Nous avons gagné… la première étape

Le 14 octobre, Philippe Rozier, directeur de la construction chez Paris Habitat, a communiqué, aux participants à la réunion du 26 septembre, les plans définitifs de la découpe des surfaces commerciales en rez-de-chaussée du projet Bichat-Faubourg du Temple. Nous sommes heureux de cette première étape qui se concrétise (enfin !) dans les plans revus par l’architecte Alexandre Chemetoff.

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L’action du collectif  STOPMONOP a fait reculer la grande distribution au profit de la diversité commerciale sur la rue du Faubourg du Temple et la rue Bichat et a permis de maintenir des vitrines commerciales sur la rue Bichat.

Nous avons donc gagné la première étape, celle de la partition de la grande surface promise d’abord au Monop’ en plusieurs commerces plus petits avec, au final, cinq locaux de 54 à 176 m² proposés par le maître d’ouvrage Paris Habitat. Le nouveau plan d’Alexandre Chemetoff indique les accès et linéaires commerciaux de ces locaux, tout en laissant probablement une certaine flexibilité dans le découpage des commerces 2 et 3.

Dans cette évolution du rez-de-chaussée commercial, nous sommes tous gagnants pour la qualité de vie du quartier et pour la qualité architecturale du bâtiment.

Nous voudrions associer à cette première victoire l’équipe d’animation du conseil de quartier Saint-Louis / Faubourg du Temple et les élus qui ont su entendre la légitimité des revendications du collectif.

Commence maintenant la deuxième étape, celle de la concertation sur la vocation des locaux à usage commercial et/ou d’activités. Comment les élus l’envisagent-ils ? La vocation de ces locaux situés à la jonction des rues Bichat et Faubourg du Temple, dans un secteur frappé par la mono-activité du vêtement et gagnée par la boboïsation (restaurants, etc…) qui ne cesse de s’étendre aux abords du canal Saint-Martin, est, au point de vue de l’urbanisme, un enjeu stratégique. Il demande une réflexion approfondie, sinon une étude indépendante, sur le rôle que ces locaux pourront jouer dans le quartier et les besoins qu’ils seront appelés à satisfaire – questions évoquées à la réunion plénière du conseil de quartier du 26 juin dernier, dans la suite de l’enquête présentée déjà en février 2013. Le collectif souhaite être associé à cette réflexion, qu’il a par ailleurs d’ores et déjà amorcée, lors d’actions récentes avec les habitants et les commerçants du quartier, dont il a été rendu compte sur ce blog (https://stopmonop.wordpress.com/2014/09/28/le-27-septembre-nos-reves-sont-ils-si-fous/).

La troisième étape sera d’ordre financier et technique : soit, pour reprendre les termes mêmes du maire du 10e arrondissement, Rémi Féraud, au conseil d’arrondissement du 30 juin, l’étude de la possibilité d’une modulation des loyers en fonction des activités exercées dans ces locaux. En effet, l’intérêt de faire une place à des structures solidaires et associatives, ainsi qu’à des commerces réputés « fragiles » – notamment à des projets à haute valeur culturelle, incapables de payer les mêmes loyers qu’un groupe multinational comme Casino – n’est plus à démontrer dans le quartier. Le projet de la « halle alimentaire » (structure innovante de vente directe des producteurs locaux aux consommateurs), porté par la liste « Paris qui ose » (l’actuelle majorité, dans le 10e arrondissement comme à l’Hôtel de Ville) lors des élections municipales du printemps dernier et relayé par de nombreux habitants, semble être sur ce site une première piste qui mérite d’être envisagée prioritairement par toutes les parties concernées – élus, bailleur et spécialistes du commerce.

Le collectif est très sensible à la question de la pérennité de ces commerces et, par conséquent, aux garanties que Paris Habitat et, plus généralement, la municipalité mettront en œuvre pour assurer que le rêve d’une diversité commerciale à haute valeur sociale puisse se réaliser durablement dans nos rues !!

