Nouvelles de Paris Habitat

Il est rare que nous nous fassions l’écho de textes publiés dans les media. En attendant les résultats des marchandages sur les loyers actuellement en cours entre le bailleur Paris Habitat et les porteurs de projets sélectionnés le 1er octobre dernier pour les locaux commerciaux du projet Bichat-Temple (pour rappel : l’appel à candidatures prévoit une fourchette de 300-500 €/an/m2 HT/HC, soit le double du loyer moyen pratiqué par le bailleur dans ses rez-de-chaussée sur l’ensemble de la ville, selon les chiffres de l’Atelier parisien d’urbanisme), un article publié par Le Parisien nous a paru pourtant assez intéressant et éclairant pour être partagé. À vous d’en juger…

ParisHabitat

HLM : les surprenantes largesses de Paris Habitat

EXCLUSIF. Le premier bailleur social d’Ile-de-France ne connaît pas la crise et propose à ses salariés des avantages… en béton.

En 2012, à peine arrivé au pouvoir, François Hollande rabotait de 30 % le traitement de ses ministres et secrétaires d’Etat, comme sa propre rémunération. En temps de crise, le secteur public se devait d’être exemplaire. Avec 122.000 logements, le premier bailleur social d’Ile-de-France, Paris Habitat, dont les logements sortent de terre grâce à l’argent public et qui fonctionne à 75 % grâce aux loyers de gens très modestes, devrait être dans ce cas.

Eh bien… non ! A regarder de près ses chiffres et bilans, on est loin de la disette budgétaire. Ses quelque 3000 salariés ? Rémunérations élevées, congés payés, RTT (prises ou payées à prix d’or)… cet office public HLM, qui a le statut d’Epic [Etablissement public à caractère industriel et commercial], rivalise d’imagination pour être toujours plus attractif. Dernier exemple : en 2015, chaque salarié a touché une prime de 200 € pour le féliciter de la certification ISO de Paris Habitat.

Plus on escalade l’échelle salariale, plus les chiffres s’affolent. Ici, un salaire de directeur avoisine 7000 €, un DG adjoint émarge aux alentours de 9000 € net, voire plus. Quant au directeur général, Stéphane Dambrine, dont le salaire atteint des niveaux quasi inconnus dans le public, il bénéficie aussi d’un discret parachute doré — 500.000 € — en cas de licenciement. Cette disposition de son contrat de travail avait ému les administrateurs de la maison lors de son arrivée en 2011.

Lutter contre les « anomalies » d’occupation du parc social

Ces dernières années, plusieurs inspections de Paris Habitat se sont soldées par un appel à davantage de modération, qu’il s’agisse du rapport public de l’inspection générale de la Ville de Paris de 2014 ou du rapport (confidentiel à ce jour) que le gendarme du secteur, la Milos, avait rendu début 2013. Dans ce document que « le Parisien » – « Aujourd’hui en France » s’est procuré, la Milos avait pointé le caractère « irrégulier » de certaines clauses du contrat de travail du DG — ce dernier nous affirme s’être mis en règle depuis.

Dans une lettre aux allures de reprise en main, adressée fin 2015 aux quatre bailleurs sociaux (Paris Habitat, RIVP, Elogie et la SIEMP) avec lesquels la Ville va désormais signer une convention, la maire de Paris, Anne Hidalgo, leur fixe des objectifs clairs en termes d’activité : production de logements, délais de relocation, impayés… Elle y évoque, aussi, la moralisation de certaines pratiques et la lutte contre les « anomalies » d’occupation du parc social. Cela sera salué. Car, quand on creuse, on découvre encore que l’un des DG adjoints de Paris Habitat, qui émarge à 9000 € net par mois, bénéficie depuis quinze ans d’un logement aidé dans le parc de « PH ».


Un extrait de la lettre de la mairie de Paris envoyée au président du conseil d’administration de Paris Habitat.

Bonne nouvelle, dans ce tableau un peu grinçant : depuis peu, la Milos et un autre corps de contrôle ont fusionné, pour créer l’Ancols [Agence nationale du contrôle du logement social]. « Droit de suite après un rapport, possibilités de réclamer des astreintes ou des sanctions en cas de non-respect des recommandations, sans oublier la publication systématique de tous nos rapports… nos pouvoirs sont fortement élargis », se félicite le nouveau directeur, Pascal Martin-Gousset. Gageons qu’avec un nouveau supergendarme, le secteur accélérera les nécessaires mutations.

