Une première réponse

Notre pétition, lancée dans la nuit du 15 au 16 juillet, a recueilli plus de 1500 signatures en dix jours. Merci à tous ceux qui se sont mobilisés pour la halle alimentaire du 10e arrondissement. Grâce à vous et aux interventions des élus (outre la lettre de Nicolas Bonnet et Didier Le Reste à Anne Hidalgo le communiqué du groupe communiste au Conseil de Paris, le groupe EELV aussi est intervenu auprès de la directrice de la DEA), la situation semble se débloquer.

En effet, comme nous l’avons annoncé aujourd’hui dans une mise à jour sur la page de la pétition, les co-fondateurs de Kelbongoo ont été reçus, ce mardi 25 juillet, par des fonctionnaires de la DEA (Direction de l’Attractivité et de l’Emploi) et du service en charge de l’Économie solidaire, circulaire et de l’Insertion professionnelle. Les « difficultés juridiques » invoquées par Olivia Polski à la réunion du 24 mai semblent avoir été résolues. La Ville propose désormais, pour la « halle » du 10e, une subvention de 130 000 € (les 200 000 du budget participtif amputés du coût de la chambre froide que Paris Habitat a été chargé d’installer et d’une petite subvention versée à Kelbongoo par la DDCT [Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires] pour le développement du volet social de son activité) qui serait soumise à l’approbation du Conseil de Paris en novembre et versée, si tout va bien, en décembre.

D’ici là, Kelbongoo reste seul pour faire face au coût de son installation, toujours prévue pour septembre. Nous ne pouvons qu’espérer qu’elle ne sera pas retardée par ces rebondissements.

Malgré la joie avec laquelle nous prenons acte de ce premier pas bien concret dans la bonne direction

  • considérant la différence de traitement entre le 10e et le 14e arrondissement, à peine diminuée et qui demeure toujours aussi incompréhensible (que la Ville mette en place deux expérimentations de « halle alimentaire » portées par deux structures différentes est une excellente chose dans la perspective de la pérennisation et de la généralisation du dispositif des « 4 Saisons solidaires », mais pour juger objectivement, il importe qu’aucune des deux ne soit privilégiée sur l’autre) ;
  • considérant aussi que la Mairie est très clairement sensible à la publicité donnée à cette affaire ;
  • considérant que les « états généraux de l’alimentation », lancés en grande pompe par le gouvernement le 20 juillet, rendent les questions soulevées plus que jamais d’actualité ;
  • et tout bêtement parce que nous demandons à voir (les engagements tenus) pour croire

le collectif a décidé de NE PAS fermer la pétition. Elle demeure active, et nous vous encourageons à continuer à la relayer le plus largement possible autour de vous, pour maintenir la pression en prenant au mot ceux qui nous parlent de « démocratie participative ».

Rappel du lien pour signer : https://www.change.org/p/anne-hidalgo-sauvez-la-halle-alimentaire-du-10e-arrondissement-ab88a136-1b15-445a-93de-cfa31b5029f3

Sauvez la « halle alimentaire » à Bichat-Temple…

Pétition lancée sur le site Change.org le 15 juillet 2017 :

à Anne Hidalgo, maire de Paris
Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire
Olivia Polski, maire-adjointe de Paris en charge du Commerce et de l’Artisanat
Antoinette Guhl, maire-adjointe de Paris en charge de l’Économie circulaire, sociale et solidaire
Pauline Véron, maire-adjointe de Paris en charge de la Démocratie locale
Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement

 

Au scrutin du budget participatif 2016, 1680 habitants du 10e arrondissement de Paris ont donné leur suffrage au projet « Une halle alimentaire pour le 10e », déposé par le collectif Stopmonop et validé par les services techniques de la Ville et la Mairie d’arrondissement avec l’estampille « Quartiers populaires ». Arrivé deuxième dans l’arrondissement, c’était l’assurance pour Kelbongoo – jeune entreprise déjà établie dans le 20e, lauréate des Trophées de l’ESS 2015 et titulaire de l’agrément ESUS, choisie en octobre 2015, par un jury réunissant habitants et élus, pour offrir une alimentation saine à prix abordable à tous les habitants du 10e – de pouvoir réaliser dans les meilleures conditions son installation au rez-de-chaussée du nouvel immeuble Paris Habitat à l’angle de la rue Bichat et de la rue du Faubourg du Temple qui mobilise les habitants du quartier depuis six ans. C’est ici que, entre 2011 et 2015, nous avions combattu victorieusement l’arrivée d’un énième supermarché superflu (un DailyMonop’ à 200 m d’un Monoprix classique). Ici que nous avons été ravis, en attendant Kelbongoo, d’accueillir en décembre dernier la librairie Les Nouveautés dans une partie des locaux initialement promis au Monop’.

En effet, les habitants du 10e n’ont pas attendu le vote de la délibération « Les 4 Saisons solidaires » au Conseil de Paris de juillet 2016 pour réclamer une alternative à la grande distribution dans l’esprit du dispositif de « halles alimentaires » promis par l’actuelle majorité municipale : des structures conçues pour casser l’inégalité sociale de l’accès à une alimentation de qualité en promouvant une consommation responsable, solidaire des producteurs et respectueuse de l’environnement. Cette demande des habitants figurait à l’ordre du jour d’une réunion plénière du Conseil de quartier Hôpital Saint-Louis / Faubourg du Temple en décembre 2014. Elle a fait l’objet d’un premier projet déposé sur la plateforme du budget participatif, en février 2015, par le collectif Stopmonop de concert avec une association du 18e arrondissement. Enfin, en mars 2015, elle était inscrite dans le cahier des charges de l’appel à projets lancé conjointement par Paris Habitat et la Mairie du 10e, en réponse à la mobilisation citoyenne, pour « faire émerger un pôle correspondant aux besoins du quartier » en pied de la résidence sociale alors en construction. La mise en location des 90 logements sociaux créés à Bichat-Temple n’a fait, bien sûr, que renforcer cette demande, les multiples retards du chantier aiguisant encore l’appétit et l’impatience des habitants. Rappelons qu’il y a un an, la presse annonçait l’ouverture de la première « halle alimentaire » de Paris, dans le 10e, avant la fin de l’année 2016.

Nous avons donc été consternés d’apprendre, par un conseiller de Paris du 10e arrondissement, le 12 juillet, que le comité de pilotage du dispositif, réuni la veille par Olivia Polski, votre adjointe en charge du Commerce et de l’Artisanat, avait décidé de refuser le versement de la somme votée par les habitants. Cela, à quelques semaines de l’ouverture prévue (fin août), alors que Kelbongoo (qui a depuis octobre 2016 intégré l’argent du budget participatif à son plan de financement, engageant des frais importants et effectuant des embauches de personnel pour répondre au mieux au projet de la Ville de Paris) doit investir encore dans du matériel onéreux pour compléter l’aménagement du local.

Cette décision serait motivée par la « règle des Minimis », issue du droit européen (règlement 1407/2013), qui fixe un plafond de 200 000 € d’aides directes ou indirectes sur trois exercices fiscaux pour toute structure (association ou entreprise) exerçant une activité économique, la subvention d’équipement de 196 000 € octroyée à Paris Habitat en novembre 2016, par la Direction de l’Attractivité et de l’Emploi, pour les travaux de gros œuvre d’aménagement du local désigné pour accueillir la « halle alimentaire » étant considérée comme une aide indirecte à Kelbongoo. Pourtant

  • le contrat de location proposé à Kelbongoo par Paris Habitat interdit expressément la cession du droit au bail, précisant par ailleurs que « tous les travaux d’aménagement […] sont acquis au bailleur, sans indemnité» à l’expiration ou en cas de résiliation du bail ;
  • le même comité de pilotage, réuni à nouveau le 12 juillet, a trouvé des solutions juridiques permettant le soutien de la Ville de Paris à hauteur de 800 000 € à la « halle alimentaire » du 14e arrondissement (projet porté par l’association Food2rue) selon un projet voté par 1420 Parisiens également dans le cadre du budget participatif 2016.

