Le budget participatif 2017 prend le métro

Décidément, il n’y a pas que Zazie et on ne peut jurer de rien…

Nous pensions faire l’impasse sur le Budget participatif cette année, l’installation des commerces Bichat-Temple semblant bien en cours et l’exercice comme tel n’étant pas très convaincant… lorsque la Ville a décidé d’y associer la RATP. C’est l’occasion de donner suite à la Tribune sur la ligne 11 publiée le mois dernier – en rappelant l’idée de faire évoluer le collectif vers une association dédiée aux affaires du quartier en général. Pour cela, on verra. En tout cas, nous avons déposé deux projets liés aux travaux d’aménagement de la ligne 11 que nous vous invitons à découvrir et à soutenir.

Des escaliers mécaniques au métro Goncourt
L’accès à hôpital Saint-Louis par le métro Goncourt est actuellement difficile pour beaucoup de ceux qui s’y rendent. La création d’un escalier mécanique sur le trottoir nord de l’avenue Parmentier, côté 10e, améliorerait notablement l’accès à la fois à l’hôpital et aux transports pour les personnes fragiles, âgées, malades, ou accompagnées de jeunes enfants. Elle est simple à réaliser. Il suffirait de remplacer l’escalier de l’actuelle sortie devant le 152 avenue Parmentier (sortie n° 1, « Hôpital Saint-Louis ») par un escalier mécanique. Il est à rappeler que la station Goncourt, comme la station Pyrénées, est l’une des stations les plus profondes de Paris, et que la RATP prévoit bien, dans le cadre de la modernisation de la ligne 11, un escalier mécanique à Pyrénées mais non pas à Goncourt – inégalité inexplicable de l’accès aux transports. Comme, d’autre part, la plupart des accidents se produisent, non pas à la montée mais à la descente des escaliers, nous proposons de doubler d’un escalier mécanique descendant l’escalier mécanique montant qui relie actuellement le premier palier souterrain de la station Goncourt à la salle des billets, aménagement tout à fait envisageable, vu la largeur de l’escalier existant. Ces deux mesures vont dans le sens d’un vœu adopté à l’unanimité, lors du conseil d’arrondissement du 16 janvier 2017, par les élus du 10e, réagissant à une initiative des habitants qui, à la réunion publique du 13 décembre 2016 sur les travaux de prolongement de la ligne 11, ont été très nombreux à exprimer le désir d’une amélioration de l’accessibilité de la station.

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Place aux piétons dans le haut du Faubourg du Temple
La création d’une nouvelle sortie de la station de métro Belleville sur l’étroit trottoir de la rue du Faubourg du Temple, côté 10e, devant la Cour de la Grâce de Dieu (n° 129), promet de poser de réels problèmes pour la vie des habitants et usagers : flux piétons intenses canalisés par cette rue étroite de faubourg, bordée de commerces actifs (prêt-à-porter, cafés, etc.), qui irrigue l’un des quartiers les plus denses de Paris. Interpellée par les habitants, la RATP maintient qu’il serait techniquement impossible de réunir cette sortie (desservant le quai de la ligne 11 direction Châtelet) à celle prévue à l’angle de la rue de la Présentation, sur le trottoir large du côté 11e (desservant le quai direction Mairie des Lilas / Rosny-sous-Bois), avec création d’une galerie de liaison souterraine à l’instar de celle qui existe déjà sous le carrefour des boulevard de Belleville et de la Villette, à une dizaine de mètres de là. La RATP n’envisage pas non plus de placer la nouvelle sortie côté 10e dans l’impasse actuellement en cours de rénovation par le bailleur social les 3F. Comme cette nouvelle sortie, telle que prévue, ne servira pas en même temps d’entrée, elle accroîtra encore les flux sur ce trottoir exigu. Il y aurait donc un nouvel aménagement de l’espace public à inventer, depuis le carrefour avec les boulevards : – pour les usagers du métro, élargir la nouvelle sortie de 60 cm environ et la transformer en entrée-sortie pour une vraie qualité d’usage ; – pour les piétons, augmenter la largeur du trottoir côté 10e (en déplaçant la chaussée – où passera la nouvelle ligne de bus n° 20 ! – pour ne pas en faire un parcours d’obstacles) ; – pour les commerces, maintenir une largeur de passage entre la trémie et les façades ; – pour les livraisons, étudier au cas par cas avec les commerçants ; – pour les usagers de véhicules (2 et 4 roues), repenser un plan de stationnement dans toute la partie haute de la rue.

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Ce qu’en disent nos voisins du 20e : Journal de Belleville, n° 8 (mars 2017), p. 2.

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Quid de la CEMCA ?