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Stopmonop reçu par le directeur général de Paris Habitat : compte rendu de la réunion du 26 septembre 2014

La rencontre s’est déroulée au siège de Paris Habitat, 21 bis rue Claude-Bernard, le vendredi 26 septembre 2012, entre 17 h et 18 h.

Étaient présents :
pour Paris Habitat : Stéphane Dambrine, directeur général ; Hélène Schwœrer, adjointe au directeur général et architecte chargée de la maîtrise d’ouvrage du projet Bichat-Faubourg du Temple ; Philippe Rozier, directeur de la construction ; Alexandre Le Cœur, responsable patrimoine de la Direction Territoriale Nord-Est
pour le cabinet de Ian Brossat : Anthony Leroi, chef de cabinet
pour la mairie du 10e arrondissement : Sylvain Raifaud, adjoint en charge de la démocratie locale ; Dante Bassino, adjoint en charge du logement
pour le conseil de quartier Saint Louis / Faubourg du Temple : Camille Arnodin
pour le collectif : Erika Abrams, Natacha Delannoy, Nolwenn Neveu, Muriel Pagès

Stéphane Dambrine pour Paris Habitat commence par présenter, avec l’aide d’Hélène Schwœrer, selon la nouvelle proposition de l’architecte Alexandre Chemetoff, les détails du découpage du local de 435 m2 destiné initialement au DailyMonop’. Le fait qu’il n’y aura dans l’immeuble ni Monop’ ni autre moyenne surface est acté ; Paris Habitat ne reviendra plus là-dessus, même s’il est clair, pour ceux qui observent au jour le jour le chantier, que l’entreprise suit à la lettre les plans déposés en 2010 dans le dossier permis de construire.

Alexandre Chemetoff a partitionné la grande surface, pour l’instant, en trois :

  • Un commerce de 205 m2 à l’angle des rues Bichat et Fbg du Temple, avec entrée face au 44 rue du Fbg du Temple et vitrines sur les deux rues, englobant une partie du local vélos de l’escalier E de façon à avoir aussi une sortie sur cour. Après intervention du collectif, nos interlocuteurs reconnaissent que cette surface demeure très grande pour le petit commerce de proximité. Il sera donc demandé à Alexandre Chemetoff, si possible, de la découper encore en deux, de 120 et 80 m2 respectivement.
  • Un commerce de 178 m2 sur la rue Bichat entre les escaliers D et C, comprenant le local vélos de l’escalier D et celui initialement destiné aux commerces, ainsi que la sortie de secours du Monop’, avec entrée sur la rue Bichat à côté de l’escalier D et vitrines face au 4 et au 6. (Les locaux vélos absorbés par ce local et le précédent seront déplacés en profondeur, entre les deux.) [Hélène Schwœrer précise à plusieurs reprises au cours de la réunion la nécessité de recharger la dalle pour rattraper le niveau de la rue et être en conformité avec la réglementation concernant l’accessibilité aux handicapés. Muriel Pagès, pour le collectif, fait remarquer que, les locaux devenant désormais traversants, avec ouverture et sur cour et sur rue, ils auront une ventilation naturelle et, par conséquent, n’exigeront pas une très grande hauteur sous plafond.]
  • Un commerce de 60 m2 sur la rue Bichat, avec entrée face au 10, occupant ce qui devait être initialement la réserve du Monop’.

Le commerce de 177 m2 sur la rue du Fbg du Temple ne sera pas divisé (et, nous dit-on, ne saurait l’être, vu l’impossibilité de surbaisser la dalle du RDC, les voiles des fondations étant déjà coulées).

Paris Habitat s’est engagé à communiquer sous quinzaine les plans définitifs (avec 4 ou 5 commerces) à toutes les parties présentes.

