encore un probable report de la circulation par cet axe et l’axe Vellefaux-Parmentier – avec 900 véhicules/heure annoncés sous les fenêtres de l’Hôpital Saint-Louis – à la suite de la piétonisation du boulevard de Belleville entre le carrefour et la rue de la Fontaine au Roi qui sera réalisée en 2018-2019), on préfère donc attendre qu’ils se concrétisent. L’autre projet, « Des escaliers mécaniques au métro Goncourt », a été tout simplement passé à la trappe. À une réunion de travail qui s’est tenue à la Mairie du 10e le 30 mai avec des représentants de la RATP et de la DVD, mais sans aucun élu du 11e arrondissement, il a bien été question d’une étude sur la question qui pourrait être présentée à la rentrée. Il faudrait de fait une réunion publique inter-arrondissements sur la situation à la fois à Goncourt et à Belleville, mais comme l’entrée d’Elise Fajgeles à l’Assemblée nationale laisse l’arrondissement de facto sans adjoint en charge des transports et de l’espace public, nous n’avons aucune visibilité et ne pouvons qu’espérer que Pierre Japhet, maire adjoint du 11e, qui a participé en janvier à l’une de nos marches exploratoires, reprendra en mains le dossier. À la réunion publique du 27 juin, à la Mairie du 20e, sur le réaménagement du boulevard de Belleville (restitution de neuf mois d’une procédure de concertation réservée au 11e et au 20e), nous avons obtenu au moins la promesse d’une nouvelle réunion, au plus tard à la rentrée, dédiée spécifiquement au carrefour de Belleville, avec participation du 10e et du 19e arrondissement, dont nous aimerions espérer une meilleure prise en compte de la globalité du problème et de ses retombées sur notre cadre de vie.

Peut-être y a-t-il un peu plus d’espoir à puiser chez nos voisins. À signaler :

  • La victoire nette remportée par l’association du « 14 avenue Parmentier » dans sa lutte contre le projet de cinéma et restaurant de luxe que la maire de Paris voyait déjà installé, sous prétexte de « Réinventer Paris », dans l’ancienne sous-station EDF qui hébergeait jusque-là la coopérative artistique et sociale « La Générale ». Précédent plus qu’encourageant, l’histoire est racontée ici. En bref, Anne Hidalgo et son projet bling-bling ont été désavoués par le tribunal administratif qui, en jugeant la procédure d’attribution biaisée (avec un jury composé à plus de 50 % d’élus municipaux), dénonce tacitement le déni de démocratie que nous avons constaté tous en nous heurtant à l’arbitraire qui régit la conception urbanistique de nos édiles et mine au quotidien notre cadre de vie.
  • Le café citoyen organisé le 1er juin par le groupe des 24000, opposé à l’opération spéculative de la banque d’investissement Blackstone (grande bénéficiaire de la crise des subprimes) visant à transformer 24000 m2 dans le 3e arrondissement (qui manque cruellement de logements sociaux) en bureaux inutiles. Dans l’attente des actions annoncées par le groupe pour la rentrée, lire ici les prises de position des candidats aux élections législatives dans la 5e circonscription.
  • La belle manifestation de 500 opposants au Carrefour Gambetta le 3 juin dans les rues du 20e arrondissement, au lendemain d’un rebondissement particulièrement scandaleux : le revente surprise des 20.000 m2 de l’ex-Rectorat à ICADE, filiale semi-publique de la Caisse des Dépôts, avec une plus-value de plus de 50 millions d’euros (montant du prix initial d’achat, jugé en 2015 trop élevé pour que la Ville exerce son droit de préemption) qui tombera dans l’escarcelle du promoteur privé CVI-Gambetta, émanation de la multinationale prédatrice de l’agro-alimentaire Cargill. Pour plus d’infos : https://nonaucarrefouraurectorat.wordpress.com et https://www.facebook.com/groups/Nonaucarrefouraurectorat. La mobilisation continue avec une agora citoyenne tous les samedis place Saint-Fargeau de 11 h à 13 h.
  • La mobilisation des riverains et usagers du parc de Belleville contre le projet de privatisation de la Maison de l’Air (musée municipal, fermé depuis 3 ans, qui sensibilisait notamment les publics scolaires aux problèmes de la pollution et du climat). Là encore, deux projets d’intérêt général déposés sur la plateforme du Budget participatif ont été rejetés au profit d’un appel à concurrence qui destine les 600 m2 de ce pavillon qui partage la vue impayable du Belvédère à accueillir un énième bar branché. Après une mise en jambes le 5 juin, le Collectif Maison de l’Air appelle ce samedi 1er juillet à une nouvelle journée d’action dont vous trouverez le programme (de 12 h à 23 h 30) en page Actus de ce blog. Lire le communiqué du Collectif. Pétition en ligne : https://www.petitions24.net/maison_de_lair__parc_de_belleville__paris#form. Pour plus d’infos : https://maisondelair.fr