Pourquoi les solutions mises en œuvre pour la « halle alimentaire » du 14e arrondissement ne pourraient-elles s’appliquer aussi bien à celle du 10e ?

L’enjeu de santé publique – et de démocratie élémentaire – auquel répond le dispositif des « 4 Saisons solidaires » n’est-il pas le même dans tous les quartiers populaires de Paris ?

Quelle crédibilité les Parisiens pourront-ils accorder au budget participatif et, par extension, à la conception de la « démocratie participative » qu’il est censé mettre en œuvre, si le vote des habitants peut être purement et simplement annulé ?

Comment ne pas s’inquiéter des retombées d’un tel acte au lendemain d’élections marquées par un taux record d’abstention, témoignant des interrogations croissantes des citoyens à l’égard de leurs institutions ?

Le retrait brutal du soutien de la Ville risque de compromettre la survie d’une entreprise de l’économie sociale et solidaire engagée dans un processus de changement d’échelle qui la rend particulièrement fragile, d’hypothéquer l’emploi de ses 25 salariés, de rayer d’un trait la confiance que ses dizaines de milliers de clients actuels et futurs ont pu placer dans la réelle volonté d’une transition écologique chez leurs élus, au niveau municipal et au-delà.

Nous vous demandons, Madame la Maire, d’intervenir pour faire respecter le vote démocratique des Parisiens en levant le blocage incompréhensible de la subvention de 200 000 € destinée à Kelbongoo au titre du budget participatif.

Lien pour signer :
https://www.change.org/p/anne-hidalgo-sauvez-la-halle-alimentaire-du-10e-arrondissement-ab19d9a6-e059-4fc7-862a-7bcf4cdd8df0
ou :
https://tinyurl.com/yceeqajx

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Voir aussi nos posts de mai et de juin 2017, pour l’historique ; et, en page DOCUMENTS, des courriers des élus à Anne Hidalgo ainsi que la pétition mise en page sous forme de tract (version intégrale et version courte) – téléchargeable pour diffuser ou afficher ou déposer chez les commerçants amis qui restent ouverts).

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Tout cela alors que s’ouvrent les « États-généraux de l’alimentation » – avec pour objectif de concilier « prix justes et alimentation saine et durable » ! 

 

État des lieux

Il n’y a pas grand-chose de nouveau à signaler à Bichat-Temple et dans le quartier en général en cette veille des grandes vacances. Plutôt un piétinement généralisé – imputable à la parenthèse des élections ou avant-goût de leurs retombées pour nous ? C’est ce qui reste à voir. En attendant :

