PV de notre rendez-vous du 20 avril avec Ian Brossat

Le lundi 20 avril 2015, Ian Brossat, maire adjoint de Paris en charge du Logement et membre du conseil d’administration de Paris Habitat, et son chef de cabinet, Anthony Leroi, ont reçu à l’Hôtel de Ville une délégation de représentants des habitants comprenant, entre autres, des membres du collectif Stopmonop et de deux conseils de quartier du 10e arrondissement. La discussion, cordiale et constructive, a duré environ quarante minutes.

[Mise à jour du 28 avril : la discussion semble avoir commencé à porter des fruits. Paris Habitat et la Mairie ont revu leur copie en douce, et l’un des participants à la réunion du 20 vient de nous signaler que, dans la version de l’appel actuellement en ligne (http://www.parishabitatoph.fr/OPAC/Pages/ACT_ProjetBichatTemple.aspx ou http://www.mairie10.paris.fr/mairie10/jsp/site/Portal.jsp?document_id=16088&portlet_id=788&comment=1&current_page_id=253 ; consultable aussi sur notre page Documents), la fourchette des loyers visés a été réduit de 400-500 €/m2 à 300-500 €/m2. Ce n’est évidemment toujours pas assez, mais c’est déjà ça – ne lâchons rien et on finira par obtenir quelque chose d’acceptable.]

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Ian BROSSAT. On s’était déjà vus il y a quelque mois, je crois. Au mois d’août. Et à l’époque vous m’aviez interpellé sur la question du local en pied d’immeuble, vous aviez demandé qu’on revoie les plans, etc. J’ai cru comprendre, si j’en crois Paris Habitat, que les plans ont été revus, et donc c’est bien qu’on puisse se revoir pour faire un point et voir comment on avance. En tout cas, j’ai le sentiment qu’une partie de vos exigences ont commencé à être prises en compte, et je souhaite que cela puisse être encore le cas, et que ce projet puisse avancer.

Erika ABRAMS (Stopmonop). Pour commencer, le collectif voudrait vous remettre la pétition, que vous connaissez, je pense, et qui est pour une révision des politiques qui font des loyers commerciaux la variable d’ajustement pour le financement du logement social, ce qui aboutit à des situations comme celle que nous avons à l’angle Bichat-Faubourg du Temple. La dernière fois, vous nous aviez dit que c’était effectivement au programme et que vous deviez voir Anne Hidalgo à ce sujet très prochainement.

IB. La maire l’a confirmé. Effectivement, le souhait que nous avons est que les locaux en pied d’immeuble soient mieux gérés. C’était d’ailleurs un engagement de campagne de la maire de Paris, et elle a réitéré cet engagement jeudi dernier, alors même que nous lancions un site internet qui s’appelle Loc’annonce et qui permet aux demandeurs de logement social d’avoir accès à une offre de logements sur Internet. Elle a rappelé, devant la presse et devant les bailleurs qui étaient présents – les quatre bailleurs sociaux de la Ville –, son souhait que les locaux en pied d’immeuble soient gérés d’une manière totalement différente, et nous sommes en train de travailler sur un montage qui permettra que ça se passe différemment. Pour être clair, il n’est pas bon que les bailleurs cherchent à tirer le maximum des loyers des locaux commerciaux, mais il y a aussi la conséquence que cela a dans un certain nombre de cas, qui est que, comme les bailleurs cherchent à tirer le maximum des locaux commerciaux et que dans un certain nombre d’endroits les grandes enseignes ne veulent pas venir, on se retrouve avec des locaux commerciaux vacants très longtemps. Dans le 18e, porte de la Chapelle, place Mac Orlan, on un local – ce n’est pas un bailleur de la Ville, donc je peux le dire plus librement – un local qui est vide depuis cinq ans, ce qui fait zéro rentrées financières. Donc ce n’est même pas un bon raisonnement économique. On aurait mis une association dedans, elle paierait ça beaucoup moins cher, mais ça nous ferait un loyer et ça nous ferait une association qui aurait des locaux. Donc ce n’est effectivement pas une bonne manière de faire, et donc on va revoir ce fonctionnement. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura plus aucun Monoprix en pied d’immeuble, aucun Carrefour. Il y en aura. Mais il est évident qu’on a besoin de gérer cette question en ayant autre chose que les seuls impératifs financiers en tête, mais aussi la vie de quartier et notre volonté, par ailleurs, de promouvoir un certain nombre de commerces de proximité qui ont du mal, à Paris, au vu des loyers commerciaux pratiqués. Donc vraiment, la volonté politique est là, le montage est en train d’être construit, il y a une note d’arbitrage que je crois que la Maire a validée il n’y a pas longtemps. Donc ça va aller vite maintenant.

EA. C’est-à-dire ? J’ai l’impression que pour vous et pour nous « vite » ne veut pas dire tout à fait la même chose.

IB. Si, puisque je n’ai plus que cinq ans. C’est-à-dire : il y a deux choses, il y a le calendrier et il y a les modalités. Les modalités, ça veut dire qu’on peut imaginer que les locaux commerciaux ne soient plus gérés par les bailleurs. En tout cas la commercialisation, pour être plus précis, donc le choix du commerce qui s’installera, ne dépendra plus des bailleurs.

Nolwenn NEVEU (Stopmonop). Ça, vous nous en aviez déjà parlé quand on s’était rencontrés au mois d’août.

IB. C’est ça. C’est ce qu’on va faire.

Camille ARNODIN (Conseil de quartier Saint-Louis/Faubourg du Temple). Mais qui fixe le montant des loyers ? Parce que le choix dépend énormément du montant des loyers demandés…

IB. Bon, en fait l’idée… Le problème, c’est qu’il y aura un appel d’offre. Donc on ne peut pas dire que ce sera forcément la SEMAEST qui sera retenue. Mais la SEMAEST sait bien faire ça. La SEMAEST est une société d’économie mixte qui est chargée de faire ça, d’ores et déjà, dans un certain nombre de points.

CA. Parce que là, en l’occurrence, les prix sont fixés par Paris Habitat et sont quasiment le double des prix moyens du quartier.

IB. Il y a le prix, puis il y a la configuration des espaces…

Daniel GIMENEZ (Conseil de quartier Château d’eau/Lancry) : Justement, par rapport au prix, la surface moyenne étant tellement élevée que, du coup… Et à l’heure actuelle, un commerce qui veut s’établir, hormis le fait qu’il y a une baisse d’activité importante… Moi, je suis commerçant, et on a quand même une baisse d’activité sur deux ans de 30 % minimum. Ces 30 % se répercutent automatiquement sur nos charges.

NN. Si vous voulez, le sentiment qu’a le collectif, je crois, c’est qu’on a certes gagné sur la partition du pied d’immeuble, mais qu’à de tels niveaux de loyer on n’a rien gagné du tout, parce qu’on ne va pas avoir une librairie ou une halle alimentaire ou quoi que ce soit… On va avoir un Starbucks, un Sandro, et alors on n’a rien gagné du tout. C’est même pire.