  • Également le samedi 1er juillet, nos voisins du 11e annoncent la création de la carte citoyenne de BaBelPop (Bastille-Belleville-Popincourt), lors de la fête de l’été au jardin Truillot. Sur un plan grand format du 11e arrondissement, il s’agira de repérer tous les lieux qui cultivent la solidarité, l’ingéniosité et la sobriété énergétique. Cafés associatifs, jardins partagés, composts de quartier, centres sociaux, foyers d’accueil pour les migrants et les personnes sans domicile, lieux de réparation, artisans, FabLabs, Amap,  commerces en circuits courts… à nous de décider ce que nous voulons faire figurer sur la carte de BaBelPop, qui sera mise en ligne, puis imprimée, en janvier 2018.
    RDV au square des moines de Tibhérine (en face de l’église Saint Ambroise) à partir de 16 h.
  • Sans oublier, plus loin dans l’espace, mais au cœur des problèmes auxquels nous essayons nous aussi de faire face, une urgence : il reste un jour (jusqu’au 30 juin minuit) pour apporter une contribution à l’enquête publique pour la révision du Plan local d’urbanisme (PLU) de Gonesse. Le projet pour lequel il y a enquête publique : un gigantesque centre commercial et un parc d’attraction (avec piste de ski intérieure !) baptisé Europacity et porté par le groupe Auchan, allié à un investisseur chinois. Si ce parc est réalisé, ce serait au détriment de terres agricoles riches à proximité de Paris, et donc à l’encontre des engagements internationaux pris par la France au moment de la COP21 ainsi que des objectifs du Plan Climat de Paris, qui vise à préserver son autonomie alimentaire. Si vous souhaitez apporter votre contribution à l’enquête publique, il suffit d’envoyer un message (même court) au commissaire-enquêteur à l’adresse suivante : enquetepubliqueplu@mairie-gonesse.fr
    Tous les avis comptent, tous les citoyens peuvent donner leur avis !
    (Pour mémoire, le projet Europacity vise à attirer 31 millions de visiteurs [deux fois plus que Disneyland Paris] et le métro, qui ne desservirait que le centre commercial, devrait coûter un milliard d’euros d’argent public. Un contre-projet, porté par Terre de Liens, le réseau AMAP Ile de France, les Biocoop et la Confédération des commerçants de France, fait de la protection des terres agricoles un levier pour la création d’emplois dans tous les domaines de la transition énergétique : éco-construction, rénovation, réparation et mobilité durable.)

Malgré tout, l’été s’annonce chaud.

 

 

 

Stopmonop au Conseil d’arrondissement du 27 avril 2017

Depuis l’annonce des résultats du vote du budget participatif, le collectif n’a eu aucune nouvelle de la mise en œuvre de son projet en faveur de la « halle alimentaire » portée dans le 10e arrondissement par Kelbongoo. Kelbongoo lui-même est resté, à ce sujet, dans le noir le plus total. Face à des rumeurs annonçant, de la part de la Ville, un désengagement et un refus de la subvention votée au budget participatif, le collectif a posé, le jeudi 27 avril, au Conseil d’arrondissement du 10e, une question relative à la mise en œuvre du projet de « halle alimentaire ».

