Tribune libre sur la ligne 11

Nous avons plusieurs fois répercuté sur la page ACTUS de ce blog les questions posées aux habitants que nous sommes par les travaux d’aménagement des stations Goncourt et Belleville liés au prolongement de la ligne 11 jusqu’à Rosny-sous-Bois – questions qui nous amènent, comme celles liées aux commerces à Bichat-Temple, à nous interroger sur le poids de notre voix dans les décisions concernant notre cadre de vie.

Le 4 janvier, une visite de la station Goncourt réunissant habitants et commerçants du quartier en présence de Christophe Servat, communiquant de la RATP, et de Sylvain Raifaud, maire-adjoint du 10e en charge de la démocratie locale, a abouti à un consensus :
– pour proposer la mécanisation d’une des sorties existantes de la station Goncourt desservant l’hôpital Saint-Louis du côté 10e ;
– pour demander 1° des précisions concernant l’emplacement de la sortie prévue sur le trottoir impair de la rue du Faubourg du Temple et le calage de la trémie de façon à n’obstruer aucune entrée (ni d’immeuble, ni de commerce) ; 2° une réflexion approfondie sur les problèmes de stationnement (livraisons, voitures et deux-roues) dans ce secteur de la rue du Faubourg du Temple, afin qu’ils ne soient pas aggravés par les nouvelles sorties.

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Pourtant, les travaux démarrent et la RATP n’est pas pressée de répondre.

Les élus se sont montrés un peu plus réactifs. Le 16 janvier, un vœu adopté à l’unanimité en Conseil d’arrondissement demandait :
– que soit étudiée par la RATP la possibilité d’équiper prioritairement la station Goncourt d’un escalier mécanique, vu sa proximité avec l’hôpital Saint-Louis ;
– que soit organisée une concertation entre la RATP, les services techniques de la ville et les riverains qui le souhaitent à propos des nouvelles sorties prévues et que soit étudiée la possibilité d’élargir le trottoir de la rue du Faubourg du Temple afin d’assurer une bonne circulation des flux piétons.
Mais : au cours de la discussion, Elise Fajgeles, maire adjointe du 10e en charge de la voirie (qui rend la RATP reponsable de la non-prise en compte d’une amélioration de l’accessibilité de la station Goncourt – inutile de dire que la RATP lui renvoie la balle), a affirmé qu’il est hors de question de rajouter un escalier mécanique aux travaux liés au prolongement de la ligne et que la chose ne pourrait être envisagée, au mieux, que « dans 2 ou 3 ans ». Pour les problèmes de voirie, la RATP  – toujours selon Mme Fajgeles – ne refuse pas de « retravailler avec les habitants », mais la concertation ne pourra intervenir qu’au moment de l’ouverture des nouvelles trémies. Alors qu’il sera trop tard pour changer quoi que ce soit…

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Justement, les questions de voirie se sont posées avec force lors de la seconde visite sur le terrain qui a réuni, le 10 janvier, à la station Belleville, autour de Christophe Servat et de Pierre Japhet, maire-adjoint du 11e en charge des transports, des habitants et des représentants du Conseil de quartier Saint-Louis Faubourg du Temple, rejoints par un voisin du Conseil de quartier Belleville dans le 20e. Nous publions ci-dessous le texte que nous a fait ensuite parvenir l’un des participants :

Station Belleville, le projet des nouveaux accès au métro prévu par la RATP est incohérent :

par rapport à l’accès à la ligne 11 :

  • Une bouche en sortie (pas d’entrée) desservant un seul quai,
  • Une bouche en entrée et sortie desservant l’autre quai,
  • Un escalator en sortie desservant ce même quai,

 

par rapport à la rue du Faubourg du Temple :

  • La bouche en sortie située côté impair de la rue (10e) est incohérente 1° avec le flux piétons sur ce trottoir étroit et très commerçant ; 2° avec la proximité de la cour de la Grâce de Dieu.
  • Aucun plan d’aménagement de la rue n’est étudié : sur le plan de la RATP, des traits de crayon montrent les déhanchements de trottoir provoqués par la station sans aucun travail d’ensemble.

 

Les habitants demandent que le projet de bouches de métro s’adapte au quartier et offre un meilleur accès au transport en commun, ce qui est possible !