EA. Oui, c’est ce qui est ressorti très clairement de la réunion à la mairie [du 10e arrondissement] lundi dernier [13 avril]. Tous les gens qui étaient là et qui auraient voulu déposer un projet, soit un projet commercial, soit un projet associatif, étaient absolument unanimes que, vu les loyers demandés, c’est irréalisable.

NN. Notre idée en luttant contre le Monoprix, c’était de ne pas avoir ce type de commerce-là.

IB. Après, sur les cinq, on peut peut-être – je n’en sais rien, il faudrait que je rediscute avec Paris Habitat – mais il faut peut-être qu’il y ait un équilibre.

EA. Ils ont dit qu’on pourrait peut-être… si on a un local associatif, qui serait à loyer moindre, il faudrait relever en conséquence les loyers des autres surfaces, parce qu’ils veulent absolument arriver à une moyenne de 450 € sur l’ensemble. Donc ils ont mentionné, texto, le chiffre de 700 €/m² hors taxes, hors charges, brut de béton, en disant qu’il se trouverait bien un Starbucks pour payer cela. Et les habitants ne se sont pas mobilisés contre le Monoprix pour se retrouver avec un Starbucks qui va condamner à mort tous les petits cafés et les endroits conviviaux qui subsistent dans le quartier.

IB. Après, moi, mon boulot, ce n’est pas d’être le porte-parole de Paris Habitat. Mais Paris Habitat a un plan de financement, qui est bâti sur une hypothèse qui est effectivement celle que vous évoquez. Et l’argent qu’ils auront en moins sur le pied d’immeuble, il faudra bien qu’ils le retrouvent d’une manière ou d’une autre.

NN. Ou alors qu’ils attendent un petit peu plus longtemps pour l’avoir.

IB. Oui. Mais moi, je suis très déterminé sur la halle alimentaire. Je souhaite qu’il y ait des halles alimentaires qui se développent à Paris, et ce serait vachement bien que ça puisse se faire à cet endroit-là. Après, il n’y aura pas cinq locaux avec des tarifs cassés. Il y aura…

CA. On ne parle pas de tarifs cassés ! On parle de tarifs respectant la moyenne du quartier. C’est quasiment le double.

NN. On parle de tarifs raisonnables ! Vous parlez d’équilibre, vous avez parfaitement raison, mais si on a quatre… – bon, j’ai évoqué un Starbucks, c’était pour donner un exemple – mais quatre commerces de ce type-là pour une halle alimentaire ça fait cher payé, quand même ! Et par ailleurs, le public qui va être attiré par un Starbucks, par un Sandro ou peu importe, déterminera aussi ce que deviendra la halle alimentaire. Et le projet, ce n’est pas n’importe quelle halle alimentaire non plus ! Si c’est pour avoir un nième marché Saint-Quentin, où on paye son kilo de tomates 5 € en plein mois de juillet…

IB. Non, mais Paris Habitat n’a pas là de projet abouti. Il faut qu’il retravaille sur les tarifs et qu’on aboutisse à quelque chose d’acceptable… et d’accepté aussi.

CA. Et d’équilibré par rapport à la moyenne du quartier. C’est ça surtout, parce que là… Les gens étaient très, très surpris, parce qu’il y a plein de gens qui sont venus [à la réunion du 13 à la Mairie du 10e]. Paris Habitat a commencé par présenter son projet… Moi, je fais partie du Conseil de Quartier, on a fait une étude des attentes au niveau des habitants – une petite étude, comme on pouvait, mais on voit bien qu’il y a des attentes qui émergent. Alors, Paris Habitat présente ces attentes, la mairie abonde dans ce sens, et après on nous annonce des loyers qui sont le double et qui sont complètement déconnectés. Donc, à un moment donné, on se dit que si au final ces projets commerciaux aboutissent, comme je disais à M. Simondon, à gentrifier encore plus le quartier… si on fait du logement social et que ça aboutit à gentrifier encore plus le quartier, je ne comprends plus. Je connais plein de familles qui habitent dans cette rue-là, qui ont leurs enfants dans l’école à côté, qui est une ZEP, avec des gens qui sont au RSA… Si les loyers montent partout dans le quartier, ces gens-là seront virés d’ici cinq ans.

IB. Enfin, c’est quand même un projet de logements sociaux, donc ça…

CA. Oui, c’est un projet de logements sociaux, mais les gens autour… Enfin, il y a plein d’habitants qui sont là et qui ont très peu de moyens et qui habitent dans des appartements qu’ils louent cher, mais pas encore au prix de l’autre côté du canal… Et là, ça remonte, on le sent bien… En dix ans, cette partie-là a complètement changé ! Et donc oui, sur les 90 logements, il y aura peut-être trente familles qui seront vraiment dans le besoin, mais toutes celles qui n’auront pas accès à ces logements sociaux-là, qu’est-ce qu’elles font ?

NN. On ne veut pas que le logement social se fasse au détriment des autres …

EA. Au détriment du logement social de fait qui existe. Si vous voulez, Paris Habitat a aligné dans le temps ses tarifs pour ces surfaces sur une bulle spéculative qui existait sur ce tronçon de la rue du Faubourg du Temple, où, en plus, les habitants du quartier soupçonnent du blanchiment d’argent de la prostitution. C’est une bulle spéculative qui est en train d’éclater. En ce moment, il y a beaucoup de boutiques qui sont vides et qui affichent bail à céder dans ce tronçon de la rue. Alors, que Paris Habitat, un bailleur social, pousse à la hausse…

NN. Vous ne pouvez pas nous répondre « ah ben on fait du logement social, alors on est tranquille pour tout le reste, on met les loyers au prix qu’on veut ». Parce qu’un immeuble de logement social, on prend, super, il va y avoir vingt logements, ou trente, ou quarante [destinés aux catégories populaires], mais c’est évident que ce qu’il va y avoir au pied de cet immeuble va avoir un impact sur tout le reste du quartier.

DG. Je rejoins l’analyse en tant que commerçant. Logiquement, les pieds d’immeuble devraient permettre de freiner l’augmentation des loyers commerciaux qui sont actuellement à la hausse, alors que l’activité commerciale n’est pas à la hausse. Logiquement, les pieds d’immeuble de ces logements sociaux devraient être un régulateur sur le marché. Or, à l’heure actuelle, le fait de mettre à 400 ou 600 €/m2 va faire une flambée des loyers. Alors, il faut savoir que sur la section Parmentier/quai de Jemmapes il y a 65 magasins. Sur 65 magasins, il y en a un tiers qui ont moins de trois ans, qui sont soit cédés, à céder ou fermés. Donc il y a une activité, une rue qui est en train de mourir. Et si les locaux commerciaux de cette opération sont à un certain niveau, aucun professionnel et aucun propriétaire de loyers commerciaux ne baissera ou ne régulera ses loyers. Alors, on va assister à la fermeture de tout un tas de commerces.