Une maison très, très généreuse…
[Note de Stopmonop : exception faite pour les salariés des sous-traitants, trop souvent sous-payés. Témoin la récente grève de quatre mois de 41 salariés de la société de nettoyage OMS Synergie : http://www.liberation.fr/france/2016/01/27/petite-victoire-pour-les-nettoyeurs-en-greve-d-oms-synergie_1429335]

Petit inventaire des sacrés avantages dont bénéficient les 3000 salariés de Paris Habitat.

 

Le rapport de l’autorité de contrôle en 2013 est téléchargeable ici  : http://www.youscribe.com/Product/Download/2693322?embed=true&key=1910c38fbe3228f853675498c9477f9fc28990d5&format=1

La prochaine étape

Logique après le « bilan » de notre dernier post, ce titre ne fait, d’un autre côté, que reprendre un thème soulevé à plusieurs reprises depuis la rentrée de septembre dernier : le rapprochement des collectifs en lutte pour une ville plus humaine et plus à l’écoute de ses habitants. Le mouvement qui a commencé à prendre forme fin octobre 2015, autour de la projection-débat « Paris pas sans nous ! », s’est concrétisé avec la constitution, sur le territoire du Grand-Belleville, de la

Coordination des Résistances et Initiatives (CRI) en villes
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Le collectif Stopmonop en est partie prenante. La coordination prépare pour le mois du mars une première action sur la voie publique, dans laquelle notre coin de rues devrait figurer en bonne place. À deux ans de notre premier rassemblement (en mars 2014, au temps où Paul Simondon  disait encore qu’il n’était pas question de revenir sur le DailyMonop’), nous devrions connaître enfin les décisions définitives concernant les commerces du projet Bichat-Temple. D’après les dernières informations reçues, non pas de Paris Habitat, qui ne communique plus, mais des porteurs de projet, les négociations sur les loyers sont enfin réellement en cours. Les porteurs des projets retenus, notamment sur le créneau « halle alimentaire », sont bien conscients de l’incompatibilité des loyers affichés dans l’appel à candidatures avec la dimension et les exigences sociales des projets. Quelle que soit la décision finale de Paris Habitat : une exception à la règle de la marchandisation dans notre cas particulier ou un refus d’entendre raison, l’action de mars sera l’occasion d’y réagir : dans un esprit festif dans le premier cas, protestataire et revendicatif, dans l’autre – cela reste à voir. Dans les deux cas, la nouvelle coordination Résistances et Initiatives sera tout à fait à sa place pour relayer ou notre succès ou notre échec et poursuivre la lutte pour que l’exception devienne la règle. Qu’à l’avenir aussi (ou qu’à l’avenir du moins), on ne décide pas sans nous de notre cadre de vie.

En attendant, je vous propose un lien sur le dernier document en date de l’APUR (un « diagnostic » qui, malheureusement, ne semble pas envisager d’autre offre alimentaire sur Paris que celle des supermarchés et des supérettes, ni manifester d’autre souci que la distribution des locaux entre les différentes enseignes de la grande distribution) : http://www.apur.org/sites/default/files/documents/commerce_paris_diagnostic_proposition.pdf
A noter le bon bout du 10e, autour de l’hôpital Saint-Louis, classé comme «zone pauvre en commerces alimentaires et services commerciaux de proximité, et dense en population résidentielle », et le chapitre consacré aux bailleurs sociaux (p. 32-37 – texte qui confirme que le bas de la fourchette des loyers du projet Bichat-Temple est toujours supérieur de 50 % au loyer moyen des locaux commerciaux gérés par Paris Habitat sur tout Paris). Il sera question de ce document le jeudi 28 janvier, à une « concertation publique sur le commerce de proximité » à la Mairie du 20e (concertation ouverte aussi en ligne sur le site de la Mairie de Paris : http://www.paris.fr/actualites/vitalite-commerciale-de-paris-donnez-votre-avis-3141 – à noter que le 10e arrondissement n’est pas concerné par ce dispositif, même pour la zone de carence définie dans l’étude de l’APUR). Avis aux Bellevillois parmi nous ou à ceux qui seraient curieux de savoir si les habitants du 20e ont plus (ou moins) voix au chapitre que ceux du 10e.

Un autre lien qui peut nous intéresser (pour connaître et multiplier les alternatives citoyennes à Paris) : http://www.capoupascap.paris/