Où on reparle…

… de concertation et de com’, autour de plusieurs sujets d’actualité dans le quartier et alentour :

– Au terme de quinze jours d’un joyeux mélange de campagne et de vote, les lauréats du Budget participatif 2016 ont été annoncés mercredi dernier. Le projet « Une halle alimentaire pour le 10e », déposé par le collectif, est arrivé en deuxième position dans l’arrondissement. Une somme de 200.000 € sera donc versé en 2017, par la Mairie, au bailleur Paris Habitat, pour réaliser les travaux de mise aux normes et d’aménagement du local n° 4 de l’immeuble Bichat-Temple, afin d’y accueillir, dans de bonnes conditions et (nous l’espérons) le plus rapidement possible, Kelbongoo, la jeune start-up ESS désignée – grâce à la mobilisation des habitants du quartier depuis 2011 et au Conseil de Paris qui nous a emboîté le pas en juillet dernier – pour animer une première structure (« halle ») ayant à tâche de mettre une alimentation saine à la portée de tous. Nous aimerions croire que les 1680 personnes qui ont exprimé leur soutien au projet l’ont fait par conviction et reflètent, chez toutes les couches de la société, une sensibilité croissante à une problématique qui nous concerne tous de près. Reste que 1680 personnes ne sont jamais qu’un petit 1,8 % de la population du 10e arrondissement, chiffre qui, avec d’autres diffusés par la Mairie dans son dossier de presse, inspire quelques réflexions plus générales.

On ne va pas reprendre la critique, déjà faite, de l’édition 2015 du Budget (opacité du choix des projets soumis au vote, gadgétisation, sous-représentation des quartiers populaires, etc.). En début d’année, le nombre de projets déposés – 3158 contre 5115 en 2015 – semblait traduire un certain désenchantement. La hausse de 40 % du chiffre des votants annoncé mercredi (93 000 contre 67 000 l’an passé, pour une population totale de 2 250 000 environ) n’allait pas de soi. Il serait intéressant de savoir qui au juste sont les 4,13 % de Parisiens et les 6,77 % d’habitants du 10e (arrondissement qui remporte la palme du taux de participation le moins riquiqui) qui – sans s’arrêter à ce qu’il y a de pervers à mettre en concurrence, cette année encore, par exemple, la mise aux normes des toilettes d’une bibliothèque municipale et le lifting tendance de la salle de spectacle d’une association largement subventionnée par ailleurs, ou à vouloir contrebalancer les effets du réseautage en initiant le porteur de projet lamda aux secrets de la com’ (à grand renfort de « master classes » pour apprendre à « pitcher », à « booster », bref, à marchandiser son idée, comme si les arguments de vente primaient le contenu) – ont permis à Anne Hidalgo de proclamer, non pas l’abstention, mais la « solidarité » la grande gagnante du scrutin.

Nous applaudissons comme elle au projet arrivé en premier sur le bulletin Tout-Paris : cinq millions pour donner des abris aux SDF. Mais parlons plutôt de celui arrivé en septième position : « Plus de commerces dans les quartiers populaires ». À première vue, on dirait un projet tout à fait dans nos cordes, comme celui que nous recommandions en février, visant à créer un parc de locaux d’activité à loyers modérés pour l’ESS, le petit commerce et l’artisanat de proximité. Le projet que nous soutenions a pourtant été éliminé par les services techniques de la Ville comme inutile au vu des « outils et dispositifs d’ores et déjà développés par la Ville », notamment dans le cadre des opérations Vital’Quartier. Celui admis sur le bulletin et finalement approuvé ne dit pas mot des loyers, se bornant à « accompagner les bailleurs sociaux dans la rénovation, la restructuration et la mise en accessibilité de leurs locaux dégradés situés en pied d’immeuble » – à mettre, en d’autres termes, 2 500 000 € d’argent public au service de la « montée en gamme » pointée par l’APUR, avec la multiplication des « petites » surfaces des grandes enseignes, comme la grande tendance de l’évolution du tissu commercial parisien, phénomène que d’autres qualifient de « gentrification » ou  de « boboïsation ».