Pour autant, les inquiétudes des habitants, représentés par le collectif et le conseil de quartier, ne sont pas entièrement dissipées. Nolwenn Neveu et Camille Arnodin insistent sur l’inadaptation des locaux de plus de 170 m2 au commerce de proximité. On peut craindre d’y voir s’implanter des commerces plus inaccessibles encore que le Monop’ aux habitants du quartier en général et des futurs logements sociaux en particulier… du genre Sandro. Au final, toutes choses étant égales par ailleurs, la partition pourrait donc signifier un changement pour le pire.

En effet, moins bonne nouvelle : les responsables de Paris Habitat maintiennent que le loyer d’équilibre du projet est de 500 à 530 €/m2 annuels pour les commerces en rez-de-chaussée, chiffre qu’ils affirment être le loyer médian du privé dans le quartier (bien que le collectif dise avoir reçu des commerçants du quartier des témoignages contraires). Ils demeurent prêts à négocier avec les porteurs de projets, en insistant que l’acceptation d’un loyer plus bas pour l’un des locaux (pour accueillir, par exemple, une librairie), entraînerait une augmentation pour les autres (ou, à défaut, pour les logements). La possibilité de réserver un des locaux à une activité associative ou relevant de l’économie sociale et solidaire dépend entièrement des élus (dans ce cas, ce serait la Ville qui verserait le loyer à Paris Habitat ou assumerait la tâche de la négocier à la baisse). Stéphane Dambrine dit que le bailleur social a fait récemment de grands efforts pour aller au-devant des commerçants en réduisant le montant du dépôt de garantie à l’équivalent de trois mois seulement de loyer, au lieu de six. Il a parfaitement conscience du niveau élevé des loyers et reconnaît qu’il est possible que quelques-uns du moins des locaux restent vacants pendant plusieurs mois après la livraison de l’immeuble.

La livraison de l’immeuble est prévue pour la fin 2015.

La commercialisation des locaux en pied d’immeuble sera lancée en février 2015 avec publication du descriptif précis et du cahier des charges de chaque local sur le site internet de la Ville de Paris. (Le projet figurera également sur le site de Paris Habitat, qui sera mis à jour et refondu avant la fin octobre.) D’ici là, les candidatures peuvent toujours être adressées à Sylvie Lochet [voir page Porteurs de projets]. De même que le bailleur admet désormais les colocataires dans les appartements, il se dit, dans le débat avec le collectif, ouvert à ce que les commerçants se fédèrent à plusieurs pour occuper les locaux qui demeurent trop grands pour le petit commerce de proximité. (Camille Arnodin fait remarquer ici qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème de dimensions, mais aussi de prix, et met une telle colocation en rapport avec les espaces de « co-working » qui se développent de plus en plus à Paris pour faire face à la hausse des prix de l’immobilier.) Les candidats seront reçus officiellement à partir de février 2015.

La consultation des habitants (dans le prolongement de l’enquête réalisée par le conseil de quartier en 2013 sur les besoins et les attentes des habitants – action rappelée à la fois par Sylvain Raifaud et par Camille Arnodin – et des actions de sensibilisation et de prospection du collectif) interviendra dans un second temps, en passant par les élus locaux. La réunion publique à la mairie de 10e envisagée par Sylvain Raifaud serait ainsi repoussée au printemps 2015. [N.B. : pour qu’une telle consultation ait une réelle légitimité, il sera impératif de l’étendre également à nos voisins du 11e arrondissement.]

Anthony Leroi explique à Erika Abrams qu’il n’est malheureusement pas possible, dans l’état actuel des choses, de faire du projet Bichat-Faubourg du Temple un cas pilote : le premier pied d’immeuble concerné par le projet évoqué lors de la rencontre du collectif avec Ian Brossat [selon les propres paroles de celui-ci : « nous avons la volonté, avec la maire de Paris, de changer totalement le fonctionnement de la gestion des pieds d’immeuble et de faire en sorte que nous gérions ça directement par le biais d’une société d’économie mixte qui est la SEMAEST et qui gérerait l’ensemble des pieds d’immeuble des bailleurs sociaux de la ville de Paris »], projet qui ne serait traduit dans les faits qu’à plus longue échéance.