IB. Le vrai problème auquel on est confronté est le suivant. Je vais dire très clairement l’équation : c’est que l’argent que le bailleur ne récupère pas par le biais des loyers commerciaux, il faut bien qu’il le récupère quelque part. Et quand le bailleur n’arrive pas à équilibrer son opération, il se tourne vers qui ? Il se tourne vers la Ville de Paris. C’est normal. Ce qu’il ne finance pas en fonds propres, il le récupère en fonds publics. Et je peux vous assurer que moi, je me suis beaucoup battu pour avoir un budget logement important, et de fait il l’est, puisque c’est le premier budget de la Ville, et sur les six ans on mobilisera 3 milliards d’investissement pour faire du logement. Je n’aurai pas plus que ce que j’ai déjà négocié. Mais je suis d’accord sur le constat. Le problème aujourd’hui, c’est qu’on est un peu dans une période d’entre-deux, c’est-à-dire qu’on va mettre en place le dispositif dont je viens de vous parler sur la SEMAEST, c’est-à-dire une nouvelle manière de faire, et là on est sur un dossier qui est encore géré avec une vieille manière de faire.

NN. Peut-être faut-il faire entendre au bailleur que, peut-être, il peut rentabiliser son opération un peu moins rapidement. Est-ce que c’est vraiment le rôle des bailleurs sociaux de se dire qu’ils vont jouer sur la spéculation pour avoir des rentabilités extrêmement rapides ? C’est ça la question, en fait.

CA. Lui-même [Stéphane Bettiol, adjoint au directeur général de Paris Habitat en charge des politiques patrimoniales et sociales] disait [à la mairie du 10e] que c’était faire rentrer un carré dans un rond, que c’est extrêmement compliqué, c’est un projet qui a vingt ans. Mais il en est conscient, tout le monde en est conscient.

IB. Concrètement : la halle alimentaire, c’est un projet auquel je suis très attaché et pour lequel je me suis battu pendant la mandature précédente. Je veux qu’on en fasse une. Et donc je me retourne vers Paris Habitat et je leur redemande de faire une proposition qui soit acceptable.

[Mise à jour du 22 mai : toujours sans retour de Ian Brossat, nous venons d’apprendre l’existence d’un projet de halle alimentaire dans le 14e arrondissement, approuvé à l’unanimité par un vœu présenté en CA par les élus du groupe communiste le 2 mars 2015.]

Lindley VIDAL (étudiant en architecture, habitant du 10e) : Il y a un double problème, en fait. C’est à la fois au niveau de la mécanique… On est dans des processus qui, historiquement, ont toujours été gérés de la même manière. Et puis on est dans un problème aussi de programme. C’est-à-dire que jusqu’à maintenant les opérations de Paris Habitat se faisaient très bien, sans aucune contestation politique, et en ce moment il y a aussi cette question de la codécision, de la démocratie partagée, qui est en train d’émerger par le collectif et, je pense, à tous les niveaux. Pour moi, le problème se situe à deux niveaux. Je ne vois pas comment vous pouvez actionner… comment vous pouvez interférer chez Paris Habitat pour leur dire comment faire…

IB. Ils ont une tutelle…

LV. Oui, mais…

IB. Je pourrais me défiler en disant « c’est la responsabilité de Paris Habitat ». Ce serait de mauvaise foi. Paris Habitat, c’est l’office de la Ville de Paris. Et puis bon, quand même, quand il y a une commande politique, la commande politique est respectée en principe. Si, si.

LV. Je ne vois pas comment… Ils ont des programmes, ils ont des programmistes, ils ont des architectes. Donc quand ils font le programme, c’est qu’ils le décident. Je ne vois pas comment vous avez un regard là-dessus…

IB. Non mais, attendez, s’il n’y avait pas de commande politique, si vous n’aviez pas fait votre mobilisation, si la Ville ne s’était pas tournée vers Paris Habitat sur la base de votre mobilisation, on aurait le Monoprix. Donc c’est quand même le fait qu’il y a eu, et la mobilisation des Parisiens, et le fait d’avoir des élus qui ont relayé auprès de Paris Habitat des exigences, ça a une influence. Sinon, si on n’a pas d’influence sur Paris Habitat… ben, moi, je me demande à quoi…

NN. Bon, j’insiste vraiment sur le fait qu’on ne fait effectivement pas rentrer un carré dans un rond à moins d’agrandir le rond et donc de se donner plus de temps pour être rentable. Pour moi, c’est la seule solution.

LV. Alors, moi, il y a deux choses que j’ai remarquées. Déjà, le prix [de la construction] au mètre carré est à peu près de 4 500 euros, ce qui est dément en fait pour du logement social. On est normalement entre 2 500 et 3 000, dans la plupart des cas. Là on est à 4 500 euros pour la construction de ces logements sociaux. Et donc j’ai fait une simulation des frais qu’ils vont devoir rembourser chez Paris Habitat. Avec leurs chiffres. Et j’ai vu qu’en baissant le loyer de 50 %, on retarde le remboursement, en tout cas le moment où on commence à être bénéficiaire…

DG. Le seuil de rentabilité.

LV. Voilà, on le retarde de neuf ans. En baissant de 50 % le loyer des surfaces commerciales.

NN. Oui, puisque les loyers des habitations restent, eux, inchangés.

DG. De fait, il y a un risque. Quand on nous dit que pour certains locaux associatifs ou autres on va baisser les loyers et qu’on fera la balance sur d’autres locaux. Alors, déjà au point de vue de l’équité commerciale, il y a un malaise. Deuxièmement, effectivement si on admet que le seuil de rentabilité, le point mort, va être déplacé de quelques années, et que le point mort sera quand même atteint, on peut passer de 450 €/m2 à la moitié. Donc là, il va y avoir beaucoup plus de candidats. D’autant plus que les surfaces ne sont pas des petites surfaces. La plus petite fait 54 m², la plus grande fait 176 m². Il y en a une de 175 m² qui est absolument anticommerciale, parce qu’il n’y a aucune visibilité sur la rue. Il y a un sérieux problème. Mais si vraiment on veut avoir des locaux commerciaux ou mixtes, avec une activité de quartier, il faut que les prix baissent et rejoignent les prix qui ont été constatés notamment à la SIEMP.

EA. Oui, il y a deux immeubles de la SIEMP dans le même quartier, l’un au 179 rue Saint-Maur, l’autre à l’angle de l’avenue Claude Vellefaux et de la rue Jean-et-Marie-Moinon, et les deux ont des loyers moitié moindre… moins que moitié moindre, c’est 190 €/m².

CA. C’est vrai que le nerf de la guerre, c’est qu’ils puissent rentrer dans leur frais.

EA. En plus, actuellement, commercialement, la rue Saint-Maur est plus valable que la rue du Faubourg du Temple. La rue du Faubourg du Temple n’est plus ce qu’elle était il y a dix ans.