  • Abandon de l’accès côté impair.
  • Création d’une galerie reliant la nouvelle bouche de métro prévue côté pair (11e) et les 2 quais de la ligne 11 : un passage sous la rue, comme celui existant plus haut près du boulevard.

 

Un projet pas plus cher mais respectueux du quartier et de ses commerçants et à la fois plus efficace pour les usagers du transport !

Cette galerie, même si elle est onéreuse à construire, permet de s’exonérer de l’aménagement de surface de la rue du Faubourg du Temple : les déhanchements de trottoir générés par l’accès côté impair, projet non étudié par la RATP et que la Ville de Paris semble découvrir ! L’escalator, qui dessert un seul quai, est-il d’ailleurs une nécessité ? Il impacte des commerces et coûte cher pour peu de services rendus.

 

Nous sommes surpris et même troublés qu’aucune étude sérieuse de voirie, aucun projet cohérent ne nous aient été présentés, alors même que le dévoiement des réseaux s’engage.

  • S’attaquer au tracé de la rue, c’est en régler les différents usages en surface – c’est  extrêmement difficile à concevoir compte tenu de l’imbrication des usages…
  • La rue du Faubourg du Temple, très commerçante, a un fonctionnement informel entre piétons, cyclistes, automobilistes et livreurs, qui peut être pérennisé si la nouvelle bouche de métro sur le trottoir étroit (10e) n’est pas créée mais mutualisée avec celle du 11e implantée sur un trottoir suffisamment large.

 

Pour répondre aux attentes de tous… :
un projet resserré avec un seul accès en entrée/sortie,
desservant la ligne 11 tant vers Châtelet que vers Rosny,
implantée sur le trottoir large de la rue du Faubourg du Temple.

Deux documents pour illustrer la solution proposée et faire avancer la réflexion :
Plan commenté de la RATP
Plan illustrant l’insertion du projet dans le quartier

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Bilan à bémols bis

Le 27 novembre, les abonnés à la liste de diffusion Stopmonop ont reçu un compte rendu de la dernière réunion de la commission de validation de l’appel à candidatures du projet Bichat-Temple, convoquée le vendredi 25 pour faire l’état de l’entrée en location des commerces. Mis à jour et commenté, il peut introduire notre bilan 2016 :

La réunion s’est déroulée en petit comité, ni Stéphane Bettiol, adjoint au directeur général en charge des politiques patrimoniales et sociales, ni Jacques Larouzée, directeur territorial Nord-Est, n’ayant jugé utile de se déplacer.
On nous a informés que :

– La librairie (lots n° 2-3 : 45 bis rue du Fbg du Temple), seule pour l’instant à avoir signé un bail, espérait avoir terminé ses travaux à la fin de la semaine du 26 novembre (mais il restait des problèmes techniques à résoudre avec SFR et ErDF  reflet du fait qu’en partitionnant les 435 m2 initialement destinés au Monop, Paris Habitat ne s’est jamais senti tenu de rendre les espaces résultants viables). Une ouverture à la mi-décembre était théoriquement possible – pari tenu ; voir : https://www.facebook.com/librairielesnouveautes/ et notre post du 13 décembre. (Malheureusement, le rayon papeterie prévu dans le projet approuvé en octobre 2015, d’une utilité certaine pour tous les habitants du quartier ayant des enfants en âge scolaire, semble être passé à la trappe. Second bémol : l’entrée sur la rue Bichat prévue pour le lot n° 3, impraticable du fait du dénivelé du sol, va servir à la nouvelle librairie de réserve ; espérons, pour la librairie comme pour la rue, que le rideau de fer continuellement baissé n’attirera pas les comportements incivils.)

– Kelbongoo (lot n° 4 : 3 bis rue Bichat), dont on nous annonçait l’ouverture pour mars (voire, l’été dernier, dans la presse, pour « fin 2016 ») risque de n’ouvrir qu’à la mi-mai 2017. Les travaux de gros œuvre, pris en charge par Paris Habitat, ont débuté timidement le 7 novembre et repris sérieusement dans la semaine du 19 (voir page Photos). On nous avait parlé d’une durée de trois mois. Il semble maintenant que cette tranche de travaux ne puisse pas être achevée avant la mi-avril. C’est alors qu’aura lieu la signature du bail. Restera encore à Kelbongoo de finaliser le détail de son installation, ce qui nous amènera à la fin du printemps.

