Monop’, Carrouf, on étouffe !

Le Monop’ surpris en fin de travaux dans notre dernier post a, depuis, ouvert discrètement, sur 400 m2,  dans le cadre de l’opération immobilière « Canal Avenue » (mélange de démolition-reconstruction, de rénovation et de surélévation tout à fait dans l’air du temps, comprenant même 9 logements sociaux gérés par la RIVP), conduite au 11-13 bd Jules Ferry par le Groupe Cherpantier qui le présente sur son site comme « un commerce de proximité [?!]  déployée [sic] en rez-de-chaussée pour faciliter le quotidien ». (Comme la véritable finalité de l’opération est financière, le local, loué à Monoprix par un bail à longue durée avec prise d’effet début 2016, a aussitôt été cédé au gestionnaire d’actifs Aviva Investors pour son fonds de placement Aviva Commerce Europe.) Avec le Naturalia du 154 avenue Parmentier, ouvert en juin dernier, cela nous fait dans le quartier deux nouveaux points de vente du groupe Casino à la place du seul DailyMonop’ annoncé en 2011 et que nous avons réussi à évincer du projet Bichat-Temple.

Comme un pied de nez qui confirme le diagnostic publié en novembre 2015 par l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme – https://stopmonop.files.wordpress.com/2016/01/commerce_paris_diagnostic_proposition.pdf). L’APUR – qui, lui, ne confond pas commerces de proximité et supermarchés – pointe surtout deux tendances régissant l’évolution du commerce parisien : le maillage de plus en plus dense des antennes de la grande distribution, accompagné d’un déclin continu du petit commerce traditionnel de proximité, et la « montée en gamme » des nouveaux magasins (le Monop’ Jules Ferry remplace un Lidl, le Naturalia avenue Parmentier un bazar). Si notre but, en nous mobilisant contre le Monop’ de départ, était de « favoriser le commerce le proximité, l’artisanat et la culture » dans nos rues, il faut dire que ce n’est pas gagné.

Pendant ce temps, Carrefour, qui joue chez nos voisins du 20e le même rôle que Casino chez nous dans le 10e, ouvrait un nouveau magasin à l’angle de la rue des Pyrénées et de la rue de la Mare, en sandwich entre un « Carrefour Market » et un « Carrefour City » déjà installés dans la même rue, sans s’émouvoir de l’action d’affichage lancée quinze jours avant l’ouverture par des habitants qui finissent par en avoir ras l’assiette :

CarrefourPyrénées.avant ouverture juin 2016

Pendant ce même temps, Frédérique Calandra, maire du 20e, annonçait en conseil d’arrondissement, le 21 juin, que la commission départementale d’aménagement commercial de Paris avait donné son accord pour l’implantation d’une surface commerciale de l’enseigne Carrefour de 1950 m2 sur la parcelle du 94 avenue Gambetta occupée jusque récemment par le Rectorat de Paris. Dans un quartier à la population dense, en déficit d’équipements publics, déjà abondamment desservi par la grande distribution et avec un tissu de petit commerce de proximité encore vivant. Sans la moindre concertation des habitants et des commerçants. Toujours la même histoire.

La parcelle du 94 avenue Gambetta est tout un symbole. Ancien siège de Bull qui, en crise au début des années 1990, le vend en 1994 à la compagnie d’assurances AGF AXA sans que la Ville de Paris exerce son droit de préemption – le maire avait à l’époque d’autres soucis. Loué ensuite au rectorat de l’Académie de Paris (service public), qui quitte des locaux vétustes, mal entretenus et aux charges trop lourdes dans le 19e arrondissement pour s’installer à Gambetta. Vingt ans plus tard, ce sont les mêmes motifs – vétusté, manque d’entretien, loyer et charges beaucoup trop onéreux, représentant ¾ du budget de fonctionnement – qui sont avancés pour justifier son retour dans le 19e, 12 boulevard d’Indochine, dans un immeuble plus petit (sans réduction de personnel) construit en parténariat public-privé, qui promet tout plutôt que des économies. Mais passons.