  • Malgré un vœu du groupe communiste en Conseil de Paris le 9 mai, aboutissant à une réunion de travail, le 24 mai, chez Olivia Polski, adjointe d’Anne Hidalgo en charge du Commerce et de l’Artisanat, avec la participation des co-fondateurs de Kelbongoo, de Rémi Féraud et Didier Le Reste pour le 10e arrondissement, de représentants de la Direction de l’Attractivité et de l’Emploi et des services juridiques de la Ville ainsi que de deux représentants de Stopmonop ; malgré des courriers de relance notamment de la part de Didier Le Reste ; malgré la diligence de Kelbongoo à fournir tous renseignements demandés par Mme Polski ; malgré une réunion, le 13 juin, en Mairie de Paris, du comité de pilotage du dispositif des « 4 saisons solidaires » (organe composé de représentants de tous les groupes du Conseil de Paris ainsi que des maires des arrondissements concernés), la subvention de 200 000 € votée au porteur du projet de « halle alimentaire » dans le 10e dans le cadre du Budget participatif 2016 demeure bloquée.
    On nous a expliqué ce blocage par une directive européenne interdisant aux pouvoirs publics de subventionner (de manière directe ou indirecte) une entreprise commerciale, quelle qu’elle soit, au-delà de 200.000 € sur trois exercices budgétaires. L’octroi, en novembre 2016, d’une subvention d’équipement de 196.000 €, non pas directement à Kelbongoo, mais à Paris Habitat, pour exécuter les travaux de gros œuvre d’aménagement rendant le lot n° 4 de Bichat-Temple apte à accueillir une halle alimentaire (telle que prévue à la p. 2 de l’appel à candidatures lancé le 23 mars 2015 : « une halle alimentaire correspondant à la demande d’une alimentation saine à prix abordable, prenant en compte les circuits courts ») rendrait impossible de respecter en 2017 le vote des habitants du 10e à la dernière édition du Budget participatif. Les directives appliquées ne font aucune distinction entre un commerce classique à but 100 % lucratif (comme, par exemple, le restaurant-poissonnerie qui devait occuper le lot n° 1, initialement attribué à Kelbongoo) et une entreprise de l’ESS bénéficiant de l’agrément ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale) et chargée d’une mission d’intérêt général. Cela, alors que dans le 14e, on a trouvé moyen de faire bénéficier la structure choisie pour porter le projet de « halle alimentaire » d’une somme de 600.000 €.
    La situation tient donc clairement de l’absurde. Nos interlocuteurs s’en rendent compte et ont fait preuve dans l’ensemble de bonne volonté, MAIS le seconde réunion prévue pour début juin, après nouvelle étude de l’expert juridique, n’a toujours pas eu lieu et ça urge.
    En effet, Paris Habitat vient d’achever les travaux de gros œuvre. Kelbongoo, qui a visité le local ce 29 juin et devra signer dans les jours qui viennent des devis pour l’achat du matériel nécessaire à son installation, a besoin de savoir très rapidement à quoi s’en tenir. Sans information sur le soutien que la Ville de Paris pourrait apporter au projet, il ne pourra s’engager. C’est-à-dire : si les fonds votés au budget participatif ne sont pas débloqués rapidement, en totalité ou en partie, l’ouverture de la halle alimentaire dans le 10e serait compromise, ainsi que l’avenir même de Kelbongoo.
    [Mise à jour : jeudi 6 juillet, le cabinet d’Olivia Polski a annoncé pour la semaine suivante (le mardi 11) une seconde réunion du comité de pilotage qui devrait « apporter les clarifications nécessaires sur les possibilités d’action de la Ville dans le cadre légal permis par la loi ». La langue de bois laisse-t-elle filtrer une lueur d’optimisme ? À voir…] 
    [NOUVELLE MISE À JOUR : mardi 11 juillet, le comité de pilotage des halles alimentaires a rendu son verdict. C’est NON : « au regard des aides déjà perçues [par Paris Habitat !] il n’est pas envisageable de répondre favorablement à la demande de subvention complémentaire [c’est-à-dire de verser l’argent voté au budget participatif] ». Pourtant, réuni à nouveau le 12 juillet autour du projet de halle alimentaire du 14e, le même comité a débloqué 300.000€. Pourquoi donc avoir bafoué le vote des habitants du 10e en mettant en question tout le dispositif du budget participatif à un moment de crise grave de la démocratie en général ? Mystère ! En tout cas, il ne faudra pas encaisser le coup sans réagir. Voir ici la réaction du groupe communiste au Conseil de Paris.]
  • Par ailleurs, Paris Habitat n’a toujours pas lancé le nouvel appel à candidatures prévu pour le lot n° 1 (abandonné par le projet « By Sou… » de restaurant-poissonnerie, revu en simple restaurant à spécialité de poissons) et annoncé par Hélène Duverly, conseillère déléguée au Commerce et à l’Artisanat dans le 10e, pour la seconde quinzaine de juin. Le Conseil de quartier a été consulté pour l’orientation de cet appel lors d’une réunion à la Mairie du 10e, le 6 juin (avec Hélène Duverly, Léa Vasa, adjointe en charge de l’Économie sociale et solidaire, et Stéphane Bribard, élu référent du quartier). Il a été question alors notamment d’une poissonnerie (avec cahier de charges écoresponsable), d’une charcuterie-traiteur, d’une papeterie-maison de la presse et d’une ludothèque, mais la décision définitive reste à Paris Habitat et se fait attendre.
  • L’appel aux dons lancé par l’association ETM (Entraide Tiers monde – aide à l’insertion des jeunes immigrés exclus de l’emploi) pour compléter le coût de son installation dans le lot n° 5 (5bis rue Bichat) n’avance guère. Je rappelle donc le lien : https://www.helloasso.com/associations/etm-mouvement-d-entraide-pour-le-tiers-monde-et-la-cooperation/collectes/un-nouveau-local-pour-les-exclus-de-l-emploi
  • Concernant plus généralement le secteur de la rue du Faubourg du Temple compris entre Jules Ferry et Parmentier, nous mettions de l’espoir dans la question de pré-conseil posée par le Conseil de quartier Louis Blanc / Aqueduc au Conseil d’arrondissement du 22 juin, demandant (à la suite du vœu adopté à ce sujet au CA du 14 mars 2016) la création d’un périmètre de préemption, par la Semaest, des fonds de commerce et baux commerciaux – seul dispositif qui peut rendre efficace l’inclusion de la rue du Faubourg du Temple dans l’opération de redynamisation commerciale Vital’Quartier 2 votée en Conseil de Paris en mars 2016. Malheureusement, la réponse des élus a été, au mieux, dilatoire : Hélène Duverly, en charge du Commerce et de l’Artisanat, s’est déclarée prise au dépourvu et a priori contre ; les élus PC, EELV et LR soutiennent ; Rémi Féraud aurait exprimé un soutien de principe (en ce qui concerne le secteur La Chapelle), mais en renvoyant au cabinet d’Olivia Polski à l’Hôtel de Ville. Retour donc à la case impasse, comme pour Kelbongoo.
  • Pour conclure sur le chapitre des commerces, vous trouverez en page Documents le verbatim du débat du Conseil municipal de mai 2017 au sujet du soutien promis par Anne Hidalgo à la « vitalité commerciale de Paris », grâce entre autres à la création d’un « groupement d’intérêt économique inter-bailleurs sociaux » pour ôter aux bailleurs individuels la gestion de leurs pieds d’immeuble (demande de Stopmonop depuis notre pétition en ligne de 2014) et faire pendant à l’activité de la Semaest dans le privé. Le nouveau G.I.E. relèvera de la délégation d’Olivia Polski, et on ne trouve dans le document aucune indication que l’intérêt général y primera l’intérêt économique de façon à faire jouer aux bailleurs sociaux un rôle régulateur contre la spéculation (qui repart justement à la hausse dans nos parages, le bailleur social privé les 3F remettant enfin en location le grand commerce du 49 rue du Faubourg du Temple [angle rue Bichat, fermé depuis des années] à 600 €/m2/an HT HC). En revanche, on y trouve bien un renvoi à une plateforme Smart Food Paris, fer de lance, dans la vision de Mme Hidalgo, de la transformation indispensable de nos modes de production et de consommation alimentaire… piloté par les groupes Carrefour et Danone !
    La dernière séance du Conseil de Paris avant les vacances délibérera par ailleurs d’un « appel à projet relatif aux projets d’investissement des commerces dans les quartiers populaires » dans le cadre du projet parisien « Plus de commerces dans les quartiers populaires » voté au budget participatif 2016. Il s’agit de petites aides (d’un montant maximum de 10 000 €) pour les commerçants et artisans déjà établis dans les quartiers populaires qui rencontrent des difficultés à financer des investissements visant à améliorer leurs locaux (seront éligibles, par exemple : la rénovation d’une façade, l’aménagement d’un point de vente, l’achat de matériel ou d’équipements commerciaux,  la mise en accessibilité PMR, etc.). L’enveloppe totale plafonnant à 200 000 € pour tout Paris (contre 2,3 millions destinés aux bailleurs pour la rénovation des locaux vacants en pied d’immeuble), l’impact en sera sans doute assez limité.
  • Quittant le commerce et élargissant le point de vue jusqu’au carrefour de Belleville : le 28 juin, à la réunion ad hoc pour choisir les projets retenus pour le scrutin du Budget participatif 2017 notre projet « Place aux piétons dans le haut du Faubourg du Temple » a été recalé comme « prématuré ». Plutôt que de prévenir les problèmes de voirie qui s’annoncent comme inéluctables (car à la situation décrite dans le projet s’ajoute encore un probable report de la circulation par cet axe et l’axe Vellefaux-Parmentier – avec 900 véhicules/heure annoncés sous les fenêtres de l’Hôpital Saint-Louis – à la suite de la piétonisation du boulevard de Belleville entre le carrefour et la rue de la Fontaine au Roi qui sera réalisée en 2018-2019), on préfère donc attendre qu’ils se concrétisent. L’autre projet, « Des escaliers mécaniques au métro Goncourt », a été tout simplement passé à la trappe. À une réunion de travail qui s’est tenue à la Mairie du 10e le 30 mai avec des représentants de la RATP et de la DVD, mais sans aucun élu du 11e arrondissement, il a bien été question d’une étude sur la question qui pourrait être présentée à la rentrée. Il faudrait de fait une réunion publique inter-arrondissements sur la situation à la fois à Goncourt et à Belleville, mais comme l’entrée d’Elise Fajgeles à l’Assemblée nationale laisse l’arrondissement de facto sans adjoint en charge des transports et de l’espace public, nous n’avons aucune visibilité et ne pouvons qu’espérer que Pierre Japhet, maire adjoint du 11e, qui a participé en janvier à l’une de nos marches exploratoires, reprendra en mains le dossier. À la réunion publique du 27 juin, à la Mairie du 20e, sur le réaménagement du boulevard de Belleville (restitution de neuf mois d’une procédure de concertation réservée au 11e et au 20e), nous avons obtenu au moins la promesse d’une nouvelle réunion, au plus tard à la rentrée, dédiée spécifiquement au carrefour de Belleville, avec participation du 10e et du 19e arrondissement, dont nous aimerions espérer une meilleure prise en compte de la globalité du problème et de ses retombées sur notre cadre de vie.

Peut-être y a-t-il un peu plus d’espoir à puiser chez nos voisins. À signaler :

  • La victoire nette remportée par l’association du « 14 avenue Parmentier » dans sa lutte contre le projet de cinéma et restaurant de luxe que la maire de Paris voyait déjà installé, sous prétexte de « Réinventer Paris », dans l’ancienne sous-station EDF qui hébergeait jusque-là la coopérative artistique et sociale « La Générale ». Précédent plus qu’encourageant, l’histoire est racontée ici. En bref, Anne Hidalgo et son projet bling-bling ont été désavoués par le tribunal administratif qui, en jugeant la procédure d’attribution biaisée (avec un jury composé à plus de 50 % d’élus municipaux), dénonce tacitement le déni de démocratie que nous avons constaté tous en nous heurtant à l’arbitraire qui régit la conception urbanistique de nos édiles et mine au quotidien notre cadre de vie.
  • Le café citoyen organisé le 1er juin par le groupe des 24000, opposé à l’opération spéculative de la banque d’investissement Blackstone (grande bénéficiaire de la crise des subprimes) visant à transformer 24000 m2 dans le 3e arrondissement (qui manque cruellement de logements sociaux) en bureaux inutiles. Dans l’attente des actions annoncées par le groupe pour la rentrée, lire ici les prises de position des candidats aux élections législatives dans la 5e circonscription.
  • La belle manifestation de 500 opposants au Carrefour Gambetta le 3 juin dans les rues du 20e arrondissement, au lendemain d’un rebondissement particulièrement scandaleux : le revente surprise des 20.000 m2 de l’ex-Rectorat à ICADE, filiale semi-publique de la Caisse des Dépôts, avec une plus-value de plus de 50 millions d’euros (montant du prix initial d’achat, jugé en 2015 trop élevé pour que la Ville exerce son droit de préemption) qui tombera dans l’escarcelle du promoteur privé CVI-Gambetta, émanation de la multinationale prédatrice de l’agro-alimentaire Cargill. Pour plus d’infos : https://nonaucarrefouraurectorat.wordpress.com et https://www.facebook.com/groups/Nonaucarrefouraurectorat. La mobilisation continue avec une agora citoyenne tous les samedis place Saint-Fargeau de 11 h à 13 h.
  • La mobilisation des riverains et usagers du parc de Belleville contre le projet de privatisation de la Maison de l’Air (musée municipal, fermé depuis 3 ans, qui sensibilisait notamment les publics scolaires aux problèmes de la pollution et du climat). Là encore, deux projets d’intérêt général déposés sur la plateforme du Budget participatif ont été rejetés au profit d’un appel à concurrence qui destine les 600 m2 de ce pavillon qui partage la vue impayable du Belvédère à accueillir un énième bar branché. Après une mise en jambes le 5 juin, le Collectif Maison de l’Air appelle ce samedi 1er juillet à une nouvelle journée d’action dont vous trouverez le programme (de 12 h à 23 h 30) en page Actus de ce blog. Lire le communiqué du Collectif. Pétition en ligne : https://www.petitions24.net/maison_de_lair__parc_de_belleville__paris#form. Pour plus d’infos : https://maisondelair.fr