DG. Tout à fait. Moi, si je devais conseiller quelqu’un en tant que commerçant – et en tant que directeur financier, je l’ai été aussi, pour faire une étude économique – je préfèrerais la rue Saint-Maur à ce tronçon, qui est en souffrance. Autre chose, à l’heure actuelle, pour déposer un dossier, il faut un business plan, ce qui est tout à fait normal. Pour faire un business plan, il faut intégrer le prix du loyer. Or, quand on entend en réunion avec Paris Habitat : « c’est une fourchette entre ceci et cela », aucun candidat ne peut partir sérieusement là-dessus… Enfin, c’est très difficile de présenter quelque chose qui s’équilibre.

IB. Juste pour que je comprenne. Oublions quelques instants le prix du loyer, le niveau du loyer…

NN. C’est-à-dire que c’est pour ça qu’on est là. Donc on peut essayer de l’oublier, mais…

IB. Oui mais quels types de commerces souhaiteriez-vous installer ?

EA. On aurait bien aimé la halle alimentaire, mais dans le sens… Je ne sais pas, quand vous en parlez, si vous avez un projet précis en vue.

IB. Oui, parce que c’est moi qui ai porté ce projet lors des dernières élections.

EA. Bon, nous, ne sachant pas, on a fait un projet qui est sur la plateforme du budget participatif. Puis j’ai su par Didier Le Reste qu’il y avait eu un vœu adopté en conseil de Paris, en février, qui rejoint un peu notre projet. Puis, j’ai rencontré, au pied de la palissade du site à l’angle Faubourg du Temple-Bichat quelqu’un qui a déjà parlé à Hélène Duverly, et qui disait défendre un projet qu’il appelle une halle alimentaire, pour être dans le vent. Il dit qu’il peut supporter des loyers de 450 €/m2, mais ce n’est pas du tout une vente directe producteur-consommateur. En fait, c’est redoubler les intermédiaires. C’est quelqu’un qui a le concept, qui fait venir des commerçants – de manière un peu irresponsable, puisqu’il veut faire venir un boucher ou un traiteur dans un local où il n’y a pas d’extraction – et sa première question, à moi qu’il identifie en tant qu’habitante engagée, puisque j’étais en train de coller des affiches sur la palissade (Paris Habitat n’a pas encore affiché l’appel à candidatures – ce qui est un peu inquiétant pour susciter des candidatures locales), donc la première question qu’il me pose, c’est : « Est-ce qu’il y a des bureaux aux environs ? » Et il me parle d’un système d’abonnement à des « lunchbox ». En anglais. Rien à voir avec les classes populaires qu’on veut faire accéder à une alimentation de qualité… Et il appelle ça halle alimentaire.

NN. Un projet de halle alimentaire, Erika en a déposé un dans le cadre du budget participatif, qui est arrivé cinquième. Une halle locavore, avec des produits acheminés par des modes de transports doux, etc.

EA. Et pour les autres projets, il y avait un centre médical, qui est une vraie demande du quartier.

IB. Un centre médical ? Mais ça peut être des médecins de secteur 1, des médecins libéraux et pas des salariés, ce qu’on a lancé avec Paris Med’ …

EA. Oui, oui, ça peut être ça. Un autre projet c’est une librairie, il y a un libraire qui est intéressé mais qui nous a dit justement qu’il ne peut pas dépasser 250 €/m², ce qui est parfaitement compréhensible, le livre est une marchandise à prix fixe, ce n’est pas une boutique de luxe, il ne peut pas trafiquer ses marges… Il y avait un projet de salle polyvalente que le collectif a aussi posé sur la plateforme du budget participatif.

CA. Un projet de salle à tout faire.

IB. Ce qui nous manque cruellement à Paris.

CA. Oui, parce qu’on avait parlé de ça en conseil de quartier, et les gens nous disaient « ah ! je viens de province il y a ça partout en province ». Et toutes les mamans qui vont au MacDo pour faire les anniversaires et tout…

LV. Au niveau programmatique c’est trop compliqué à gérer.

NN. Ben, on le gère en province… on n’est pas plus bête.

EA. La salle polyvalente a été défendue en réunion lundi dernier par le président de CRL 10 qui trouve que c’est très important. Et puis le dernier projet, c’était une plateforme associative. À la réunion de lundi dernier, il y avait aussi la directrice de l’AJAM, qui travaille avec les jeunes, qui est en train de perdre ses locaux dans la Grange-aux-Belles et qui ne peut absolument pas se reloger dans le privé parce que c’est trop cher.

NN. C’est un LAI. Les locaux dans lesquels ils sont maintenant sont complètement enclavés, et ça ne marche pas du tout. Et donc ils voudraient sortir de ce local.

IB. D’accord.

CA. Mais aucun de ces projets-là ne peut voir le jour…

IB. Oui j’ai bien compris.

CA. C’est pour ça que, si on peut reculer de neuf ans le retour sur investissement.

EA. Neuf ans, ce n’est pas grand-chose.

CA. Je sais bien qu’après il faut voir avec les banques comment c’est possible, mais ce n’est rien du tout, neuf ans.

IB. Oui, enfin, avec le Caisse des dépôts et consignations… Bon, bon, j’ai compris.

Pierre POUEY-MOUNOU (comptoir bio Altervojo). Moi, je voudrais intervenir, puisqu’on parle des projets. Donc nous, on s’est déjà vus, puisque j’étais là à la réunion précédente [le 28 août 2014]. Nous, on est commerçants avenue Parmentier, Altervojo, magasin bio. Et donc on est nous-mêmes porteur de projet pour la halle alimentaire, je vous le rappelle. Et donc je suis ici pour savoir ce qui va se décider, enfin, quelle est l’évolution de la réflexion par rapport au prix du mètre carré, sachant que si on suit le projet du collectif, c’est-à-dire la définition de la halle alimentaire telle qu’elle est donnée, ça reste difficile à rentabiliser. Extrêmement difficile. Surtout le temps de mettre en place les choses, il faut plusieurs années. Donc nous, on est partants. C’est comme un défi pour nous. Si on est soutenus, ne serait-ce que moralement. Alors nous, notre idée, ce serait une halle alimentaire en même temps qu’un lieu de vie, place de village…

CA. Oui, enfin, il ne faut pas non plus que ce soit le marché Saint-Quentin.

EA. Le projet du collectif qui a été déposé sur la plateforme du budget participatif, c’était plutôt, en s’inspirant de la promesse qui était dans la profession de foi de l’entre-deux-tours de « Paris qui ose », c’était en supposant que ce serait au moins partiellement une régie municipale. Comme c’est proposé par la Ville… Si on demande un financement pour l’installation et les travaux, on peut difficilement demander un financement des travaux si ce n’est pas un lieu public, si c’est ensuite un commerce privé.

IB. Sauf si c’est pour un local associatif. Avec une association qui reçoit une aide de la Ville. Ça peut marcher, non ? Avec une aide pour les travaux. Je suis dans le 18e. Dans mon arrondissement, il y a un tas d’associations qui ont reçu un local brut de béton et qui ont eu une subvention pour faire les travaux. Je ne sais pas comment ça marche pour La Louve. De toute façon, une halle alimentaire, je doute que ce soit une régie municipale…

EA. Donc ça va être une association différente dans chaque arrondissement ?