En septembre 2015, en réponse à la question de pré-conseil présentée par le collectif Stopmonop le 15 juin 2015, pour demander la généralisation de la procédure de concertation mise en œuvre pour l’attribution des locaux commerciaux du projet Bichat-Temple, le Conseil d’arrondissement du 10e a créé une Commission extra-municipale sur le commerce et l’artisanat ayant pour objet « d’organiser la concertation autour des projets liés à l’acquisition et à l’implantation de locaux commerciaux et artisanaux dans l’arrondissement ». Une première réunion, convoquée le 14 décembre 2015 sans implication du public, s’est bornée à rendre compte des attributions effectuées sans concertation depuis 2008. Nous en avons rendu compte dans notre post du 28 décembre 2015. La deuxième réunion, annoncée alors pour mai-juin 2016 et que nous aurions aimé voir consacrée à la mise en place d’une vraie structure de concertation en amont, permettant à tous les habitants et usagers de nos quartiers de faire remonter leurs besoins réels avec aussi un espoir réel de les voir pris en compte, se fait toujours attendre. Nous avons relancé à ce sujet Hélène Duverly, conseillère déléguée au Commerce et à l’Artisanat, d’abord le 8 mai, puis le 10 septembre 2016. Nous publions ici notre dernière relance, en date du 30 janvier 2017, adressée aussi, en copie, à Seybah Dagoma, qui représente le 10e arrondissement à l’Assemblée nationale et se présentera à nouveau à nos suffrages en juin prochain :

A la fin de la première réunion de la CEMCA, le 14 décembre 2015, il avait été question de convoquer une nouvelle réunion en mai-juin 2016, celle de décembre 2015 ayant été consacrée essentiellement au rattrapage.

Le rattrapage s’est poursuivi à la réunion du Groupe de travail SEMAEST, le 23 mars 2016, sans que le temps disponible permette d’aborder concrètement la question de la concertation (raison d’être de la création de la CEMCA) ou même simplement de la consultation des habitants sur les questions de l’évolution du tissu commercial dans l’arrondissement et de l’attribution des locaux d’activité relevant des bailleurs sociaux.

Le diagnostic publié par l’APUR en novembre 2015 (dont il n’a pas été question à la réunion du 14 décembre) a pointé surtout deux tendances : le maillage de plus en plus dense des antennes de la grande distribution, accompagné d’un déclin continu du petit commerce traditionnel de proximité, et la « montée en gamme » des commerces implantés par la SEMAEST (avec pour effet pervers d’accélérer la gentrification de nos quartiers, processus pointé aussi dans le vœu relatif « à l’amplification de la stratégie de revitalisation du commerce de proximité et au développement des commerces de l’ESS et des circuits courts » présenté par le groupe écologiste en Conseil de Paris le 26 septembre 2016). Aucun commerce alimentaire ou de proximité n’a reçu un local dans la grande zone autour de l’hôpital Saint-Louis signalée par l’APUR (p. 14) comme « pauvre en commerces alimentaires et services commerciaux de proximité, et dense en population résidentielle ».

Le printemps 2016 a été marqué dans notre arrondissement par la livraison de deux grands projets de logements sociaux : Delessert et Bichat-Temple. Si la politique de la ville doit, non pas creuser, mais combattre les inégalités dans tout ce qui relève du droit à la ville, il faudrait que les locataires de ces nouveaux logements, ainsi que le pourcentage non négligeable de ménages modestes ou appartenant à la classe moyenne fragile que compte encore le 10e, puissent disposer, à proximité de chez eux, d’une offre de commerces et de services de qualité correspondant à leurs besoins et à leurs possibilités réels – qu’ils ne soient pas condamnés au choix entre le hard discount et les marchands qui écoulent les rebuts de Rungis sur les marchés découverts de Belleville ou de Barbès (marchands eux-mêmes en sursis, vu la prochaine interdiction du diesel dans Paris). Un projet comme celui de Kelbongoo à Bichat-Temple montre qu’une troisième voie est bien possible.

La seconde réunion de la CEMCA sera, bien sûr, l’occasion de présenter le bilan de l’activité de la SEMAEST dans l’arrondissement demandé par des élus de la majorité au Conseil d’arrondissement du 12 septembre 2016. Elle serait également utile pour poser les questions :