Erika Abrams, pour le collectif Stopmonop : Le 3 octobre 2016, à l’issue du scrutin du Budget participatif, les habitants du quartier Faubourg du Temple ont été très heureux d’apprendre que la projet « Une halle alimentaire pour le 10e », déposé par le collectif Stopmonop et soutenu par plus d’un des élus présents ici, avait été approuvé par 1 680 votants, chiffre qui le plaçait en deuxième position dans l’arrondissement.
Nous connaissons tous l’histoire du projet :
– comment la mobilisation locale contre le DailyMonop initialement prévu en rez-de-chaussée de l’immeuble Paris Habitat à l’angle Bichat-Temple a rencontré d’abord l’idée, formulée dans le programme de la liste « Paris qui Ose » aux élections municipales de 2014, de lieux réservés aux producteurs locaux pour développer une offre de produits de qualité à des prix abordables pour tous ;
– comment ensuite la jeune entreprise Kelbongoo, agréée par la préfecture comme « entreprise solidaire d’utilité sociale », a été sélectionnée, dans le cadre d’un appel à candidatures, pour porter ce projet à Bichat-Temple, choix qui l’a prédestinée à devenir la première réalisation du dispositif « Les Quatre Saisons solidaires », créé par vote du Conseil de Paris en juillet 2016, sur proposition des élus du groupe communiste.
Les « halles alimentaires » sont, nous le savons tous, des structures dont le but n’est pas de dégager un bénéfice, mais de servir l’intérêt général en contribuant à la réduction des inégalités dans un domaine dont les enjeux – à la fois de santé publique et de transition écologique – sont tout à fait essentiels. Pourtant, aucune somme n’a été débloquée sur le budget de la Ville, en juillet 2016, pour aider au lancement des premières « expérimentations », dans le 10e et le 14e. Il a fallu attendre novembre 2016 – après le vote du projet de Stopmonop dans le cadre du budget participatif – pour que la Direction de l’Attractivité et de l’Emploi accorde à Paris Habitat une subvention de 196 000 € pour les travaux de gros œuvre d’aménagement du local destiné à Kelbongoo à Bichat-Temple. Le total des deux subventions dont devrait ainsi bénéficier la « halle alimentaire » du 10e (les 196 000 € versés par la DAE à Paris Habitat et les 200 000 € destinés par le budget participatif à Kelbongoo) demeure, cela dit, inférieur de plus de 50 % à la somme demandée et accordée dans le cadre du budget participatif à la « halle alimentaire » du 14e arrondissement pour une surface et des besoins sensiblement identiques : aménagement matériel du local, achat d’un camion frigorifique, développement du site internet de commande, etc.
Aujourd’hui, on nous dit que Paris Habitat aura terminé sa part des travaux d’aménagement de la « halle alimentaire » à Bichat-Temple à la mi-juillet. Kelbongoo, qui envisage donc une ouverture en septembre 2017, engage actuellement des frais importants pour finaliser son installation dans la perspective d’atteindre le plus rapidement possible une ouverture 5 jours par semaine, et compte pour cela sur l’argent du budget participatif.
Or, il semble que les 200 000 € destinés par le vote du budget participatif à la « halle alimentaire » du 10e arrondissement soient depuis six mois bloqués au niveau du cabinet d’Olivia Polski à la Mairie de Paris. Kelbongoo n’a aucune réponse à ses courriers à ce sujet, aucune visibilité ni sur le montant de la somme (tout ou partie des 200 000 € votés) qu’il pourrait éventuellement percevoir ni sur la date à laquelle le déblocage de ces fonds pourrait intervenir. Tout ce qu’on sait, c’est que :

  • si l’argent du budget participatif n’est pas débloqué avant l’ouverture de Kelbongoo à Bichat-Temple en septembre, il sera perdu pour la « halle alimentaire » et pour le 10e arrondissement en général ;
  • comme Kelbongoo a intégré l’argent du budget participatif à son plan de développement, il risque d’être très sérieusement fragilisé, non seulement à Bichat-Temple, mais encore dans ses deux points de distribution du 20e arrondissement (dont l’un a été inauguré il y a tout juste huit jours), si en définitive cette subvention ne se matérialise pas ;
  • si l’argent du budget participatif est finalement refusé à l’entreprise choisie pour gérer la « halle alimentaire » du 10e, l’image de ce dispositif de démocratie locale sera durablement ternie aux yeux des nombreux habitants de l’arrondissement qui se sont mobilisés pour ce beau projet, et cela, à un moment particulièrement mal choisi pour donner aux gens l’impression que leur vote ne compte pas, qu’il ne sert à rien.