IB. Oui. C’est peut-être mieux, d’ailleurs. Plutôt que d’avoir une espèce d’association, des gens qui se transforment en professionnels de la halle alimentaire.

NN. Oui, si c’est géré par des habitants, ça ne pose pas forcément de problème.

IB. Et puis il n’y en aura pas forcément dans tous les arrondissements.

EA. Donc, est-ce qu’il y a quelque chose de concret, quand vous parlez de halle alimentaire ?

IB. Il y a une volonté. Il faut après des associations qui portent le truc. Et si la première se met en place dans le 10e, à cet endroit-là, ça m’ira très très bien. Surtout qu’en plus il y a une mobilisation des habitants par ailleurs sur la question des pieds d’immeuble grâce à vous. Donc je suis très très pour.

NN. Donc vous pensez qu’on a intérêt par exemple, collectif ici présent, à fonder une association qui déposerait un projet dans le cadre de l’appel à projets.

IB. Le maire du 10e, Rémi [Féraud], est très pour la halle alimentaire. Allons-y !

DG. Oui, il faut créer une association qui soit porteuse de projet.

IB. Si vous, ça ne vous intéresse pas, je ne vais pas vous obliger à faire une association.

PP-M. Et vous soutiendriez une société qui serait porteuse de projet ?

IB. C’est-à-dire une boîte ?

PP-M. Oui, puisque c’est mon cas.

IB. Oui, mais alors une boîte, je ne vois pas comment on peut la financer. Enfin, pour moi ce qui compte, ce que je veux, c’est qu’il y ait une halle alimentaire. Le montage, ce n’est pas mon problème.

CA. Oui, mais c’est un problème.

IB. C’est un problème, mais ce n’est pas à moi de le résoudre. Par définition, si c’est porté par les habitants, c’est aussi aux habitants de… et puis il faut voir avec la mairie du 10e. En tout cas, il y a une volonté politique forte sur cette question de la halle alimentaire. Et puis la question de l’alimentation en ville est un sujet majeur. En termes d’inégalités dans l’accès à une alimentation de qualité. Je trouve que le sujet de l’alimentation sur le plan politique est porté d’une manière ignoble. Les seuls moments où on en parle, c’est pour parler des repas de substitution dans les cantines. Si on pouvait en parler de manière un peu progressiste, plutôt que d’être utilisé par la droite et l’extrême droite. C’est un sujet dont il faut que les progressistes s’emparent, en portant des valeurs. Ça touche beaucoup les gens.

NN. Mais bon, pour l’instant, nous n’avons pas la chance d’avoir des loyers…

IB. On va y travailler. Moi, l’engagement que je prends, c’est de demander à Paris Habitat de revoir tout ça.

DG. Parce qu’à l’heure actuelle, sur la base de 400 €/m², ça demande, pour équilibrer les comptes, un chiffre d’affaires journalier de 2 000 €. Sur 600 €, ça demande un chiffre d’affaires de 3 000 €. Quelque part, il faut trouver le commerce qui soit capable de générer tous les jours de l’année ce chiffre. Alors que, comme je disais, on a des commerces qui sont en souffrance. Y compris sur le 10e, qui est une zone de chalandise… Moi, je suis sur la rue de Lancry, qui est une bonne zone de chalandise, et depuis deux ans on a perdu 30 % chaque année. À tel point que, comme beaucoup de mes collègues en ce moment, on a des problèmes, ne serait-ce que les loyers, pour les payer.

IB. Et ça s’est mal passé, votre réunion avec Paris Habitat ?

EA. C’était tout à fait cordial, mais désespérant à cause des loyers demandés.

IB. C’était qui ?

EA. C’est surtout Philippe Rozier qui a parlé. Et puis il y a Stéphane Bettiol qui est venu tout à fait à la fin.

CA. Et qui a dit que c’était un projet compliqué. C’est lui qui a parlé de carré dans le rond. Il a été très franc. On est tous d’accord que les loyers sont chers, et qu’ils sont chers parce que c’est un projet cher. Parce que c’est un projet qui a été décidé il y a vingt ans et que la configuration aujourd’hui n’est pas la même qu’avant. Tout le monde est d’accord là-dessus, mais qu’est-ce qu’on fait au niveau du financement ? Comment on essaie de bouger les choses de manière à ce que le financement s’assouplisse un peu ?

LV. Le problème, c’est que sur les logements, les loyers sont plafonnés. La crèche, c’est hors de question. Il ne reste que ça, en fait.

NN. Oui, mais en fait… il ne reste que ça, mais en réduisant le loyer, finalement, ça n’allonge pas tellement la…

IB. Vous avez raison. Le vrai problème, c’est l’équation de départ. C’est-à-dire que le loyer commercial est la variable d’ajustement qu’on fixe à la fin.

DG. Ça a toujours été la politique de la Ville à ce niveau-là. On a toujours considéré que les commerçants devaient payer l’addition. Je suis très cru, mais c’est ça.

NN. Enfin, pour moi, le vrai problème est dans l’empressement qu’a Paris Habitat à vouloir être rentable. Le problème, ce n’est pas que le montant des baux commerciaux est fixé à la fin, c’est que Paris Habitat veut être rentable très vite. Donc, du coup, ils utilisent cette variable.

IB. C’est nous aussi qui leur demandons de s’appuyer moins sur les finances de la Ville et de dégager des fonds propres eux-mêmes. Tout cela est compliqué. On les confronte aussi, nous, à des injonctions contradictoires. Ce n’est pas totalement faux.

EA. Mais on dirait que pour eux c’est seulement une question mathématique, économique et financière, et ils ne voient rien en dehors de cela. Ils ne voient pas le quartier, ce qui se passe autour, à quoi ça peut aboutir.

CA. M. Bettiol n’avait pas l’air totalement fermé, quand même…

IB. Bon, on va leur demander de retravailler.

DG. Ils nous ont dit une chose : c’est qu’il fallait qu’on s’adresse à la Mairie de Paris et qu’ils suivraient les directives…

EA. Oui, ils ont dit : « La ville est notre actionnaire, et c’est l’actionnaire qui décide. »

IB. Oui, bon, du coup on… OK, j’ai compris. On fait comme ça et on refait le point quand j’ai un retour de Paris Habitat.

CA. Oui, sachant que pour les dépôts de dossier, c’est le 15 juillet la limite.

EA. Cela dit, l’appel à candidatures a été lancé il y a près d’un mois. Ça n’est toujours pas affiché, ni sur le site, ce qui est vraiment dommage, ni sur le site internet de la Ville de Paris qui concentre normalement tous les locaux.

DG. Tant que les loyers resteront à ce niveau-là, ça n’a pas beaucoup de sens. En plus, il y a l’incertitude de la fourchette…

EA. Donc c’est pressé d’avoir un chiffre précis et plus bas si on veut que l’appel à candidatures aboutisse.

