Parisien sans pastiche ?

Le 20 avril, Paris Habitat et le Pavillon de l’Arsenal ont invité un public choisi, auquel nous nous sommes permis de nous joindre, à une visite sur site de la crèche, des parties communes et des 91 logements du projet Bichat-Temple, dont les premiers locataires emménageront début mai. Le projet a été présenté par Philippe Rozier, directeur de la construction chez Paris Habitat, et l’architecte maître d’œuvre Alexandre Chemetoff, qui a insisté sur l’inspiration puisée dans le tissu industriel du vieux Paris faubourien et le propos d’« urbanité » au sens du bien vivre(-ensemble).

La visite a été précédée par la publication, dans l’édition électronique de Libération du 19 avril, d’un entretien de M. Chemetoff avec Sibylle Vincendon (http://www.liberation.fr/france/2016/04/19/comment-batir-parisien-sans-pastiche_1447067), dont nous nous permettons de reproduire d’importants extraits :

« Les architectes doivent-ils “réinventer Paris” comme la mairie de la capitale vient justement de les inviter à le faire? Alexandre Chemetoff, architecte-paysagiste, fait la démonstration qu’il est parfois intéressant de partir de ce que Paris a inventé. Avec 91 logements sociaux, une crèche et cinq commerces rue du Faubourg-du-Temple, près de la République, l’immeuble qu’il vient de signer est la démonstration que l’on peut rester fidèle à l’urbanisme des faubourgs parisiens, être créatif, se soucier des habitants et respecter les limites des deniers publics. Comment être “fidèle à l’esprit des lieux”?, se demandait l’architecte lors d’une conférence en 2012. Avec un modèle? Avec une méthode plutôt, que l’on peut résumer en cinq points.

1/ Ne pas pasticher Paris

Avec sa façade en bois et zinc, l’ensemble est à des années-lumière des faux haussmanniens comme on en voit plein les programmes de promoteurs. […]

2/ Lui rester fidèle

En même temps, cet ensemble de deux bâtiments et une crèche autour d’une cour respecte tous les repères physiques de ce Paris populaire. […]

3/ Etre généreux

Dans la crèche, entièrement en bois, les pièces sont hautes parce que les réseaux sont apparents et évitent les faux plafonds. Dans ces logements HLM, toutes les chambres ont une porte-fenêtre ouvrant sur un petit balcon carré. C’est quand même autre chose que la lucarne habituelle. […]

4/ Ecouter le quartier

Au rez-de-chaussée, étaient prévus plus de 400 mètres carrés de commerces. Un Monoprix devait s’y installer. Mais un comité de riverains baptisé StopMonop s’y est opposé. Ils ont obtenu à la place cinq commerces, dont une librairie et, encore plus rare dans Paris, une poissonnerie.

5/ Tenir son budget

Le coût global de l’ensemble tient dans les enveloppes habituelles de construction des HLM, soit 1500 euros le mètre carré hors taxes. L’opération sera livrée fin mai. “On peut faire une architecture parisienne dans les conditions ordinaires du logement social”, résume Alexandre Chemetoff. La preuve. »

Chacun jugera pour lui-même de la réussite du propos architectural et du dialogue des deux nouveaux immeubles avec leurs environs et ce que nos mémoires ont pu garder du passé du Faubourg. Le texte publié dans Libération inspire dans l’immédiat deux questions moins subjectives :
1° La délibération 2010 DLH 194 du Conseil de Paris (https://stopmonop.files.wordpress.com/2014/10/2010dlh194-decc81libecc81ration.pdf) plaçait le coût des logements à 5246 euros le mètre carré utile (29.307.122 € pour une surface utile de 5586 m2). Si ce coût a été en cours de construction divisé par plus que trois, c’est certes une excellente nouvelle. Nous aimerions en conclure que les loyers commerciaux (fixés dans la même délibération à 494€/an/m2 utile et encore à 300-400€/an/m2 dans la dernière mouture de l’appel à candidatures [https://stopmonop.files.wordpress.com/2015/04/appel-acc80-projet-bichat-temple-3.pdf]) seront eux aussi réduits en conséquence.
2° Que penser en revanche de la mise en vedette de la poissonnerie (projet ne répondant pas à l’esprit de l’appel à candidatures) et du silence au sujet du projet le plus emblématique de la mobilisation des habitants : l’idée d’une « halle alimentaire » dans l’esprit du vœu 2015 V 52 du Conseil de Paris, portée par Kelbongoo ? Que penser sinon que l’argent prime toujours l’intérêt général dans l’esprit du bailleur et que la lutte n’est pas finie ? (Voir aussi : http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-75010/paris-bientot-des-halles-alimentaires-approvisionnees-en-circuits-courts-11-04-2016-5705397.php et http://www.leparisien.fr/espace-premium/paris-75/l-implantation-dans-le-xe-fait-encore-debat-12-04-2016-5706315.php)

Un mois après son lancement, notre dernière pétition « à l’appui des résultats de la concertation » (https://stopmonop.files.wordpress.com/2016/03/petition-finale-mars2016-1.pdf) a dépassé les 500 signatures. Nous la ferons parvenir la semaine prochaine à Stéphane Dambrine, directeur général de Paris Habitat, et à Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement. D’ici là, ceux qui ne l’ont pas encore signée pourront le faire au Nicolas du 61 rue du Faubourg du Temple ou à la Pharmacie Goncourt (146 avenue Parmentier). Nous aurons l’occasion de discuter de tout cela et plus encore, dans le cadre plus vaste du nord-est parisien, à l’atelier de cartographie participative organisée par la CRI ce samedi 23 avril, à 15 heures, au Belvédère du parc de Belleville (rue Piat, 75020)  et à l’Assemblée de quartier qui le suivra, à 18 h, dans le cadre de la #NuitDeboutBelleville (voir en page Actus).

En attendant, une petite galerie de photos de la visite :