Considérant tout cela, et sachant, Monsieur le Maire, que vous reconnaissez pleinement l’importance du rôle social des « halles alimentaires » et que vous aussi, vous vous êtes battu pour que la première soit implantée dans notre arrondissement, nous vous demandons de faire votre possible, au niveau du Conseil de Paris,

  • pour débloquer la somme attribuée par le vote du budget participatif à la société sélectionnée pour gérer la « halle alimentaire » dans le 10e arrondissement
    ou, à tout le moins,
  • pour obtenir une clarification de la situation, afin que la survie d’une entreprise lauréate des trophées parisiens de l’ESS ne soit pas mise en danger par l’incertitude persistante quant à la possibilité, pour elle, de financer des investissements qui sont dans notre intérêt à tous.

Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement, propose à Hélène Duverly, conseillère déléguée au Commerce et à l’Artisanat, de prendre la parole pour répondre au collectif. Mme Duverly déclinant cette invitation, des réponses sont apportées successivement par des représentants des groupes communiste, écologiste et LR.

Didier Le Reste (PC) : Tout d’abord je tiens à remercier les membres du collectif Stopmonop pour le travail qu’ils ont réalisé. Travail tout d’abord pour la diversité commerciale dans le quartier, et qui permet avec l’appui de la Mairie d’arrondissement de disposer aujourd’hui de 5 lots commerciaux en pied d’immeuble, dans le bâtiment de Bichat-Temple, et qui ont été attribués sur la base d’une procédure innovante impliquant les habitants du quartier.
Je salue également leur engagement et leur implication pour la réussite de la « halle alimentaire », à la fois par le dépôt du projet au budget participatif, leur mobilisation lors de la phase de vote, avec distribution de flyers dans le quartier etc… et aujourd’hui leur détermination à voir ce projet qui a été largement plébiscité, être mis en œuvre dans de bonnes conditions.
Parallèlement à cette démarche engagée par le collectif, les élus communistes ont porté depuis le début de la mandature la création à Paris de halles alimentaires.
Au mois de juillet 2016, une délibération a été adoptée à l’unanimité du Conseil de Paris sur proposition de Nicolas Bonnet, président du groupe communiste-Front de Gauche, et qui a lancé le dispositif « les 4 saisons solidaires » pour promouvoir le droit à une alimentation saine et accessible à toutes et tous dans les quartiers politique de la Ville. Ce dispositif aide à la création d’espaces dédiés à l’alimentation durable, approvisionnés en priorité par des produits issus des circuits courts, solidaires du producteur, rémunéré à un juste prix, et des consommateurs, sans distinction sociale. Cette délibération prévoyait également la réalisation de deux expérimentations, l’une dans le 14e arrondissement et l’autre dans le 10e
Le mercredi 19 octobre 2016, j’ai présenté ici même la délibération 2016 DAE 380 qui a permis d’octroyer une subvention d’équipement à Paris Habitat pour la réalisation de travaux de gros œuvre visant à permettre l’installation d’une activité de type « halle alimentaire » dans le lot no 4 du programme Bichat-Temple. Il était indiqué très clairement, dans cette délibération, que cet investissement était réalisé dans le cadre de l’expérimentation du 10e arrondissement du dispositif des « 4 saisons solidaires ».
Parallèlement à cette démarche, le projet déposé par le collectif Stopmonop a connu un succès important et a été voté 2e projet lauréat du budget participatif du 10e pour le budget 2017.
Je ne peux que partager les regrets du collectif qu’il n’ait pas encore eu de retour quant aux modalités d’utilisation des 200 000 € qui sont réservés sur le budget du 10e arrondissement pour ce projet.
Il me semblerait dommageable que les démarches engagées en parallèle, au niveau parisien par le groupe communiste depuis le début de la mandature, et la démarche du collectif dans le cadre du budget participatif soient estimées redondantes. Elles me semblent au contraire parfaitement complémentaires.
Si redondance il y avait, il aurait fallu ne pas soumettre au vote du budget participatif le projet du collectif Stopmonop et estimer que cela était déjà traité par la Ville.