  • de la transition écologique qui devra englober non seulement la problématique énergétique, mais aussi, conjointement, la production et la distribution alimentaire
  • de la mise en place d’une structure souple de consultation des habitants pour les attributions de locaux des bailleurs sociaux, à commencer par la communication systématique des candidatures aux conseils de quartier et autres acteurs des quartiers concernés pour les attributions des locaux neufs ou celles impliquant un changement d’activité (comme à la mini-réunion du 4 octobre 2016, où nous avons été informés des candidatures pour deux locaux de la SEMAEST et un de la Siemp, mais en allant au-delà de la simple réunion d’information pour prendre réellement en compte l’expertise citoyenne des habitants et des usagers de nos quartiers)
  • de la constitution d’un parc de locaux d’activité à loyer modéré (voire plafonné), réservé au commerce et à l’artisanat de proximité, relevant de la SEMAEST et de la nouvelle structure inter-bailleur annoncée par l’Hôtel de Ville (le projet « + de commerces dans les quartiers populaires », approuvé dans le cadre du Budget participatif 2016 semble voué, au contraire, à favoriser là encore, par le biais de l’« attractivité », une montée en gamme qui contribuerait plutôt à chasser les classes populaires des quartiers concernés)
  • de la mise en place de périmètres d’expérimentation avec la préemption de baux commerciaux, approuvée par un vœu adopté au CA du 14 mars 2016 et demandée par les représentants de trois conseils de quartier à la réunion du 23 mars. (J’insiste particulièrement sur ce dernier point, car, sans cela, l’inclusion de la rue du Faubourg du Temple dans l’opération Vital’Quartier 2, décidée l’an passé, restera totalement inefficace.)

Peut-être suffirait-il d’une réunion plus informelle que celle du 14 décembre 2015, mais aussi plus ouverte aux habitants.

Ce message n’est toujours, cela va sans dire, qu’une suggestion, mais peut-être les suggestions auront-elles un peu plus d’écoute en cette année électorale.

La réponse cette fois ne s’est pas fait attendre. En revanche, elle n’a guère de quoi contenter ceux qui espéreraient encore trouver dans la CEMCA le moyen de généraliser et de pérenniser une procédure concrète de concertation en amont dans les décisions concernant le commerce et l’artisanat de proximité :

– Mme Duverly nous fait savoir qu’elle « ne réunira pas la CEMCA prochainement », attendu qu’« il n’y a pas de dossier nouveau à y étudier ni de locaux commerciaux à attribuer à court terme ». Elle évoque la réunion ad hoc du 4 octobre dernier (voir notre post du 9 octobre 2016) comme exemple des futures réunions. Celles-ci seraient donc, comme nous le souhaitions, plus souples que la grand-messe de rattrapage réunie en décembre 2016. Bonne nouvelle, pourvu que l’évolution (qui part d’une politique d’opacité totale) dépasse le stade des pures réunions d’information (déjà un petit progrès) pour aller jusqu’au véritable dialogue en amont demandé aussi par des groupes d’habitants dans plus d’un quartier concerné par le nouveau Contrat de revitalisation commerciale et artisanale (ainsi ASQP à Popincourt et Fontaine-au-Roi ou Carton Rouge dans le 20e). Nous aimerions croire que l’annonce (seconde bonne nouvelle) que la candidature finalement retenue pour le local de la Siemp au 179 rue Saint-Maur est bien celle que les représentants des habitants avaient jugé, à la réunion du 4 octobre, le plus utile au quartier (celle d’une opticienne et audio-prothétiste porteuse d’un projet social) soit de bon augure à cet égard. En attendant, bienvenue à « Vision d’Avenir » !

– Elle annonce que « la SEMAEST fera un bilan de son activité en mai/juin 2017 comme tous les 18 mois environ ». Serait-ce à dire que le bilan demandé par Léa Vasa au Conseil d’arrondissement du 12 septembre, visant à cerner l’effet gentrificateur des commerces implantés par la SEMAEST, soit passé à la trappe ? Qu’il ne nous resterait qu’à attendre jusqu’après les élections pour écouter encore un compte rendu des apprentis sorciers qui changent le visage de nos quartiers sans nous demander notre avis ? Joëlle Morel, élue du 11e et présidente de la SEMAEST, a au contraire encouragé toutes les personnes présentes à la galette des Rois de l’association ASQP le 14 janvier dernier à profiter de la période électorale pour revendiquer haut et fort et tous azimuts.

– Pas un mot dans la réponse de Mme Duverly sur la mise en place de périmètres d’expérimentation de préemption de baux commerciaux. (Rappel : actuellement, la SEMAEST ne préempte que les commerces à vendre. Cela rend l’opération Vital’Quartier totalement inopérante pour une rue comme celle du Faubourg du Temple, où la bulle spéculative, repartie à la hausse, décourage toute vente de murs.) Cela reste une revendication à faire entendre.

– Concernant les principes (transition écologique, recherche d’une alternative à la grande distribution, halte à la politique de soutien municipal à la gentrification), Mme Duverly nous renvoie au mois de mars : « Les préconisations concernant la structure de gestion des locaux des immeubles gérés par les bailleurs seront publiées en mars selon les déclaration d’Anne Hidalgo. Nous verrons alors quelles réflexions en découleront. »

N’attendons pas jusque-là pour réfléchir de notre côté : au moyen d’arracher tout ce que faire se pourra à l’ouverture pré-électorale ou bien de nous passer, non pas de la politique, mais des politiques si décidément ils ne veulent pas nous entendre.