CA. Qu’on n’attende pas trois ans avant que quelqu’un s’installe là…

IB. Bien sûr, je suis d’accord avec vous. On fait comme ça et je reviens vers vous dans une quinzaine de jours.

Deux P-S :

1° Notre pétition comptait, au moment de sa remise, 939 signatures (648 en ligne et 291 sur papier, en supprimant les doublons). Comme nous n’avons pas trouvé sur le site de Change.org le moyen de la déclarer close, elle court toujours et a encore récolté quelques signatures en ligne depuis le lundi 20. Avis aux retardataires. Tous les soutiens sont les bienvenus.

2° On peut avoir l’impression que Ian Brossat botte en touche en insistant sur l’appui enthousiaste de tous les élus à l’idée de halle alimentaire tout en en laissant l’entière responsabilité aux habitants – sans doute dans l’idée de voir à terme Paris accueillir un beau réseau vivace de structures sur le modèle du supermarché collaboratif La Louve dans le 18e. Il y a un peu de ça. En promettant « je réserverai des lieux aux producteurs locaux, pour en faire de véritables halles alimentaires », Anne Hidalgo ne voulait vraisemblablement pas dire « je me bornerai à soutenir de loin les associations qui voudront bien tenir ma promesse à ma place ». La promesse de campagne impliquait bien une part de régie publique, et nous allons continuer à insister en ce sens auprès de Ian Brossat, quand nous le reverrons, et de nos interlocuteurs à la mairie du 10e (qui, aux dernières nouvelles, nous disaient que le projet de halle serait actuellement en cours d’élaboration au cabinet d’Olivia Polski, maire adjointe de Paris en charge du Commerce et de l’Artisanat, avec le concours d’Antoinette Guhl, maire adjointe de Paris en charge de l’ESS).
« Aux habitants de porter le projet », c’est vite dit, mais le délai de l’appel à candidatures sera lui aussi vite arrivé, et même une mini-Louve ne s’improvise pas en quelques semaines. Nous en avons fait l’essai fin 2013 – vite abandonné par manque de compétences et de bonnes volontés. Pour autant :

Communiqué de presse d’une conseillère de Paris

Stopmonop à Paris 10e-11e :
la Ville doit écouter ses habitants

 Le collectif Stopmonop, constitué depuis 2011 contre l’implantation d’un énième supermarché dans le 10e en pied d’un projet de logements sociaux, sera reçu ce lundi 20 avril par Ian Brossat, adjoint à la Maire de Paris chargé du logement.

Ce collectif a déjà réussi à arracher le renoncement, par Paris Habitat, d’installer le Monop’ prévu initialement dans un immeuble HLM à l’angle Bichat-Faubourg du Temple. Il a obtenu que la surface de plus de 400 m2 réservée à cette enseigne soit fractionnée et que cinq projets issus des habitants soient pris en compte dans l’appel à projets lancé pour les locaux du rez-chaussée de l’ensemble immobilier.

Pourtant, de l’avis unanime des porteurs de projets présents à la réunion publique tenue lundi 13 avril à la Mairie du 10e, le niveau des loyers visé par le bailleur social demeure excessif. Alignés sur une bulle spéculative sous prétexte de financer la création de logements sociaux, ces loyers risquent d’être fatals à un des derniers quartiers du Paris populaire à résister encore à la gentrification. Pour ne pas voir des centaines de ménages habitant du « logement social de fait » chassés du quartier du fait de la hausse du prix du mètre carré, pour permettre au contraire à la fois une vitalité associative et une diversité économique et commerciale, l’opérateur immobilier de la Ville doit assumer d’autres projets que quatre Starbucks et autres Sandro à la place du DailyMonop’ retoqué.

Je tiens à saluer l’action du collectif citoyen Stopmonop qui remettra à Ian Brossat leur pétition « contre l’autofinancement du logement social », signée par plus de 900 personnes. Le problème des logiques d’autofinancement du logement social ne se limite pas au seul quartier du Faubourg du Temple.

Il est temps d’assumer plus fortement le recours à l’emprunt pour garantir à la fois la logique de développement du logement social, l’aide durable au développement associatif, la diversification des activités économiques et commerciales et la lutte contre la gentrification parisienne. 

Danielle Simonnet
Conseillère de Paris, élue du 20e
Secrétaire Nationale du Parti de Gauche

17 avril 2015

Compte rendu de la réunion du 13 avril sur l’appel à candidatures

Dans la salle des fêtes de la Mairie du 10e, Paris Habitat était représenté par Stéphane Bettiol, adjoint au directeur général en charge des politiques patrimoniales et sociales, Philippe Rozier, directeur de la construction, et Guy Patachek, chargé d’action commerciale pour la Direction territoriale Nord-Est ;
la Mairie du 10e par Paul Simondon, premier adjoint, Dante Bassino, adjoint en charge du Logement, Léa Vasa, adjointe en charge de l’ESS, et Sylvain Raifaud, adjoint en charge de la Démocratie locale et de la Vie associative ;
aucun représentant des élus du 11e arrondissement ;
aucun représentant de l’Hôtel de Ville.

Le discours officiel, attendu et non sans langue de bois, a mis en valeur la concertation, démarrée malheureusement trop tard pour aboutir à une solution satisfaisante pour tous et tout, en insistant encore une fois sur la nécessité de loyers commerciaux élevés pour l’« équilibre financier » du projet, basé sur un loyer « moyen » de 450 €/m2 HT/HC.

Les questions de la salle (de la part de porteurs de projets commerciaux et associatifs, dont le président de CRL10 et la directrice de l’AJAM) ont unanimement pointé le problème posé par le niveau des loyers visés, qui même à 400-500 €/m2 HT/HC (= 520-650 €/m2 TTC) au lieu des 500-530 €/m2 (= 650-700 €/m2 TTC) initialement prévus, risquent de condamner d’avance les cinq projets d’intérêt général issus de la plénière du CQ de décembre dernier (halle alimentaire, salle polyvalente, plateforme associative, centre médical, librairie – ou d’autres projets associatifs, non immédiatement rentables, se démarquant du modèle des boutiques « haut de gamme », « très marketing ou mode » de l’autre côté du canal, voire ayant une mission de service public qui ne s’insère pas du tout dans une logique économique, projets que la gentrification du quartier exclut d’office des locaux privés). Sachant qu’un loyer commercial ne doit pas dépasser 10 % du chiffre global mensuel, il y a, de même, lieu de craindre que la fourchette indiquée ne décourage les porteurs de projets de petits commerces de proximité à la portée du portefeuille des futurs occupants des logements sociaux et des couches populaires qui représentent encore une fraction importante de la population du quartier, commerces qui n’auraient pas les marges de boutiques de luxe.

