Les paroles et les actes

Non, il ne s’agit pas d’une nième contribution à la polémique politicienne sur les déséquilibres ou les dérives médiatiques à la veille d’un scrutin dont la tendance générale ne fait malheureusement guère de doute.

Les paroles sont d’abord les nôtres, au Conseil d’arrondissement du 15 juin, exprimant le souhait « que le principe d’associer étroitement les habitants à la procédure d’attribution des commerces et autres locaux d’activité en pied des immeubles gérés par les bailleurs sociaux de la Ville soit à l’avenir reconduit et généralisé » – par « une participation qui engagerait aussi bien les associations, les collectifs et d’autres structures d’initiative civique que les conseils de quartier et les nouveaux conseils citoyens » et « mettrait en œuvre les trois instruments dont l’utilité s’est imposée dans la discussion autour du projet Bichat-Faubourg du Temple : 1° des enquêtes au niveau des habitants des quartiers concernés, pour cerner leurs besoins et leurs attentes ; 2° des réunions publiques, pour en favoriser l’expression ; et enfin 3° des appels à projets avec une présence des habitants dans les instances appelées à juger ».

Hélène Duverly, conseillère d’arrondissement déléguée au commerce et à l’artisanat, nous a alors répondu en évoquant « la possibilité de créer une commission extramunicipale sur le commerce et l’artisanat ». Kézaco ? « Une telle commission, a dit alors Mme Duverly, pourrait associer les différentes parties prenantes du 10e arrondissement (habitants, conseils de quartier, etc.) à l’établissement d’un diagnostic annuel. La commission se réunirait ensuite pour donner les résultats des attributions de commerce sur le diagnostic effectué ». Les termes sont, certes, un peu vagues, et Rémi Féraud, maire du 10e, a clos le sujet en déclarant qu’il ne saurait être question d’« instaurer un droit de censure sur chaque attribution commerciale d’un bailleur de la ville ».

Nous étions donc restés sur la réserve en annonçant la nouvelle sur la liste de diffusion Stopmonop (« Organe réel de la démocratie directe ou usine à gaz ? Ça reste à voir, comme aussi toutes les modalités concrètes de la réalisation de la chose ») – tout en voulant y voir un petit pas vers un changement des logiques urbanistiques qui, en sautant systématiquement la case concertation, aboutissent à une ville de plus en plus uniformisée, mercantilisée et difficile à vivre.

Et les actes, alors ? On y vient peut-être, petit à petit…

La « commission extra-municipale » annoncée en juin a été créée par un vote du Conseil d’arrondissement du 14 septembre. (Voir, en pages Documents, le texte exact de la délibération MA 10-2015-193 : https://stopmonop.files.wordpress.com/2014/05/62-ma-10-2015-193-mise-en-place-commission-extra-municicipale-commerc.pdf). Le 27 octobre, enfin, les Conseils de quartier du 10e ont reçu une lettre non datée, signée d’Hélène Duverly et de Rémi Féraud, sollicitant leur participation à une première réunion prévue pour la seconde quinzaine de novembre, lettre qui définit ainsi le but et le fonctionnement de cette nouvelle instance : « La Commission Extra Municipale Commerce Artisanat lors de ses réunions partagera avec les participants le diagnostic économique et commercial élaboré par l’Atelier Parisien d’Urbanisme (APUR) et examinera les attributions de locaux réalisées dans les mois écoulés. Elle se réunira environ tous les 18 mois. »

Le collectif Stopmonop, à l’origine de la création de la commission par sa question de pré-Conseil en juin dernier, n’a pas à ce jour été invité à y participer.

Nous aimerions croire, malgré tout

  • que la participation des habitants ne se limitera pas au seul canal des conseils de quartier (structures qui souffrent d’un essoufflement certain et sont, objectivement, très loin d’être représentatives)
  • que la commission ne sera pas qu’une simple chambre d’enregistrement, convoquée de loin en très loin pour prendre acte des faits accomplis « dans les mois écoulés »
  • qu’elle pourra, au contraire, regarder vers l’avenir et fonctionner selon un axe qui ira non seulement de haut en bas, mais aussi de bas en haut, comme force de proposition et forum d’expression de l’expertise citoyenne que possèdent tous les habitants du quartier, jeunes et vieux, riches et pauvres, d’ici ou d’ailleurs
  • bref, que nous pourrons en faire une véritable courroie de transmission, permettant aux habitants et usagers de la ville que nous sommes de surmonter la distance croissante qui, dans les questions relatives à notre cadre de vie, sépare les instances décisionnaires du terrain, de faire entendre nos besoins et nos soucis (face au quasi-monopole de la grande distribution dans le commerce alimentaire ou aux problèmes liés à la mono-activité commerciale) et d’obtenir qu’ils soient réellement pris en compte.

Il est à présumer que la « commission extra-municipale sur le commerce et l’artisanat » suivra l’exemple de la « commission extra-municipale sur les déplacements », dont les réunions de travail (en principe tous les trois mois, la dernière en date remontant au 24 juin) ne sont a priori pas ouvertes au public. Il n’en sera que plus important d’assister nombreux à la première réunion pour faire entendre tout d’abord notre avis sur la façon dont nous voyons le futur fonctionnement de la commission. Nous vous informerons de la date dès qu’elle nous sera connue.

D’ici là, on nous dit qu’un vœu en préparation pour être présenté à la prochaine séance du Conseil de Paris reprendra les termes de notre question de pré-Conseil du 15 juin, exigeant, à l’échelle de tout Paris, une représentation directe des habitants dans la procédure d’attribution des locaux d’activités en pied d’immeubles gérés par les bailleurs sociaux et la Semaest. Puisse-t-il ne pas en rester aux paroles !

P.-S. : Vous trouverez sur la page Documents de ce blog le texte de l’étude de l’Apur (Atelier parisien d’urbanisme) sur l’évolution des commerces à Paris entre 2011 et 2014 que la nouvelle commission extra-municipale compte présenter aux représentants des habitants, ainsi qu’une synthèse de ce document et une note publiée par l’Apur en juillet dernier sur les mutations de commerces intervenues en 2014 sur 56 voies commerçantes à Paris, dont la rue du Faubourg du Temple et son prolongement au nord.