  • Également le samedi 1er juillet, nos voisins du 11e annoncent la création de la carte citoyenne de BaBelPop (Bastille-Belleville-Popincourt), lors de la fête de l’été au jardin Truillot. Sur un plan grand format du 11e arrondissement, il s’agira de repérer tous les lieux qui cultivent la solidarité, l’ingéniosité et la sobriété énergétique. Cafés associatifs, jardins partagés, composts de quartier, centres sociaux, foyers d’accueil pour les migrants et les personnes sans domicile, lieux de réparation, artisans, FabLabs, Amap,  commerces en circuits courts… à nous de décider ce que nous voulons faire figurer sur la carte de BaBelPop, qui sera mise en ligne, puis imprimée, en janvier 2018.
    RDV au square des moines de Tibhérine (en face de l’église Saint Ambroise) à partir de 16 h.
  • Sans oublier, plus loin dans l’espace, mais au cœur des problèmes auxquels nous essayons nous aussi de faire face, une urgence : il reste un jour (jusqu’au 30 juin minuit) pour apporter une contribution à l’enquête publique pour la révision du Plan local d’urbanisme (PLU) de Gonesse. Le projet pour lequel il y a enquête publique : un gigantesque centre commercial et un parc d’attraction (avec piste de ski intérieure !) baptisé Europacity et porté par le groupe Auchan, allié à un investisseur chinois. Si ce parc est réalisé, ce serait au détriment de terres agricoles riches à proximité de Paris, et donc à l’encontre des engagements internationaux pris par la France au moment de la COP21 ainsi que des objectifs du Plan Climat de Paris, qui vise à préserver son autonomie alimentaire. Si vous souhaitez apporter votre contribution à l’enquête publique, il suffit d’envoyer un message (même court) au commissaire-enquêteur à l’adresse suivante : enquetepubliqueplu@mairie-gonesse.fr
    Tous les avis comptent, tous les citoyens peuvent donner leur avis !
    (Pour mémoire, le projet Europacity vise à attirer 31 millions de visiteurs [deux fois plus que Disneyland Paris] et le métro, qui ne desservirait que le centre commercial, devrait coûter un milliard d’euros d’argent public. Un contre-projet, porté par Terre de Liens, le réseau AMAP Ile de France, les Biocoop et la Confédération des commerçants de France, fait de la protection des terres agricoles un levier pour la création d’emplois dans tous les domaines de la transition énergétique : éco-construction, rénovation, réparation et mobilité durable.)

Malgré tout, l’été s’annonce chaud.

 

 

 

Stopmonop au Conseil d’arrondissement du 27 avril 2017

Depuis l’annonce des résultats du vote du budget participatif, le collectif n’a eu aucune nouvelle de la mise en œuvre de son projet en faveur de la « halle alimentaire » portée dans le 10e arrondissement par Kelbongoo. Kelbongoo lui-même est resté, à ce sujet, dans le noir le plus total. Face à des rumeurs annonçant, de la part de la Ville, un désengagement et un refus de la subvention votée au budget participatif, le collectif a posé, le jeudi 27 avril, au Conseil d’arrondissement du 10e, une question relative à la mise en œuvre du projet de « halle alimentaire ».

Erika Abrams, pour le collectif Stopmonop : Le 3 octobre 2016, à l’issue du scrutin du Budget participatif, les habitants du quartier Faubourg du Temple ont été très heureux d’apprendre que la projet « Une halle alimentaire pour le 10e », déposé par le collectif Stopmonop et soutenu par plus d’un des élus présents ici, avait été approuvé par 1 680 votants, chiffre qui le plaçait en deuxième position dans l’arrondissement.
Nous connaissons tous l’histoire du projet :
– comment la mobilisation locale contre le DailyMonop initialement prévu en rez-de-chaussée de l’immeuble Paris Habitat à l’angle Bichat-Temple a rencontré d’abord l’idée, formulée dans le programme de la liste « Paris qui Ose » aux élections municipales de 2014, de lieux réservés aux producteurs locaux pour développer une offre de produits de qualité à des prix abordables pour tous ;
– comment ensuite la jeune entreprise Kelbongoo, agréée par la préfecture comme « entreprise solidaire d’utilité sociale », a été sélectionnée, dans le cadre d’un appel à candidatures, pour porter ce projet à Bichat-Temple, choix qui l’a prédestinée à devenir la première réalisation du dispositif « Les Quatre Saisons solidaires », créé par vote du Conseil de Paris en juillet 2016, sur proposition des élus du groupe communiste.
Les « halles alimentaires » sont, nous le savons tous, des structures dont le but n’est pas de dégager un bénéfice, mais de servir l’intérêt général en contribuant à la réduction des inégalités dans un domaine dont les enjeux – à la fois de santé publique et de transition écologique – sont tout à fait essentiels. Pourtant, aucune somme n’a été débloquée sur le budget de la Ville, en juillet 2016, pour aider au lancement des premières « expérimentations », dans le 10e et le 14e. Il a fallu attendre novembre 2016 – après le vote du projet de Stopmonop dans le cadre du budget participatif – pour que la Direction de l’Attractivité et de l’Emploi accorde à Paris Habitat une subvention de 196 000 € pour les travaux de gros œuvre d’aménagement du local destiné à Kelbongoo à Bichat-Temple. Le total des deux subventions dont devrait ainsi bénéficier la « halle alimentaire » du 10e (les 196 000 € versés par la DAE à Paris Habitat et les 200 000 € destinés par le budget participatif à Kelbongoo) demeure, cela dit, inférieur de plus de 50 % à la somme demandée et accordée dans le cadre du budget participatif à la « halle alimentaire » du 14e arrondissement pour une surface et des besoins sensiblement identiques : aménagement matériel du local, achat d’un camion frigorifique, développement du site internet de commande, etc.
Aujourd’hui, on nous dit que Paris Habitat aura terminé sa part des travaux d’aménagement de la « halle alimentaire » à Bichat-Temple à la mi-juillet. Kelbongoo, qui envisage donc une ouverture en septembre 2017, engage actuellement des frais importants pour finaliser son installation dans la perspective d’atteindre le plus rapidement possible une ouverture 5 jours par semaine, et compte pour cela sur l’argent du budget participatif.
Or, il semble que les 200 000 € destinés par le vote du budget participatif à la « halle alimentaire » du 10e arrondissement soient depuis six mois bloqués au niveau du cabinet d’Olivia Polski à la Mairie de Paris. Kelbongoo n’a aucune réponse à ses courriers à ce sujet, aucune visibilité ni sur le montant de la somme (tout ou partie des 200 000 € votés) qu’il pourrait éventuellement percevoir ni sur la date à laquelle le déblocage de ces fonds pourrait intervenir. Tout ce qu’on sait, c’est que :

  • si l’argent du budget participatif n’est pas débloqué avant l’ouverture de Kelbongoo à Bichat-Temple en septembre, il sera perdu pour la « halle alimentaire » et pour le 10e arrondissement en général ;
  • comme Kelbongoo a intégré l’argent du budget participatif à son plan de développement, il risque d’être très sérieusement fragilisé, non seulement à Bichat-Temple, mais encore dans ses deux points de distribution du 20e arrondissement (dont l’un a été inauguré il y a tout juste huit jours), si en définitive cette subvention ne se matérialise pas ;
  • si l’argent du budget participatif est finalement refusé à l’entreprise choisie pour gérer la « halle alimentaire » du 10e, l’image de ce dispositif de démocratie locale sera durablement ternie aux yeux des nombreux habitants de l’arrondissement qui se sont mobilisés pour ce beau projet, et cela, à un moment particulièrement mal choisi pour donner aux gens l’impression que leur vote ne compte pas, qu’il ne sert à rien.