– Le sort de l’association ETM (lot n° 5 : en face du 10 rue Bichat) est entre les mains de la Mairie. Une subvention a été votée en Conseil d’arrondissement pour couvrir le coût de l’aménagement. Pour procéder à la signature du bail, Paris Habitat attendrait de connaître la date prévue pour le début des travaux (afin de faire bénéficier ETM, au maximum, de la période de franchise de loyer). Guy Patachek et Sylvie Lochet, représentant Paris Habitat, ont refusé (pour ce projet comme pour les autres) de nous communiquer le montant exact des loyers négociés au coup par coup. Dans le cas d’ETM, le loyer aussi sera couvert par des subventions. Espérons (contre tout espoir) que les subventions de la Ville ne serviront pas simplement à étayer la spéculation immobilière. (Guy Patachek a été ravi d’annoncer que les loyers dans la rue du Faubourg du Temple étaient repartis à la hausse, en même temps que sa collègue Sylvie Lochet se plaignait des idées que l’exemple du projet Bichat-Temple – la révision à la baisse, en faveur notamment du projet de « halle alimentaire » des loyers initialement alignés sur le haut de la fourchette du privé – semble avoir donné à d’autres candidats à des locaux du bailleur social.)

– Mauvaise nouvelle pour la « poissonnerie à manger » By Sou… (lot n° 1 : 43 rue du Fbg du Temple). Le porteur de projet, qui avait candidaté pour les lots n° 2-3, a dû faire refaire tous ses devis et son tour de table financier en passant sur le lot n° 1, d’où des retards. Guy Patachek dit attendre de sa part un dossier définitif en janvier 2017 et compter sur une ouverture « au printemps ». C’est ce projet qui implique les investissements les plus lourds (notamment pour l’extraction exigée par la cuisine) et qui aura le loyer le plus élevé. Malheureusement, dans son état actuel, le projet n’est plus du tout celui approuvé en octobre 2015. Le projet initial comportait 3 espaces : 1° espace poisonnerie « avec un étalage régulier de poissons frais, où les clients achètent du poisson frais entier ou déjà préparé » ; 2° espace restauration ; 3° espace épicerie fine et traiteur, où le chef comptait vendre notamment ses sauces. Dans la version finale, l’espace restauration a tout absorbé. Reste seulement un coin de comptoir pour la vente des sauces et du poisson préparé, c’est-à-dire (selon le résumé pertinent d’Hélène Duverly, conseillère d’arrondissement déléguée au Commerce et à l’artisanat) de sushi à emporter. Bref, il n’y aura pas de poissonnerie. Paris Habitat impute cela aux « normes », différentes pour un restaurant et pour une poissonnerie – sans doute, mais le porteur de projet était censé le savoir dès le départ, et cela n’explique pas que la balance ait penché du côté de la restauration plutôt que du commerce de bouche. Évidemment, la restauration est plus rentable – plus intéressante donc pour le bailleur. Dans l’état actuel, les représentants des habitants dans la commission de validation n’auraient pas  pu approuver le projet. Ce n’est pas un restaurant de plus (le quartier n’en manque pas) qui ramènera de l’alimentaire dans la rue. Au contraire. De l’avis des quelques commerçants traditionnels qui survivent tant bien que mal au milieu de la mono-activité vestimentaire, il aurait fallu installer dans le cadre du projet Bichat-Temple au moins deux commerces alimentaires pour créer un pôle d’attraction susceptible de renverser la fuite de la clientèle et d’amorcer une évolution positive. Pour le coup, c’est raté.

Le 27 novembre, notre message se terminait sur un « Merci, Paris Habitat ! » Nous avons aussitôt écrit, d’une part, aux responsables de Paris Habitat, pour suggérer un retour au projet initial de poissonnerie, en arguant que « l’installation d’un simple restaurant de plus dans ce tronçon de la rue du Faubourg du Temple qui, depuis le lancement de l’appel à candidatures, en a vu ouvrir trois 1° ne répond pas aux besoins du quartier ; 2° réintroduit, dans le cadre même de l’appel à candidatures, le principe regrettable qui fait des pieds d’immeuble HLM un simple variable d’ajustement financier sans prise en compte du contexte ; 3° risque même de fragiliser la situation de Kelbongoo, qui, relégué dans le local le plus problématique, apparaît plus que jamais comme le projet phare de l’appel », et aux élus EELV et PC qui nous ont soutenus depuis deux ans, en leur rappelant le chemin qui reste à parcourir pour que l’exemple de Bichat-Temple fasse réellement jurisprudence (tant pour l’encadrement des loyers à la baisse que pour la voix donnée en amont à l’expertise citoyenne des habitants). – Pas de réponse de la part des élus. Une fin de non-recevoir très nette de la part de Jacques Larouzée pour Paris Habitat. (Lire l’échange en page Documents.)