Paris Habitat reconnaît le déficit d’information à l’adresse des habitants du quartier. Pour des raisons de sécurité, aucun responsable n’est prêt à envisager la visite sur site demandée par Erika Abrams au nom du collectif. (Camille Arnodin signale d’ailleurs la difficulté qu’il y aurait à désigner, parmi les très nombreux habitants du quartier concernés par le chantier, quelques privilégiés pour bénéficier d’une telle mesure.) On ne retient pas davantage l’idée d’un panneau de libre expression mise à la disposition des riverains. En revanche, tous s’engagent à demander à l’entreprise que les informations pertinentes soient affichées sur la palissade, et Stéphane Dambrine propose à Sylvain Raifaud, qui accepte volontiers, de veiller à ce qu’un article soit consacré au déroulement du chantier dans le journal gratuit de la Mairie du 10e . Hélène Schwœrer nous informe que Paris Habitat serait par ailleurs disposé à installer sur un toit d’immeuble en face du chantier (situé idéalement à l’angle, du côté pair de la rue du Fbg du Temple – au 44 ou au 46) une webcam dont les photos seraient consultables sur Internet (comme la page Photos de notre blog, mais en continu).

Les représentantes du collectif, comme aussi Camille Arnodin parlant pour le Conseil de quartier Saint Louis / Faubourg du Temple, Sylvain Raifaud et Dante Bassino insistent tous avec énergie sur l’extrême indésirabilité, pour la qualité de vie dans le quartier et le respect de la diversité de ses habitants, de loyers commerciaux qui cibleraient des commerces réservés à la classe moyenne aisée et contribueraient à la gentrification de cette zone du 10e arrondissement qui, pour l’instant, est classée toujours « politique de la Ville ». Il est réaffirmé que l’objet de la mobilisation de tous les acteurs en présence ne saurait être réduite à une lutte contre l’enseigne Monoprix. Ce qui les réunit est la conscience de l’influence qu’aura inéluctablement le choix des commerces sur l’évolution sociale et démographique du quartier – le désir de vivre dans une ville qui demeure, dans toutes ses composantes, accessible à tous et n’exclut personne. Le rôle d’un bailleur social – Camille Arnodin le répète – devrait donc être de préserver le tissu social et la fibre populaire qui subsiste dans le quartier. Dante Bassino va étudier avec Ian Brossat (qui n’était pas lui-même présent à la réunion, mais dont le chef de cabinet, Anthony Leroi, nous a assuré du soutien) la possibilité de dégager, sur les prêts à 40-50 ans contractés par le bailleur et garantis par la Ville, une marge permettant une plus grande flexibilité des loyers.

Quelques échanges :

  • Erika Abrams rappelle que, selon le PLU (plan local d’urbanisme) en vigueur au moment de l’approbation du projet (et qui le demeure à ce jour), ce secteur de la rue du Fbg du Temple est classé « zone de protection particulière de l’artisanat ». Elle s’étonne que, cela étant, on ait pu envisager l’installation d’une enseigne telle que Monoprix. Hélène Schwœrer répond que le Monoprix faisait partie du projet dès le dépôt du dossier permis de construire, et que le permis de construire n’ayant pas alors été contesté par les riverains, l’objection serait irrecevable.
  • Camille Arnodin demande à ce que figure sur le panneau d’information de Paris Habitat la date de l’appel d’offres envers les commerçants (février 2015, probablement).
  • La possibilité d’une vision d’ensemble sur la vocation commerciale et sociale de ces locaux, via une étude spécifique sur le quartier Bichat-Faubourg du Temple, selon les souhaits du collectif défendus notamment par Muriel Pagès, n’est pas retenue en réunion.