Considérant tout cela, et sachant, Monsieur le Maire, que vous reconnaissez pleinement l’importance du rôle social des « halles alimentaires » et que vous aussi, vous vous êtes battu pour que la première soit implantée dans notre arrondissement, nous vous demandons de faire votre possible, au niveau du Conseil de Paris,

  • pour débloquer la somme attribuée par le vote du budget participatif à la société sélectionnée pour gérer la « halle alimentaire » dans le 10e arrondissement
    ou, à tout le moins,
  • pour obtenir une clarification de la situation, afin que la survie d’une entreprise lauréate des trophées parisiens de l’ESS ne soit pas mise en danger par l’incertitude persistante quant à la possibilité, pour elle, de financer des investissements qui sont dans notre intérêt à tous.

Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement, propose à Hélène Duverly, conseillère déléguée au Commerce et à l’Artisanat, de prendre la parole pour répondre au collectif. Mme Duverly déclinant cette invitation, des réponses sont apportées successivement par des représentants des groupes communiste, écologiste et LR.

Didier Le Reste (PC) : Tout d’abord je tiens à remercier les membres du collectif Stopmonop pour le travail qu’ils ont réalisé. Travail tout d’abord pour la diversité commerciale dans le quartier, et qui permet avec l’appui de la Mairie d’arrondissement de disposer aujourd’hui de 5 lots commerciaux en pied d’immeuble, dans le bâtiment de Bichat-Temple, et qui ont été attribués sur la base d’une procédure innovante impliquant les habitants du quartier.
Je salue également leur engagement et leur implication pour la réussite de la « halle alimentaire », à la fois par le dépôt du projet au budget participatif, leur mobilisation lors de la phase de vote, avec distribution de flyers dans le quartier etc… et aujourd’hui leur détermination à voir ce projet qui a été largement plébiscité, être mis en œuvre dans de bonnes conditions.
Parallèlement à cette démarche engagée par le collectif, les élus communistes ont porté depuis le début de la mandature la création à Paris de halles alimentaires.
Au mois de juillet 2016, une délibération a été adoptée à l’unanimité du Conseil de Paris sur proposition de Nicolas Bonnet, président du groupe communiste-Front de Gauche, et qui a lancé le dispositif « les 4 saisons solidaires » pour promouvoir le droit à une alimentation saine et accessible à toutes et tous dans les quartiers politique de la Ville. Ce dispositif aide à la création d’espaces dédiés à l’alimentation durable, approvisionnés en priorité par des produits issus des circuits courts, solidaires du producteur, rémunéré à un juste prix, et des consommateurs, sans distinction sociale. Cette délibération prévoyait également la réalisation de deux expérimentations, l’une dans le 14e arrondissement et l’autre dans le 10e
Le mercredi 19 octobre 2016, j’ai présenté ici même la délibération 2016 DAE 380 qui a permis d’octroyer une subvention d’équipement à Paris Habitat pour la réalisation de travaux de gros œuvre visant à permettre l’installation d’une activité de type « halle alimentaire » dans le lot no 4 du programme Bichat-Temple. Il était indiqué très clairement, dans cette délibération, que cet investissement était réalisé dans le cadre de l’expérimentation du 10e arrondissement du dispositif des « 4 saisons solidaires ».
Parallèlement à cette démarche, le projet déposé par le collectif Stopmonop a connu un succès important et a été voté 2e projet lauréat du budget participatif du 10e pour le budget 2017.
Je ne peux que partager les regrets du collectif qu’il n’ait pas encore eu de retour quant aux modalités d’utilisation des 200 000 € qui sont réservés sur le budget du 10e arrondissement pour ce projet.
Il me semblerait dommageable que les démarches engagées en parallèle, au niveau parisien par le groupe communiste depuis le début de la mandature, et la démarche du collectif dans le cadre du budget participatif soient estimées redondantes. Elles me semblent au contraire parfaitement complémentaires.
Si redondance il y avait, il aurait fallu ne pas soumettre au vote du budget participatif le projet du collectif Stopmonop et estimer que cela était déjà traité par la Ville.
Le vote positif d’un projet au budget participatif par des habitants doit impliquer une réaction de la Ville de Paris, et permettre a minima de venir accélérer ou renforcer l’ampleur de projets, si ceux-ci sont déjà en cours.
L’inverse revient à dire que la Ville de Paris mène la même action, quel que soit le résultat du vote au budget participatif !
On semble évoquer dans les couloirs également des difficultés techniques dans l’application de ce projet. J’en suis très surpris compte tenu du fait qu’un rapport de l’Inspection générale de la Ville de Paris, faisant suite à plusieurs mois de travaux, a été finalisé dès le mois de février 2016. Ce rapport, de près de 70 pages, aborde les différents risques et difficultés pouvant survenir dans le cadre de la mise en œuvre des halles alimentaires, et fait une série de recommandations pour y répondre.
Le projet de « halle alimentaire » du 10e est traité spécifiquement dans ce rapport.
Je ne pense donc pas raisonnablement que des éléments nouveaux aient pu survenir depuis le vote du projet qui empêchent sa mise en œuvre.
Le défaut de retour au porteur de projet est également préjudiciable.
C’est d’autant plus préjudiciable que, sur la base du succès du projet au budget participatif, l’entreprise d’ESS Kelbongoo a intégré cette somme de 200 000 € à son plan de financement pour le développement de la « halle alimentaire » du 10e arrondissement.
Je m’étonne qu’aucune réunion de travail n’ait été proposée à Kelbongoo et au collectif Stopmonop pour mettre en œuvre ce projet.
La première tranche de travaux est aujourd’hui en cours ; il est urgent que la Ville de Paris débloque la situation afin de tenir compte du vote des habitants du 10e.
Nous sommes nombreux autour de cette table à avoir soutenu l’installation de Kelbongoo dans le 10e et le développement d’une « halle alimentaire » dans notre arrondissement. Ce projet est innovant et expérimental, il suscitera donc par nature des questions nouvelles.
Charge à nous de faire en sorte de résoudre les difficultés éventuelles au fur et à mesure, afin de permettre aux habitants des quartiers populaires de notre arrondissement de pouvoir bénéficier de produits alimentaires de qualité, via des circuits courts, et à des prix abordables.
Le groupe communiste a sollicité à plusieurs reprises l’organisation d’un comité de pilotage parisien sur les halles alimentaire qui a été acté par le Conseil de Paris par un vote en juillet 2016. Je vous propose que les élus du 10e arrondissement demandent que ce comité de pilotage puisse se réunir rapidement, pour que nous puissions ensemble réfléchir aux meilleures conditions de mise en œuvre de ce projet parisien, et son articulation avec les projets votés au budget participatif dans le 10e et le 14e arrondissement à ce sujet.
À cet égard, je m’interroge et déplore à la fois les montants sensiblement différents alloués entre le 10e et le 14e arrondissement.
Pour le 10e arrondissement à ce jour 196 000 € ont été mobilisés, concernant, je le rappelle, une subvention d’équipement. Dans le même temps 1,1 million d’euros a été fléché au budget de la Ville de Paris en 2016 pour le développement de halles alimentaires dans le 14e, auquel s’ajoute le projet de halle alimentaire voté au budget participatif dans le 14e pour une somme de 800 000 € !
Ce serait donc près de 2 millions d’euros qui seraient dépensés dans le 14e, contre 400 000 € au plus dans le 10e. Permettez que nous nous interrogions sur cet écart !
D’autant plus que le projet de « halle alimentaire » du local de la rue Didot dans le 14e est sensiblement identique, tant au regard des investissements à réaliser que de la surface (150 m2 dans le 14e et 170 m2 dans le 10e).
Lors de l’instruction des dossiers au budget participatif dans le 14e avant le vote, le montant proposé par les porteurs du projet a été porté de 200 000 € à 800 000 € et dans le même temps on nous dit qu’on ne peut pas mobiliser 400 000 € dans le 10e !!
C’est incompréhensible, et s’il y a des raisons cachées, il faut que l’on sache. En attendant, cette façon de procéder décrédibilise l’action de la Ville de Paris tant dans le domaine du budget participatif qu’au niveau de notre engagement de créer des halles alimentaires.