Le vote positif d’un projet au budget participatif par des habitants doit impliquer une réaction de la Ville de Paris, et permettre a minima de venir accélérer ou renforcer l’ampleur de projets, si ceux-ci sont déjà en cours.
L’inverse revient à dire que la Ville de Paris mène la même action, quel que soit le résultat du vote au budget participatif !
On semble évoquer dans les couloirs également des difficultés techniques dans l’application de ce projet. J’en suis très surpris compte tenu du fait qu’un rapport de l’Inspection générale de la Ville de Paris, faisant suite à plusieurs mois de travaux, a été finalisé dès le mois de février 2016. Ce rapport, de près de 70 pages, aborde les différents risques et difficultés pouvant survenir dans le cadre de la mise en œuvre des halles alimentaires, et fait une série de recommandations pour y répondre.
Le projet de « halle alimentaire » du 10e est traité spécifiquement dans ce rapport.
Je ne pense donc pas raisonnablement que des éléments nouveaux aient pu survenir depuis le vote du projet qui empêchent sa mise en œuvre.
Le défaut de retour au porteur de projet est également préjudiciable.
C’est d’autant plus préjudiciable que, sur la base du succès du projet au budget participatif, l’entreprise d’ESS Kelbongoo a intégré cette somme de 200 000 € à son plan de financement pour le développement de la « halle alimentaire » du 10e arrondissement.
Je m’étonne qu’aucune réunion de travail n’ait été proposée à Kelbongoo et au collectif Stopmonop pour mettre en œuvre ce projet.
La première tranche de travaux est aujourd’hui en cours ; il est urgent que la Ville de Paris débloque la situation afin de tenir compte du vote des habitants du 10e.
Nous sommes nombreux autour de cette table à avoir soutenu l’installation de Kelbongoo dans le 10e et le développement d’une « halle alimentaire » dans notre arrondissement. Ce projet est innovant et expérimental, il suscitera donc par nature des questions nouvelles.
Charge à nous de faire en sorte de résoudre les difficultés éventuelles au fur et à mesure, afin de permettre aux habitants des quartiers populaires de notre arrondissement de pouvoir bénéficier de produits alimentaires de qualité, via des circuits courts, et à des prix abordables.
Le groupe communiste a sollicité à plusieurs reprises l’organisation d’un comité de pilotage parisien sur les halles alimentaire qui a été acté par le Conseil de Paris par un vote en juillet 2016. Je vous propose que les élus du 10e arrondissement demandent que ce comité de pilotage puisse se réunir rapidement, pour que nous puissions ensemble réfléchir aux meilleures conditions de mise en œuvre de ce projet parisien, et son articulation avec les projets votés au budget participatif dans le 10e et le 14e arrondissement à ce sujet.
À cet égard, je m’interroge et déplore à la fois les montants sensiblement différents alloués entre le 10e et le 14e arrondissement.
Pour le 10e arrondissement à ce jour 196 000 € ont été mobilisés, concernant, je le rappelle, une subvention d’équipement. Dans le même temps 1,1 million d’euros a été fléché au budget de la Ville de Paris en 2016 pour le développement de halles alimentaires dans le 14e, auquel s’ajoute le projet de halle alimentaire voté au budget participatif dans le 14e pour une somme de 800 000 € !
Ce serait donc près de 2 millions d’euros qui seraient dépensés dans le 14e, contre 400 000 € au plus dans le 10e. Permettez que nous nous interrogions sur cet écart !
D’autant plus que le projet de « halle alimentaire » du local de la rue Didot dans le 14e est sensiblement identique, tant au regard des investissements à réaliser que de la surface (150 m2 dans le 14e et 170 m2 dans le 10e).
Lors de l’instruction des dossiers au budget participatif dans le 14e avant le vote, le montant proposé par les porteurs du projet a été porté de 200 000 € à 800 000 € et dans le même temps on nous dit qu’on ne peut pas mobiliser 400 000 € dans le 10e !!
C’est incompréhensible, et s’il y a des raisons cachées, il faut que l’on sache. En attendant, cette façon de procéder décrédibilise l’action de la Ville de Paris tant dans le domaine du budget participatif qu’au niveau de notre engagement de créer des halles alimentaires.