2° – La « gentrification », nous l’avons vue à l’œuvre à la réunion restreinte de la CEMCA (Commission extra-municipale sur le commerce et l’artisanat, créée en septembre 2015 en réponse à notre demande d’une généralisation de la procédure de concertation mise en œuvre pour le projet Bichat-Temple) convoquée en vitesse le 4 octobre par Hélène Duverly, conseillère déléguée au Commerce et à l’Artisanat dans le 10e, pour faire le point sur les candidatures déposées pour trois locaux des bailleurs publics : deux de la SEMAEST dans le quartier de l’entre-deux-gares, la troisième de la SIEMP, au 179 rue Saint-Maur (ex-9 Billards). Mme Duverly a précisé d’entrée de jeu qu’il ne s’agissait pas d’une réunion de concertation, mais d’information pure, et encore… les représentants d’associations et de conseils de quartier présents ont été priés de ne pas informer plus largement les groupes représentés, par respect pour le sacro-saint « secret commercial ». La décision sur l’attribution des locaux est entre les mains de la Mairie, qui n’entend pas qu’on essaie de l’influencer. Comme tout cela est absurde, nous croyons pouvoir révéler, sans rien trahir, que :
– sur cinq candidatures pour le local des 9 Billards (non pas 90 m2 à 190 €/m2/an HT/HC, comme initialement prévu, mais 71,5 m2 à 245 €/m2/an HT/HC), on en compte un d’intérêt général (audio-prothésiste/optique accessible aux bénéficiaires du CMU et avec des services spéciaux pour les personnes âgées dépendantes), contre quatre boboïsants à vocation purement marchande (café/coworking ; galerie d’art ; restaurant spécialisé dans le cru ; vente de plantes vertes) ; le consensus des associations et CQ représentés était clairement pour le premier ; les élus présents semblaient tout aussi clairement n’hésiter qu’entre deux des quatre options gentrificatrices, sous prétexte que la nature même de ce choix (résultat d’un tri effectué par le bailleur en l’absence de toute candidature associative) prouverait que le quartier, malgré ses 90 nouveaux logements sociaux, n’aurait d’ores et déjà plus rien de populaire ;
– même tendance pour les locaux de la SEMAEST (5 rue de la Fidélité et 22 rue du Château-Landon), avec des loyers plus chers (entre 350 et 530 €/m2/an) et, dans un cas, un manque de candidatures, dans l’autre un choix qui en est à peine un, entre une nième épicerie fine et trois pâtisseries à « concept ».
Bref, l’occasion de constater encore une fois qu’en ce qui concerne les locaux d’activité, les bailleurs sociaux de la Ville se soucient aussi peu de l’intérêt général que les bailleurs privés ; la tendance, appuyée par « les outils et dispositifs développés par la Ville », est, sans complexe, à l’uniformisation d’un tissu commercial réservé aux classes moyennes aisées (électoralement plus fiables ? ou simplement plus rentables)… sauf, comme dans notre cas, en cas de forte mobilisation populaire. À bon entendeur…
(On peut consulter à ce sujet la discussion sur les activités de la SEMAEST dans l’arrondissement au Conseil d’arrondissement du 12 septembre 2016.)

3° – En fait de mobilisation populaire, nous avons déjà parlé plusieurs fois du mouvement d’opposition au Carrefour Market de 1950 m2 annoncé fin juin comme un fait accompli au 94 avenue Gambetta dans le 20e, en face d’un Monoprix de même taille. Avec une pétition qui compte désormais dans les 2000 signatures, sur papier et en ligne, et l’appui des groupes PC, EELV et de la conseillère FdG/Place au Peuple au Conseil de Paris, nos amis de l’association « Carton rouge » ont poussé l’exécutif au Conseil de Paris à proposer, le 26 septembre, un vœu « relatif aux développement des grandes surfaces alimentaires » demandant à la Maire de « faire évoluer » le projet de Carrefour (sans pourtant le remettre en cause ni prévoir de démarche concrète de concertation) et d’obtenir que « les seuils de saisine des CDAC soient revus considérablement à la baisse ». Petite avancée, sans doute, mais la CDAC (y compris les représentants de UFC-Que choisir et de Paris Nature Environnement) a donné à l’unanimité son aval au Carrefour, et même ramené de 1000 à 400 m2, le seuil de saisine laisserait allégrement se poursuivre la multiplication des « petites » grandes surfaces (Monop’, Franprix, UExpress, G20, Carrefour City, Carrefour Express, Auchan A2Pas, Intermarché Express, etc.), dénoncée ces jours-ci, entre autres, par Pascal Barillon, candidat à la présidence de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Paris. Bref, la lutte continue… Elle ne sera gagnée qu’à l’échelle de tout Paris. Continuons à diffuser la pétition des Stop Carrefour et échangeons avec eux à la table d’information qu’ils tiennent tous les samedis, de 10 h 30 à midi, au métro Saint-Fargeau.
[Le mercredi 12 octobre, l’association « Carton Rouge » à interpellé le président François Hollande : https://nonaucarrefouraurectorat.wordpress.com/2016/10/12/lassociation-carton-rouge-interpelle-francois-hollande/]

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4° – Autre exemple de mobilisation populaire dont nous avons déjà parlé, l’association « Collectif Ramponeau », après avoir réussi à faire annuler la vente par la SEMAEST de la métallerie Grésillon et de la cour du 48 rue Ramponeau à un promoteur privé pour un projet d’hôtellerie low-cost, milite actuellement pour la co-construction d’un Pôle d’activité artisanale au 48. Façon, plus concrète que le Budget participatif, d’« associer les Parisiens à la co-élaboration des politiques publiques », dont on discutera à l’occasion des Journées de l’artisanat de Belleville, notamment à la table ronde sur « Les enjeux de l’artisanat au cœur de la Ville » qui se tiendra le samedi 15 octobre, de 14 h à 16 h, au 10bis rue Bisson.

5° – Pour revenir aux suites de notre propre mobilisation et conclure ce post trop long sur une bonne nouvelle : la librairie « Les Guetteurs de vent » a signé, le 30 septembre, son bail avec Paris Habitat pour les lots n° 2 et 3 du projet Bichat-Temple (local d’angle). Les travaux d’aménagement commenceront incessamment dans la perspective d’une ouverture dans la seconde quinzaine de novembre. Le libraire propose de nous envoyer des photos des travaux dont vous pourrez suivre l’avancement sur la page PHOTOS de ce blog (ou sur la page Facebook des Guetteurs).

Avec la mise en location (enfin !) par le bailleur social « les 3F » des commerces du 49 rue du Faubourg du Temple / 2 rue Bichat dont les rideaux de fer étaient restés baissés depuis sept ans et l’arrivée prochaine de Kelbongoo au 3 rue Bichat (hélas, pas avant le printemps prochain – rien que les travaux de remise à niveau du sol du local qui lui est destiné demanderont, semble-t-il, trois mois), c’est une vraie renaissance que nous espérons avoir bientôt l’occasion de fêter.