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Léa Vasa (EELV) : Le projet, on le connaît. Nous en avons maintes fois évoqué l’historique. C’est un projet qui est innovant, intéressant, qui pose de nouvelles questions, qui a obtenu le soutien de tous : des élus, de la Ville de Paris, des habitants, en passant par le conseil de quartier et par le budget participatif. Donc, il n’y a aucune question à se poser là-dessus. Le projet répond à un vrai besoin. C’est dommage qu’aujourd’hui, alors qu’on a dépassé les étapes les plus compliquées, on se retrouve dans un blocage dont on ne sait trop s’il est politique ou plutôt juridique, administratif. En tout cas, il y a un défaut de communication et de transparence dans le dossier qu’on ne peut que déplorer.
C’est un projet innovant, intéressant, porté par une entreprise, vous le disiez, qui a l’agrément d’« entreprise solidaire d’utilité sociale », ce qui fait qu’elle a le droit de recevoir des aides financières de la part de la Ville de Paris, mais aussi qu’elle assume des coûts sociaux et environnementaux qui ne sont pas pris en compte dans des projets classiques. C’est pour cela que la Ville soutient particulièrement ce type de projet et, en particulier, celui-là.
Il y a eu deux engagements financiers pris à l’égard de ce projet, qui aujourd’hui est face à un besoin de développement, qui change d’échelle et a besoin de fonds pour s’équiper, pour développer un système logistique, etc. Deux engagements financiers ont donc été pris : un premier de 200 000 € via le budget participatif, un second, de 200 000 € également, via Olivia Polski, sur un budget dédié au développement des « halles alimentaires ».
Ce type de projet, ce développement, ce changement d’échelle, se gère aussi à une autre échelle, à l’échelle métropolitaine. Un des arguments évoqués contre le projet, c’est que tous les investissements ne seraient pas localisés dans Paris. Mais quand on change d’échelle, l’investissement pour la logistique à Paris va bénéficier à l’approvisionnement des boutiques qui sont notamment dans le 10e arrondissement. Donc on ne peut pas s’opposer à ce genre d’investissement qui est nécessaire, en tout cas, qui est utile au projet du 10e arrondissement. Au point de vue juridique, comme vous l’avez dit, Didier Le Reste, le problème a été apparemment levé dans le 14e arrondissement, où on a pu financer le bailleur pour l’aménagement du local. Nous devons de même pouvoir aujourd’hui financer directement votre structure, Kelbongoo, pour ses besoins logistiques. On ne voit pas d’argument juridique ou administratif qui pourrait s’opposer vraiment à la réalisation de ce projet.
Par ailleurs, il n’y a pas de raison pour un écart de traitement entre les projets du 14e arrondissement et du 10e arrondissement, qui sont relativement similaires, qui ont les mêmes besoins et qui sont d’ailleurs portés par la même élue au Conseil de Paris. L’idée du comité de pilotage au niveau parisien me semble intéressant.

Laurent Schouteten (LR) : Je voudrais souligner que le collectif met en lumière un projet qui rassemble un très large consensus chez l’ensemble des élus du conseil d’arrondissement. Il a été soutenu dès la campagne de 2014, en ce qui concerne Stopmonop, par tout le spectre politique, et les réunions du conseil d’arrondissement ont toujours révélé une volonté partagée par tous les groupes représentés dans cette assemblée. Dès lors, il me semble que le délai raisonnable de mise en œuvre d’une résolution qui a été dûment adoptée à la fois par le conseil d’arrondissement et par le budget participatif est largement dépassé. C’est tout l’objet de votre question. Comme beaucoup, le groupe Les Républicains s’interroge sur les motivations réelles de ce retard, de la même manière que Didier Le Reste ou Léa Vasa. En particulier, cette question nous semble poser une nouvelle fois la question du suivi des projets qui sont votés dans le cadre du budget participatif.

Rémi Féraud : Je pense que des réponses assez étayées ont été apportées.
En effet, le suivi des projets votés au budget participatif dans leur mise en œuvre est important, et nous avions organisé avec Sylvain Raifaud, il y a quelques mois, une réunion à cette fin avec l’ensemble des conseils de quartier et des associations CICA – pour voir ce qui a été réalisé, ce qui est en cours, ce qui rencontre des difficultés. On sait qu’il est important de partager cette information. Je le fais avec les différentes directions concernées, mais justement, c’est le budget participatif et cela va au-delà de moi-même, cela concerne l’ensemble des porteurs de projets, des acteurs de la démocratie locale.
Ensuite, la réponse qui vous a été apportée notamment par Didier Le Reste, qui va dans votre sens, est assez complète. Léa Vasa a abondé dans le même sens. Je m’engage pour ma part à soutenir la demande exprimée par les élus communistes au Conseil de Paris que, enfin, le comité de pilotage sur les « halles alimentaires » soit réuni et à relayer avec insistance désormais cette demande auprès d’Olivia Polski et de la maire de Paris et ses collaborateurs, pour que cela soit le cas et que nous ayons une réponse claire, étayée et incontestable, si juridiquement il y a un obstacle.
Mais, en effet, je ne vois pas comment le montant global pourrait être un obstacle dans le 10e, alors qu’il est nettement supérieur dans le 14e, sauf à ce que les mécanismes soient tout à fait différents, que nous soyons mal informés sur le dossier du 14e arrondissement. Dans ce cas-là, qu’on nous l’explique précisément – car je n’ai pas eu ces explications – pour voir comment peut être mis en œuvre le projet du budget participatif.
Ensuite, je ne veux pas être trop négatif. S’il y a des difficultés, c’est qu’il y a aussi eu un budget primitif de la Ville de Paris qui, lui, est en train d’être mis en œuvre avec la réalisation des travaux. Il serait dommage que cela fasse disparaître l’argent voté au budget participatif, qui est inscrit comme crédit de la Ville de Paris et qui, je pense, avec un peu d’inventivité et de volonté, peut être utilisé pour subventionner des actions utiles dans le cadre de l’activité de Kelbongoo.
Il faudrait aussi que Kelbongoo ait une réponse, et non pas seulement le silence. Donc je m’engage à relayer ce qui a été dit par Didier Le Reste, par Léa Vasa, pour que nous ayons ces réponses, et à insister auprès d’Olivia Polski notamment, pour que ces réponses et aussi une réunion de travail puissent avoir lieu. Je trouverais dommage que l’argent du budget participatif ne puisse pas être utilisé en plus du budget primitif de la Ville de Paris, même si je sais très bien que, quand le projet a été déposé au budget participatif, nous l’avons accepté parce qu’à ce moment-là le budget primitif de la Ville de Paris n’incluait pas cette somme de 200 000 €.
Il faudrait ensuite, s’il y a des difficultés, voir lesquelles, pour quelles raisons précises, et comment éventuellement elles peuvent être levées. Pas seulement un silence, qui vaudrait une éventuelle fin de non-recevoir. On ne peut pas travailler comme cela, et Kelbongoo est un partenaire de travail qui doit aussi être considéré et associé à la politique menée et aux décisions qui seront prises.
Voilà pour les éléments que je voulais apporter, en sachant que, sur le fond du dossier, à la fois dans votre question et par la réponse de Didier Le Reste, les éléments d’information à ce stade ont été très précisément donnés, et je vous propose de reprendre la parole si vous voulez.