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Léa Vasa (EELV) : Le projet, on le connaît. Nous en avons maintes fois évoqué l’historique. C’est un projet qui est innovant, intéressant, qui pose de nouvelles questions, qui a obtenu le soutien de tous : des élus, de la Ville de Paris, des habitants, en passant par le conseil de quartier et par le budget participatif. Donc, il n’y a aucune question à se poser là-dessus. Le projet répond à un vrai besoin. C’est dommage qu’aujourd’hui, alors qu’on a dépassé les étapes les plus compliquées, on se retrouve dans un blocage dont on ne sait trop s’il est politique ou plutôt juridique, administratif. En tout cas, il y a un défaut de communication et de transparence dans le dossier qu’on ne peut que déplorer.
C’est un projet innovant, intéressant, porté par une entreprise, vous le disiez, qui a l’agrément d’« entreprise solidaire d’utilité sociale », ce qui fait qu’elle a le droit de recevoir des aides financières de la part de la Ville de Paris, mais aussi qu’elle assume des coûts sociaux et environnementaux qui ne sont pas pris en compte dans des projets classiques. C’est pour cela que la Ville soutient particulièrement ce type de projet et, en particulier, celui-là.
Il y a eu deux engagements financiers pris à l’égard de ce projet, qui aujourd’hui est face à un besoin de développement, qui change d’échelle et a besoin de fonds pour s’équiper, pour développer un système logistique, etc. Deux engagements financiers ont donc été pris : un premier de 200 000 € via le budget participatif, un second, de 200 000 € également, via Olivia Polski, sur un budget dédié au développement des « halles alimentaires ».
Ce type de projet, ce développement, ce changement d’échelle, se gère aussi à une autre échelle, à l’échelle métropolitaine. Un des arguments évoqués contre le projet, c’est que tous les investissements ne seraient pas localisés dans Paris. Mais quand on change d’échelle, l’investissement pour la logistique à Paris va bénéficier à l’approvisionnement des boutiques qui sont notamment dans le 10e arrondissement. Donc on ne peut pas s’opposer à ce genre d’investissement qui est nécessaire, en tout cas, qui est utile au projet du 10e arrondissement. Au point de vue juridique, comme vous l’avez dit, Didier Le Reste, le problème a été apparemment levé dans le 14e arrondissement, où on a pu financer le bailleur pour l’aménagement du local. Nous devons de même pouvoir aujourd’hui financer directement votre structure, Kelbongoo, pour ses besoins logistiques. On ne voit pas d’argument juridique ou administratif qui pourrait s’opposer vraiment à la réalisation de ce projet.
Par ailleurs, il n’y a pas de raison pour un écart de traitement entre les projets du 14e arrondissement et du 10e arrondissement, qui sont relativement similaires, qui ont les mêmes besoins et qui sont d’ailleurs portés par la même élue au Conseil de Paris. L’idée du comité de pilotage au niveau parisien me semble intéressant.

Laurent Schouteten (LR) : Je voudrais souligner que le collectif met en lumière un projet qui rassemble un très large consensus chez l’ensemble des élus du conseil d’arrondissement. Il a été soutenu dès la campagne de 2014, en ce qui concerne Stopmonop, par tout le spectre politique, et les réunions du conseil d’arrondissement ont toujours révélé une volonté partagée par tous les groupes représentés dans cette assemblée. Dès lors, il me semble que le délai raisonnable de mise en œuvre d’une résolution qui a été dûment adoptée à la fois par le conseil d’arrondissement et par le budget participatif est largement dépassé. C’est tout l’objet de votre question. Comme beaucoup, le groupe Les Républicains s’interroge sur les motivations réelles de ce retard, de la même manière que Didier Le Reste ou Léa Vasa. En particulier, cette question nous semble poser une nouvelle fois la question du suivi des projets qui sont votés dans le cadre du budget participatif.