Léa Vasa et Sylvain Raifaud ont insisté sur la priorité réelle qui sera accordée aux cinq projets issus de la concertation en évoquant le travail en cours à l’Hôtel de Ville sur le projet de halle alimentaire [voir par exemple le Vœu adopté par le Conseil de Paris en février : http://a06.apps.paris.fr/a06/jsp/site/plugins/solr/modules/ods/DoDownload.jsp?id_document=122709&items_per_page=20&sort_name=&sort_order=&terms=&query=&fq=seance_string%3AFEVRIER%202015 – consultable aussi sur la page Documents : https://stopmonop.files.wordpress.com/2015/05/2015-v-52-halle-alimentaire.pdf] et la possibilité pour les porteurs de projets associatifs (salle polyvalente ou autre) de demander des subventions municipales ou de se regrouper à plusieurs pour prendre un local. Philippe Rozier a semblé espérer plutôt quelques commerces de marque (Starbucks, H&M, etc.) capables de payer jusqu’à 700 €/m2 HT/HC, qui permettraient de moduler les loyers des projets d’intérêt général (à quel prix pour l’avenir du quartier ? la question demeure malheureusement étrangère à la logique financière des décideurs).

N.B. : les cinq projets « prioritaires » sont de simples propositions ; rien n’est décidé d’avance.

Une question clé, posée par François Pignet, au nom du collectif, à Paul Simondon, sur ce que Rémi Féraud a (ou n’a pas) fait depuis les élections municipales pour (comme promis lorsqu’il a reçu le collectif en mai 2013) amener Anne Hidalgo à revoir à fond la politique de financement des logements sociaux pour ne plus mettre les bailleurs sociaux de la ville au service des gentrificateurs, est restée sans réponse. (Nous serons reçus lundi 20 par Ian Brossat, adjoint d’Anne Hidalgo en charge du Logement, pour poursuivre la discussion amorcée le 28 août ; ce sera l’occasion de reposer la question.)

Philippe Rozier a de même éludé, en évoquant surtout les retards de réalisation qui grèveraient le bilan de l’opérateur immobilier, une question sur le sens de l’« équilibre financier » (la crèche ayant été achetée par la Ville en 2011 en état de futur achèvement, les logements étant intégralement financés par des subventions publiques et prêts bonfiés, les loyers des commerces semblent a priori destinés surtout à étoffer la marge bénéficiaire du bailleur, qui est une entreprise à but lucratif).

Pas de réponse concrète non plus aux interventions du collectif et du conseil de quartier (représenté par Camille Arnodin et Anissa el Khattabi) souhaitant plus de concertation en amont et la reconduite du principe d’une représentation des habitants dans l’attribution des locaux en pied des immeubles des bailleurs sociaux en général (quasi promis pourtant par Rémi Féraud en 2013 déjà pour l’immeuble des « 9 billards »). Paul Simondon s’est contenté d’évoquer l’accord conclu pour reloger la Nouvelle Rôtisserie au 4-6 rue Jean-et-Marie-Moinon – reconduisant donc le coup-par-coup et l’obligation faite aux habitants de harceler sans pitié les élus pour obtenir un peu d’écoute.

En réponse à la remise de la pétition du collectif, et Paul Simondon et Stéphane Bettiol se sont néanmoins dits d’accord sur le fond (qualifiant de « légitimes » nos demandes de « social de la cave au grenier ») et optimistes pour l’avenir (évoquant le nombre important de structures associatives accueillies par Paris Habitat – 700 locaux sur un total de 3 500 dans toute la ville –, des mesures de protection renforcée du commerce et de l’artisanat dans le cadre de la révision du PLU et l’inclusion du bas de la rue du Fbg du Temple dans une éventuelle opération Vital’Quartier 3).

Conclusions

Malgré tout, l’appel à candidatures est une démarche très positive. Tout peut encore se discuter. Aucun porteur de projet ne devrait se laisser décourager par le montant des loyers demandés. Nous recommandons à tous d’être à cet égard d’une franchise totale et d’indiquer dans leur dossier de candidature le montant du loyer qu’ils considèrent comme compatible avec la rentabilité de leur projet.

Parmi les trois contacts indiqués dans l’appel à candidatures, nous recommandons Léa Vasa, qui nous semble sans conteste la plus proche des habitants.

Pour les questions techniques (problèmes évoqués d’espace de stockage, aires de livraison, flexibilité éventuelle des vitrines prévues par l’architecte), les porteurs de projet auront encore l’occasion de les poser lors des deux visites sur place programmées par Paris Habitat : le 27 avril, de 9 à 12 h ; le 20 mai, de 9 à 12 h.

Le collectif continuera à faire pression pour une baisse des loyers. Sa pétition, pour une réforme approfondie des politiques d’autofinancement du logement social ( https://www.change.org/p/stop-monop-contre-les-logiques-d-autofinancement-dans-le-logement-social ), peut encore être signée en attendant sa remise à Ian Brossat, le 22. Nous comptons sur les deux représentants du Conseil de Quartier qui feront partie de la « commission de validation » pour contrer le penchant, sensible chez certains acteurs du dossier, à favoriser une « solution » qui nous laisserait avec quatre mini-Monop’ contre un seul projet réellement utile et dans l’esprit du quartier.

Florilège de propos saisis sur le vif :

PS : Cet appel à projets doit permettre de répondre à certains des besoins qui ont été diagnostiqués dans les discussions du Conseil de Quartier. Il est évident que cet endroit, cet immeuble ne pourra pas répondre à tous les besoins dont on parle dans le quartier. Mais on espère bien qu’il va apporter, par ces cinq locaux, une diversité d’usages, de gammes, de types de produits, de types de services qu’on pourra y rencontrer.
Les projets « prioritaires » ne seront pas tous retenus. C’est même impossible, on n’aura pas ces cinq projets les uns à côté des autres.
Même si ce n’est pas la diversification commerciale, la possibilité d’avoir des locaux associatifs et différents services, ce n’est pas la mission première des bailleurs sociaux, il y a un moment, quand les pouvoirs publics ont la main sur un lieu, il y a plusieurs objectifs, et il faut finalement que l’action publique aille dans un sens positif sur tous les domaines, donc les logements, les services pour la petite enfance, mais aussi dans l’action commerciale.
Les loyers ne sont pas encore fixés. C’est en fonction des projets qu’on va recevoir qu’il y aura une discussion pour avoir quelque chose qui soit possible économiquement pour Paris Habitat et qui remplisse le plus possible les besoins dont on a parlé.

PR : Si on ne récupère aucun projet, forcément ce n’est pas fini.
Notre actionnaire, c’est la Ville. C’est l’actionnaire qui décide.

DB : La démarche qu’on entame aujourd’hui est importante parce qu’on fait du logement social, ce qui est une très bonne chose. Maintenant, il faut aussi qu’on arrive à faire en sorte que les commerces en pied de ces logements sociaux soient également accessibles aux personnes qui seront dans les logements.