François Pignet, pour Stopmonop : Merci de cette réponse, mais je vais poser une question directe : est-ce que la mairie du 10e pourrait avancer l’argent en faisant un chèque à la personne de Kelbongoo qui est là, puisqu’il n’y a plus de problème ?

Rémi Féraud : Non, la mairie d’arrondissement n’a pas d’argent, pas de chèques.

(Mise à jour du 13 mai 2017 : Suite à un vœu présenté par le groupe communiste en Conseil de Paris le mardi 9 mai, Olivia Polski aurait promis :
1° de réunir le comité de pilotage du projet des halles alimentaires « Les 4 saisons solidaires » avant la fin juin ;
2° d’organiser une réunion de travail avec Kelbongoo et le collectif Stopmonop pour échanger sur les conditions de mise en œuvre du projet voté par les parisiens au budget participatif.
À suivre…)

J –4

En tant qu’animatrice de ce blog et de la liste de diffusion Stopmonop, j’ai fait mon possible, pendant notre lutte contre le DailyMonop’, pour garder, autant que possible sans dénaturer notre propos, une attitude de neutralité et d’ouverture à toutes les orientations politiques.

Notre lutte ayant été menée à bien (au moins à l’angle Bichat-Temple ; pour un écho de l’état des choses avenue Gambetta, allez voir ici : http://www.agoravox.fr/actualites/info-locale/article/paris-texas-191973) et les enjeux des élections qui approchent étant ce qu’ils sont, la situation aujourd’hui n’est plus la même.

Je tiens donc, à titre personnel, à déclarer publiquement que je retrouve l’esprit de notre action – contre le monopole de la grande distribution et la malbouffe qu’elle véhicule, pour un urbanisme respectueux du droit à la ville et qui tienne compte de l’expertise citoyenne, contre la soi-disant « loi du marché » qui, si on la laisse faire, aura vite fait de transformer Paris en ghetto de riches – dans le programme L’avenir en commun (https://laec.fr), porté par Jean-Luc Mélenchon, et je vous appelle à voter en conséquence dès le premier tour.

Que vous soyez déjà convaincus ou que vous hésitiez encore, venez échanger à l’Apéro de la France insoumise, ce vendredi 21 avril, place de la République, à partir de 18 h.

Surtout, allez voter le dimanche 23 ! Ne cédez pas au fatalisme ou à la résignation ! Notre lutte est bien la preuve que rien n’est joué d’avance – tout est possible !

Erika Abrams

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Le rayon bio des supermarchés : évolution des politiques distributeurs ou outil marketing ?

Un écho du blog de nos amis qui luttent contre l’arrivée d’un Carrefour Market de 1950 m2 au 92 boulevard Gambetta dans le 20e (https://nonaucarrefouraurectorat.wordpress.com) :

Même si des évolutions sont possibles (meilleure offre en produits bio français, prix d’achats équitables…), le système sur lequel repose Carrefour [ou Casino, à travers sa filiale bio « Naturalia »] s’appuie sur une recherche de produits standardisés, en volume et peu chers, pour des profits toujours croissants, excluant de fait des formes d’agriculture alternatives, les petits producteurs et les mangeurs citoyens les plus défavorisés.

Les systèmes alimentaires sont aujourd’hui largement industrialisés. À tous les niveaux, les acteurs, semenciers, industries phytosanitaires, agro-alimentaires et distributeurs, et les capitaux se concentrent. Près de 90 % des produits alimentaires de grande consommation passent par seulement cinq centrales d’achat. En France, Carrefour-Promodès couvre le tiers du marché alimentaire (Christian Jacquiau, Les coulisses de la grande distribution, Albin Michel, 2000, et rapport Grande distribution et croissance en France, DGCCRF).
Cette situation d’oligopole se traduit par une gouvernance alimentaire qui exclut producteurs mais aussi citoyens (en entretenant l’illusion du choix lorsque les produits sont en fait issus d’une poignée de centrales) et des systèmes alimentaires dont les impacts et les externalités négatives sont de plus en plus importants :

– Emploi
En France, l’industrialisation de l’agriculture a fait chuter la part des emplois agricoles de 30 % à 3,5 % en cinquante ans. Aujourd’hui, un tiers des agriculteurs gagne moins de 350 € par mois (rapport Agreste, « L’agriculture française depuis cinquante ans »). L’impact du secteur de la grande distribution sur la création d’emplois ne compense pas toujours les pertes liées à l’évolution des technologies employées (caisses automatiques, numérisation des achats), ni la disparition des commerces de proximité : pour un emploi créé dans les GMS, cinq sont détruits dans l’économie locale (Tous comptes faits, Agnès Denis, 2008). Plusieurs études montrent d’ailleurs que l’installation d’un supermarché s’accompagne de la destruction du tissu social au niveau local (http://www.ilsr.org/key-studies-walmart-and-bigbox-retail/ dans Ils changent le monde, 10001 initiatives de transition écologique, Rob Hopkins, 2014).

– Santé
L’industrialisation des systèmes alimentaires et la démocratisation des GMS s’est accompagnée d’une recrudescence des maladies cardio-vasculaires, du diabète et de l’obésité (+76 % d’augmentation depuis 1980). En France, une personne sur deux est en surpoids, le problème touchant en particulier les populations les plus défavorisées (étude INSERM). À cela s’ajoute les maladies liées aux produits phytosanitaires, ces « béquilles chimiques » sur lesquelles s’appuient les productions hyper-mécanisées pour répondre à la demande de l’industrie agro-alimentaire.

– Économie
La financiarisation des systèmes alimentaires et les spéculations sur les matières premières alimentaires accentuent la volatilité des prix. En parallèle, face à la situation d’oligopole de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution, les agriculteurs sont parfois contraints de vendre au-dessous du prix de production, une incohérence bien connue par la filière laitière française (Lactalis, Le beurre et l’argent du beurre, Envoyé spécial du 13 octobre 2016).
À tel point qu’une filière de commerce équitable Nord-Nord est en train de se structurer en France !

– Accessibilité
Enfin, cette pression sur les producteurs n’a en rien permis d’atteindre un objectif d’accès à tous à une alimentation saine et équilibrée : en France, près de 4 millions de personnes dépendaient des aides alimentaires en 2016 (données INSEE).

Dans ce contexte, d’autres formes d’agriculture et de gouvernance alimentaire émergent et se développent : agriculture biologique, projets alimentaires territoriaux, circuits courts de proximité… L’un des arguments avancés par l’enseigne Carrefour pour promouvoir son projet de grande surface est justement de proposer une gamme de produits biologiques à prix accessible pour répondre à une demande croissante d’aliments plus « sains » et « respectueux de l’environnement ».

De quelle bio est-il question ?
À l’origine, l’agriculture biologique est « basée sur des cultures associées, une complémentarité cultures-élevage, une protection du sol et une gestion responsable des ressources non renouvelables. Mieux encore, cette agriculture conduira à valoriser la main-d’oeuvre, reconnaître les savoirs paysans et renouer les liens avec la société » (définition tirée de Changeons l’agriculture, J.Caplat, 2011).
Aujourd’hui, l’agriculture biologique c’est aussi un label, dont les exigences ont été revues à la baisse depuis sa normalisation européenne, et dont les dérives commencent à être pointées du doigt. La philosophie initiale de la bio – agriculture respectueuse de l’environnement et juste rémunération du producteur – est-elle compatible avec la logique productiviste et consumériste des systèmes alimentaires dans lesquels s’inscrit la grande distribution ?