Rémi Féraud : Je pense que des réponses assez étayées ont été apportées.
En effet, le suivi des projets votés au budget participatif dans leur mise en œuvre est important, et nous avions organisé avec Sylvain Raifaud, il y a quelques mois, une réunion à cette fin avec l’ensemble des conseils de quartier et des associations CICA – pour voir ce qui a été réalisé, ce qui est en cours, ce qui rencontre des difficultés. On sait qu’il est important de partager cette information. Je le fais avec les différentes directions concernées, mais justement, c’est le budget participatif et cela va au-delà de moi-même, cela concerne l’ensemble des porteurs de projets, des acteurs de la démocratie locale.
Ensuite, la réponse qui vous a été apportée notamment par Didier Le Reste, qui va dans votre sens, est assez complète. Léa Vasa a abondé dans le même sens. Je m’engage pour ma part à soutenir la demande exprimée par les élus communistes au Conseil de Paris que, enfin, le comité de pilotage sur les « halles alimentaires » soit réuni et à relayer avec insistance désormais cette demande auprès d’Olivia Polski et de la maire de Paris et ses collaborateurs, pour que cela soit le cas et que nous ayons une réponse claire, étayée et incontestable, si juridiquement il y a un obstacle.
Mais, en effet, je ne vois pas comment le montant global pourrait être un obstacle dans le 10e, alors qu’il est nettement supérieur dans le 14e, sauf à ce que les mécanismes soient tout à fait différents, que nous soyons mal informés sur le dossier du 14e arrondissement. Dans ce cas-là, qu’on nous l’explique précisément – car je n’ai pas eu ces explications – pour voir comment peut être mis en œuvre le projet du budget participatif.
Ensuite, je ne veux pas être trop négatif. S’il y a des difficultés, c’est qu’il y a aussi eu un budget primitif de la Ville de Paris qui, lui, est en train d’être mis en œuvre avec la réalisation des travaux. Il serait dommage que cela fasse disparaître l’argent voté au budget participatif, qui est inscrit comme crédit de la Ville de Paris et qui, je pense, avec un peu d’inventivité et de volonté, peut être utilisé pour subventionner des actions utiles dans le cadre de l’activité de Kelbongoo.
Il faudrait aussi que Kelbongoo ait une réponse, et non pas seulement le silence. Donc je m’engage à relayer ce qui a été dit par Didier Le Reste, par Léa Vasa, pour que nous ayons ces réponses, et à insister auprès d’Olivia Polski notamment, pour que ces réponses et aussi une réunion de travail puissent avoir lieu. Je trouverais dommage que l’argent du budget participatif ne puisse pas être utilisé en plus du budget primitif de la Ville de Paris, même si je sais très bien que, quand le projet a été déposé au budget participatif, nous l’avons accepté parce qu’à ce moment-là le budget primitif de la Ville de Paris n’incluait pas cette somme de 200 000 €.
Il faudrait ensuite, s’il y a des difficultés, voir lesquelles, pour quelles raisons précises, et comment éventuellement elles peuvent être levées. Pas seulement un silence, qui vaudrait une éventuelle fin de non-recevoir. On ne peut pas travailler comme cela, et Kelbongoo est un partenaire de travail qui doit aussi être considéré et associé à la politique menée et aux décisions qui seront prises.
Voilà pour les éléments que je voulais apporter, en sachant que, sur le fond du dossier, à la fois dans votre question et par la réponse de Didier Le Reste, les éléments d’information à ce stade ont été très précisément donnés, et je vous propose de reprendre la parole si vous voulez.

François Pignet, pour Stopmonop : Merci de cette réponse, mais je vais poser une question directe : est-ce que la mairie du 10e pourrait avancer l’argent en faisant un chèque à la personne de Kelbongoo qui est là, puisqu’il n’y a plus de problème ?

Rémi Féraud : Non, la mairie d’arrondissement n’a pas d’argent, pas de chèques.

(Mise à jour du 13 mai 2017 : Suite à un vœu présenté par le groupe communiste en Conseil de Paris le mardi 9 mai, Olivia Polski aurait promis :
1° de réunir le comité de pilotage du projet des halles alimentaires « Les 4 saisons solidaires » avant la fin juin ;
2° d’organiser une réunion de travail avec Kelbongoo et le collectif Stopmonop pour échanger sur les conditions de mise en œuvre du projet voté par les parisiens au budget participatif.
À suivre…)