En janvier 2015, AGF AXA vend le 94 avenue Gambetta à CarVal Investors (CVI). La Ville, sous mandature de gauche, rate encore une fois l’occasion de préempter (alors que le montant évalué aux domaines – 51 millions d’euros, soit 2500 euros le m2 – était tout à fait abordable). CVI, bras armé de Cargill (multinationale de l’agroalimentaire spécialisée dans la transformation du maïs et du soja, les aliments pour bétail, les additifs alimentaires, agents de texture et autres, grand fournisseur de « produits à base de volaille » pour la grande distribution et la restauration rapide) pour l’investissement « dans les actifs décotés », confie aussitôt la parcelle à un cabinet d’architectes (CALQ) en vue d’une « restructuration d’envergure », et on n’en parle plus…

… jusqu’au coup de théâtre du conseil d’arrondissement du 20e, au lendemain du déménagement des services de l’Académie de Paris, effectué entre avril et juin 2016. Le Parisien en rend compte dans sa livraison du 28 juin : http://www.leparisien.fr/paris-75020/paris-un-supermarche-a-la-place-du-rectorat-dans-le-xxe-28-06-2016-5922357.php. Le groupe EELV et Danielle Simonnet pour le Front de Gauche-Place au Peuple comptent déposer des vœux au conseil de Paris des 4-6 juillet, demandant qu’un amendement du PLU réserve la parcelle en vue de la réalisation d’installations d’intérêt général et, dans le vœu de Danielle Simonnet (« considérant qu’un beau projet ambitieux, co-élaboré avec les habitant-e-s et les associations du quartier pourrait permettre d’accueillir dans les locaux du 94, avenue Gambetta à la fois des services publics, des locaux pour des activités associatives, des lieux mis à disposition pour des ventes directes producteurs-consommateurs et tous autres projets d’intérêt général contribuant à l’implication citoyenne »), que la Ville « s’oppose à la vente pour un projet de grande surface Carrefour sur cette parcelle ».

Les habitants aussi s’organisent. Un mail circule depuis la semaine dernière, signé Franco Dimattia, sous l’intitulé « NON AU CARREFOUR A LA PLACE DU RECTORAT », proposant une réunion publique le samedi 10 septembre, à 10h30, place Saint-Fargeau et, d’ici là, une campagne d’affichage dans les quartiers Pelleport, Saint-Fargeau, Télégraphe, Bretonneau et Tourelles contre le « NOUVEAU TEMPLE DU MERCANTILISME », pour « UN ESPACE CULTUREL EDUCATIF ASSOCIATIF LAIC TRANSGENERATIONEL », « UN ESPACE CITOYEN D’ECHANGES, DE DEBATS, DE VIE », appelant CHACUN à exprimer sa vision pour les 20.000 m2 du 94 avenue Gambetta.

Avec une bonne mobilisation, il est encore temps d’arrêter cet énième projet pire qu’inutile, mais c’est toute une vision de l’urbanisme qu’il s’agit de changer, et nous ne pourrons y arriver au coup par coup, en restant chacun dans son coin, sa rue, son quartier ou son arrondissement. Ce qui se passe dans le 20e nous regarde dans notre lutte pour faire de la concertation une règle en ce qui concerne l’aménagement de notre cadre de vie.

À nous de jouer. À nos idées. À nos réseaux.

Mise à jour (24 heures plus tard) : En même temps que nous publiions cet article, Christian Le Lann, commerçant rue des Pyrénées et président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Paris, prenait position contre le projet (https://twitter.com/CMA_Paris/status/749977250351738880). Pourtant, les deux vœux présentés en Conseil de Paris pour un amendement du PLU ont été rejetés et, sur le site, les travaux ont commencé. Les habitants appellent à un rassemblement devant la Mairie du 20e mercredi 6 juillet, de 17 h 30 à 18 h (voir tract en page Actus).
Contact : https://www.facebook.com/groups/634366886715378/
Pétition :  http://tinyurl.com/z7cdhgx
Clip vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=Tp9T9RxMxlM&feature=youtu.be
Dans la presse : http://www.20minutes.fr/paris/1881927-20160705-paris-20e-riverains-veulent-enieme-supermarche
http://www.leparisien.fr/paris-75020/haro-sur-le-supermarche-dans-les-anciens-locaux-du-rectorat-06-07-2016-5946377.php