Tirer les coûts vers le bas, mais à quel prix ?
Dans sa course effrénée aux matières premières alimentaires les moins chères, la grande distribution oriente la bio vers une bio industrielle, qui produit de gros volumes pour des économies d’échelle. Des économies ? En apparence seulement, car le calcul n’intègre pas les nombreuses externalités négatives d’une bio industrielle :

– Des conditions de travail précaires, des prix d’achat trop bas, quitte à privilégier les importations aux production locales.
– Une logique de rentabilité qui oriente la production vers une agriculture sans béquilles chimiques, avec les mêmes problématiques qu’en conventionnel : monocultures intensives, usant les sols et la biodiversité (From uniformity to diversity, rapport IPES Food, 2016) mécanisation et travail systématique des sols, cultures hors-sol gourmandes en eau, en fioul (pour chauffer les serres) et en plastiques, comme c’est le cas des fraises bio produites en Andalousie (La Bio, entre business et projet de société, Philippe Baqué, 2012).
– Une relation de dépendance des agriculteurs maintenue, envers les banques (difficultés à rembourser les emprunts), les semenciers, l’importation d’aliments pour l’élevage (en particulier du soja pour les poules) et la grande distribution.

Une politique de distribution peu cohérente avec les objectifs de la bio
Au-delà de la façon dont la grande distribution oriente les systèmes agricoles, même en bio, la logique de commercialisation entre en contradiction avec les valeurs mêmes d’un système alimentaire durable. En ignorant le concept de saisonnalité et en recherchant les prix les plus bas, les importations prennent le pas sur le local. Chez Carrefour en particulier, les légumes d’été bio sont proposés toute l’année : d’octobre à avril, tomates, courgettes et autres poivrons proviennent alors d’Espagne, d’Italie voire d’Afrique du Nord (« La grande distribution s’engouffre dans la bio et en menace les valeurs », article Reporterre). Les prix plus bas étant pratiqués dans d’autres pays : « plus de la moitié des fruits et légumes et 40 % de l’épicerie sèche proviennent de l’Europe, du Maroc, de Turquie, voire de beaucoup plus loin » d’après la directrice de l’Agence bio (« Que vaut le bio des grandes surfaces », Le Figaro).
La part du marketing dans les produits bio pose aussi question : suremballages ou produits hauts de gamme, in fine, le marketing vide de leur sens les produits bio, tout en augmentant la note.

Évolution des politiques de la distribution ou greenwashing ?
Au-delà du cahier des charges, la bio propose une évolution des systèmes alimentaires, vers une économie relocalisable et solidaire (charte des valeurs de la FNAB, avril 2016). À l’opposé, développer la bio des supermarchés pour toucher le plus grand nombre, ou servir d’argumentaire à l’installation de nouveaux supermarchés, « renforce un système qui concentre les pouvoirs, détruit des emplois, industrialise l’agriculture et exploite les paysans » (Cyril Dion, « Le bio dans les supermarchés, c’est pire ou c’est mieux ? », Kaizen magazine).

Mêmes si des évolutions sont possibles (meilleure offre en produits bio français, prix d’achats équitables…), le système sur lequel repose Carrefour [ou Casino, à travers sa filiale bio « Naturalia » s’appuie sur une recherche de produits standardisés, en volume et peu chers, pour des profits toujours croissants, excluant de fait des formes d’agricultures alternatives, les petits producteurs et les mangeurs citoyens les plus défavorisés.

Vivement l’arrivée de Kelbongoo à Bichat-Temple ! (Voir aussi pages ACTUS.)

Entre voisins…

Depuis la création de ce blog il y a près de trois ans, nous n’avons jamais laissé passer un mois sans post. Impossible donc, même en étant loin de Paris, de ne pas marquer le dernier jour du mois en faisant au moins écho à quelques événements qui nous touchent de près.

Dans le quartier immédiat :
– ne pas oublier la plénière du Conseil de quartier Hôpital Saint-Louis / Faubourg du Temple, le mardi 4 avril, de 19 h à 21 h, à l’école élémentaire Vicq d’Azir (18 rue Vicq-d’Azir ; métro Colonel Fabien), où il sera question des stations de métro Goncourt et Belleville, de nos deux projets sur le Budget participatif 2017 et du fonctionnement du Budget participatif en général : réelle avancée ou plutôt arnaque démocratique ? à vous de vous prononcer !
– la Nouvelle Rôtisserie, restaurant alternatif associatif et autogéré ouvert depuis un an au 4 rue Jean-et-Marie, nous fait savoir qu’à compter du lundi 3 avril elle ouvrira ses portes tous les midis : la Cuisine Des Migrants nous y accueillera le lundi, le mardi et le mercredi à partir de 12h et Altrimenti, le jeudi et le vendredi. (En attendant de trouver un local, la Cuisine Des Migrants continue parallèlement de confectionner et distribuer des repas pour les migrants les 4 premiers jours de la semaine. Plus d’infos sur : http://www.lanouvellerotisserie.org)
– la ressourcerie La Petite Rockette annonce l’ouverture d’un atelier vélo, le 3 mai, au 6 rue des Goncourt : apprentissage de la réparation, apéro-démontage, location, bourses aux vélos, formation vélo-école, ateliers brico-recyclo et plus…
– Kelbongoo, qui sur sa page Facebook (https://www.facebook.com/kelbongoo/) annonce maintenant pour septembre 2017 l’ouverture de son magasin au 3bis rue Bichat, propose aux intéressés de s’inscrire à une lettre d’information pour être tenus au courant de l’avancement des travaux : http://eepurl.com/cyfAZb

Un peu plus loin :
– Une mauvaise nouvelle concernant la Maison de l’Air au parc de Belleville, vide depuis un bon moment déjà, pour laquelle un groupe d’habitants représenté par l’association Aracanthe avait déposé sur la plate-forme du Budget participatif un projet largement plébiscité : https://budgetparticipatif.paris.fr/bp/jsp/site/Portal.jsp?page=idee&campagne=D&idee=1849. Malheureusement, le cabinet d’Anne Hidalgo vient d’informer les porteurs du projet (par lettre du 17 mars), qu’« il a été décidé que la Maison de l’Air accueillerait principalement des activités de restauration » – comprendre : un bar branchouille de plus, propre à favoriser la boboïsation de l’Est parisien en bafouant les besoins et souhaits exprimés par les habitants. Dossier à suivre. Tels que nous les connaissons, les Bellevillois ne se laisseront pas faire.

Encore plus haut sur la colline, ça bouge chez nos amis de l’association Carton Rouge (opposée à l’arrivée d’un Carrefour de 1950 m2 au rez-de-chaussée de l’ancien siège de Bulle, occupé jusqu’en juin 2016 par les services de l’Académie de Paris). Vous trouverez toutes les nouvelles sur le blog de l’asso (https://nonaucarrefouraurectorat.wordpress.com). L’essentiel, en bref :
– une délégation du collectif opposé au projet commercial, immobilier et financier approuvé par la Mairie du 20e pour le 92-98 avenue Gambetta rencontrera le 4 mai (à trois jours du second tour de l’élection présidentielle !), à la Mairie, le promoteur CVI-Gambetta (société écran de CarVal Investors, filiale financier du géant de l’agro-alimentaire Cargill, dénoncé pour son rôle dans la déforestation de l’Amazonie : https://www.youtube.com/watch?v=HKFyS93FuCM) et la société Carrefour. Nous aussi pouvons les soutenir en écrivant à Anne Hidalgo pour lui demander d’être fidèle à ses engagements et de promouvoir à la fois le petit commerce et la démocratie locale contre la finance internationale en apportant un appui ouvert et actif aux habitants (télécharger un modèle de lettre en cliquant ici) et en répondant, ou en demandant à nos amis du 20e de répondre au sondage en ligne lancé par Carton Rouge pour définir un contre-projet. Trait d’union supplémentaire entre nous : Kelbongoo, qui va ouvrir à Bichat-Temple incessamment sous peu a été aussi sollicité par le quartier de Saint-Fargeau pour prendre une partie de la place destinée au Carrefour. Ça peut nous rappeler des souvenirs. (D’ailleurs, Carton Rouge aussi, comme nous, demande l’application des dispositifs législatifs qui permettent désormais à la Semaest de préempter des baux – dispositifs dont Olivia Polski, adjointe d’Anne Hidalgo, ne semble pas vouloir entendre parler.)

En conclusion donc, pour que la lutte ne soit pas chaque fois à recommencer, un encouragement à ne pas bouder les urnes le 23 avril. Entre voisins, un peu d’insoumission nous ferait du bien à tous.