Pendant ce temps :
– la structure coopérative de type GIE dont la Mairie a annoncé la création en novembre 2015 pour « améliorer la gestion des rez-de-chaussée des bailleurs sociaux » (2015 DDEESS 277), selon la promesse que Ian Brossat nous avait faite en avril 2015, a été confiée à la délégation d’Olivia Polski, qui freine des quatre fers et semble déterminée à la faire servir, non pas à l’intérêt général des habitants, mais à la « montée en gamme » d’une gentrification qui ne dit pas son nom ;
– la même délégation bloque au niveau de l’Hôtel de Ville les demandes de création de périmètres de préemption des baux rendue possible par la loi Pinel et approuvé par le Conseil d’arrondissement du 10e en mars dernier ;
– un vœu présenté par le groupe EELV au Conseil de Paris à la séance du 26 septembre qui aurait favorisé la concertation dans le cadre du « Contrat de revitalisation commerciale et artisanale (ex-Vital’Quartier 3) – en même temps que les élus EELV et PC du 10e demandaient un bilan des activités de la SEMAEST dans l’arrondissement –  a été amendé par l’exécutif pour remplacer « concertation » par « compte rendu » ;  cela augure mal de la future activité de la Commission extra-municipale sur le commerce et l’artisanat (censée devenir l’organe de la concertation), dont on nous annonçait, début octobre, une nouvelle réunion qui ne semble pas près de se concrétiser
– dans le 20e, nos amis de l’association Carton Rouge (opposée au projet immobilier qui prévoit l’installation d’un Carrefour-Market de 1900 m2 au 92 avenue Gambetta), reçus par Olivia Polski le 15 décembre, avec d’autres associations de l’arrondissement, n’ont obtenu qu’une vague ouverture concernant les 500 m2 que le projet réserve au « petit commerce » et une promesse réitérée de ramener à 400 m2 le seuil de saisine de la CDAC (mesure dont le projet même du Carrefour atteste l’inefficacité et qui laissera le champ libre à la prolifération des « petites » surfaces de la grande distribution)

D’un autre côté :
– le Monop’ chassé de l’angle Bichat-Temple, dont nous avions signalé l’été dernier l’installation au 11-13 boulevard Jules Ferry, a fermé ses portes fin 2016 après moins de six mois d’existence – preuve que les habitants attendent bien autre chose que la multiplication des points de vente du trio Casino-Carrefour-Auchan ;
– la revendication d’une prise en compte de l’intérêt et de la parole des habitants dans l’évolution du tissu commercial parisien ne cesse de s’étendre ; nous avons été contactés par l’association Agir Solidairement pour le Quartier Popincourt qui cherche à fédérer des collectifs et associations dans tous les quartiers concernés par le « Contrat de revitalisation » pour « devenir partenaires de la SEMAEST EN AMONT » ; en perspective, une galette des Rois le samedi 14 janvier au nouveau restaurant d’Augustin Legrand dans le 11e (Le Bréguet) pour discuter le coup ;
– en perspective encore, une réunion publique sur le projet pour le 48 rue Ramponeau et 37 rue Bisson (défense de la métallerie Grésillon et, plus généralement, de l’artisanat à Belleville) le lundi 9 janvier à l’école du 38 rue de Tourtille (préparé par une réunion de la Commission Cadre de vie du Conseil de quartier Belleville au Relais de Ménilmontant, 85bis rue de Ménilmontant, le jeudi 5 à 19 h) ;
– le 31 décembre, l’émission « Chroniques syndicales » sur Radio libertaire (89,4 MHz) a réuni des représentants de Carton Rouge, de Stopmonop, du Groupe des 24.000 (mobilisé contre un projet spéculatif de construction de 24.000 m2 de bureaux dans le 3e), d’ASQP et du CRI, bien décidés à ne pas en rester là.

En période pré-électorale, on ne sait jamais ce qui peut devenir possible. Rendez-vous dans les mois à venir pour traduire dans les faits nos vœux pour un quartier vivant !