LV : Ces projets-là, qui ont été imaginés avec les habitants, ne sortent pas de nulle part. On y tient et on les défend. Généralement, si vous êtes une association et que vous proposiez une action, vous êtes peut-être éligibles aux subventions de la Ville. Je vais prendre un exemple qui me concerne : le projet de la halle alimentaire. C’est en effet une demande des habitants, c’est une demande du Conseil de Quartier, c’est quelque chose qui est dans l’air, partout dans Paris il y a des projets qui se font un peu comme ça, il y a la Mairie de Paris, l’Hôtel de Ville, Olivia Polski [adjointe en charge du Commerce et de l’Artisanat] qui commence à travailler sur le sujet, à élaborer ce projet, nous-mêmes à la Mairie, on le porte également. C’est donc un projet qu’on va travailler en collaboration avec tous ces acteurs-là, on va aller chercher des prêts et des subventions s’il y a besoin, on va mettre en place un vrai projet construit.
On a opté pour une formule qualitative, non pas quantitative.

CA : Si de tout cela rien ne sort, si on se retrouve avec un Starbucks, un Sandro, etc., on sera extrêmement déçus. Si ça se reproduit de pouvoir discuter, de pouvoir faire des commissions avec des habitants, ce qui est mis en place peut être intéressant pour l’avenir. C’est vrai que ce qui me rend aussi un peu désespérée, c’est de me dire qu’un projet de logements sociaux, donc qui est censé faire du social, va au final faire potentiellement monter les prix du mètre carré de toute cette rue-là.

SR : Ce qui est nouveau, ce qui est différent, du point de vue de Paris Habitat, compte tenu des discussions qu’on a eues avec les uns et les autres, c’est qu’il y a une première étape de prise en compte, d’écoute des demandes et attentes du quartier. D’inscrire dans le projet ce qui a été demandé par les habitants, c’est quelque chose de très nouveau. On va apprendre tous ensemble à faire fonctionner ça. J’adhère totalement à la proposition qui a été faite de reconduire ça, d’apprendre sur ce coup-ci pour être meilleurs le coup d’après, de faire entrer dans les usages de manière naturelle le fait d’avoir une démarche plus participative pour toutes les attributions de tous les commerces dans les locaux des bailleurs sociaux de la Ville de Paris.

SB : On sait bien que sur les quartiers où on est plus présent, nous avons une grosse responsabilité vis-à-vis de nos locataires d’abord, puis l’ensemble des habitants, sur l’animation de la ville, sur le tissu économique et sur ce qu’on appelle le vivre-ensemble.

Liens pour consulter l’appel à candidatures :
http://parishabitatoph.fr/OPAC/Pages/ACT_ProjetBichatTemple.aspx
http://www.mairie10.paris.fr/mairie10/jsp/site/Portal.jsp?document_id=16088&portlet_id=788&comment=1&current_page_id=253

Les dossiers sont à déposer sous forme électronique, avant le 15 juillet 2015.

Dernières infos sur la réunion du 13 avril

Pas grand-chose à ajouter à notre dernier post, sur le lancement de l’appel à candidatures, si ce n’est en ce qui concerne l’ordre du jour de la réunion publique qui se tiendra le lundi 13 avril, à 18 h 30, dans la salle des fêtes de la Mairie du 10e arrondissement (72 rue du Faubourg Saint-Martin). Il sera grosso modo le suivant :

– une première partie de présentation de l’appel à candidatures par les élus et le bailleur avec une séance de questions/réponses à l’intention surtout des porteurs de projet (parmi ceux-ci, il y en aura au moins un, très sérieusement intéressé par notre idée de « halle alimentaire »)

– un deuxième temps animé par le Conseil de Quartier et le collectif.

Le collectif profitera de cette occasion pour remettre sa pétition contre les logiques d’autofinancement dans le logement social (https://www.change.org/p/stop-monop-contre-les-logiques-d-autofinancement-dans-le-logement-social), qui compte aujourd’hui plus de 900 signatures en ligne et sur papier, à Ian Brossat, adjoint d’Anne Hidalgo chargé du Logement et membre du Conseil d’administration de Paris Habitat, ou si, malgré le rôle qu’il a joué dans ce dossier, il n’assiste pas à la réunion (il a jusqu’à présent laissé nos mails sans réponse), aux personnes ayant qualité pour représenter Roger Madec, président de Paris Habitat, et Rémi Féraud, maire du 10e, qui figurent eux aussi parmi les destinataires. Dans ce dernier cas, la remise sera symbolique. La pétition ne sera officiellement close que le jour où nous pourrons la remettre directement à Ian Brossat ou à Anne Hidalgo, la problème d’un financement du logement social qui permette de tenir compte des besoins des habitants dans l’attribution des locaux commerciaux et d’activités dans les immeubles gérés par les bailleurs sociaux exigeant – Ian Brossat et Rémi Féraud en sont convenus avec nous – une solution à l’échelle de toute la ville.

Notre geste n’en aura pas moins une grande valeur symbolique, vu la situation actuelle du commerce dans la rue du Faubourg du Temple. Nous comptons sur les habitants et usagers du quartier pour venir nombreux soutenir notre demande d’une révision des loyers à la baisse. Au niveau actuellement visé (400-500 €/m2 annuels HT/HC = 520-650 €/m2 TTC), alignés sur une bulle spéculative, probablement liée au blanchiment d’argent de la prostitution, qui a chassé le petit commerce de proximité du bas de la rue du Faubourg du Temple au profit d’une mono-activité du textile sans viabilité économique, ils ne pourront que favoriser ou bien la désertification (si les locaux ne trouvent pas preneur) ou bien la gentrification (en obligeant les commerçants à pratiquer des prix hors de portée des futurs occupants des logements sociaux et des couches populaires qui représentent encore un élément important de la population du quartier). Ils sont en tout état de cause de 50 % plus élevés que la moyenne du privé dans le quartier et le double des loyers des pieds d’immeubles de la SIEMP rue Saint-Maur ou avenue Claude Vellefaux et excluraient tous les projets issus de la plénière du Conseil de Quartier en décembre dernier, comme ceux que nous avons déposés sur la plateforme du budget participatif.

Un autre point important sur lequel nous espérons avoir le soutien des habitants : la demande d’une généralisation du principe de la participation des habitants à la procédure d’attribution des commerces en pied des immeubles des bailleurs sociaux (Paris Habitat, SIEMP, RIVP, Elogie) et aux opérations de la Semaest, si elle est appelée à intervenir dans la rue du Faubourg du Temple. Introduit dans l’appel à candidatures pour le projet Bichat/Faubourg du Temple grâce à la mobilisation des habitants, ce principe est une nouveauté – il serait dans notre intérêt à tous qu’il s’implante dans les usages de nos politiques.

Nous avons envoyé un communiqué de presse (téléchargeable sur la page Dossier de presse : https://stopmonop.files.wordpress.com/2015/04/communiquecc81depresse-9-4-15.pdf) à des journalistes du Parisien, de Libération, de  L’Humanité et de France 3. Nous invitons tous ceux qui auraient des accointances dans les media à le diffuser le plus largement possible.

Rendez-vous lundi, 18 h 30, à la Mairie (ou 18 h, au café La Petite Louise, pour discuter entre nous avant la réunion).