Bémols en guise de bilan

À l’heure où la coutume est de tirer un bilan, où ceux qui s’y essaient à une échelle plus grande que la nôtre n’ont pas de couleurs assez sombres pour peindre l’année écoulée, où en sommes-nous ?

En décembre dernier, nous étions deux mois après la partition de la surface initialement destinée au Monop’. Nous sortions juste de la troisième réunion plénière consacrée par le Conseil de quartier Saint-Louis/Faubourg du Temple aux commerces de l’angle Bichat-Temple et nous attendions le lancement, par Paris Habitat et la Mairie du 10e, d’un appel à candidatures qui devait en principe tenir compte des projets issus de la consultation des habitants. L’appel a enfin été lancé, avec un peu de retard, le 23 mars de cette année. Le 13 avril, une réunion publique à la Mairie du 10e a abouti à une très légère révision à la baisse de la fourchette des loyers affichée par le bailleur (passant de 400-500 €/m2/an HT/HC à 300-500 €/m2/an HT/HC – contre 190 €/m2/an pour les rez-de-chaussée des immeubles construits par la Siemp rue Saint-Maur ou à l’angle Vellefaux-Moinon, 150 €/m2/an pour celui projeté par Paris Habitat au 115 bd de la Villette, 239 €/m2/an pour la pépinière de start-up de la mode imposée par la majorité municipale dans le projet de rénovation de la caserne de Château-Landon ou 220 €/m2/an, prix moyen des loyers commerciaux sur tout Paris). Le 29 juillet, la commission de validation (comprenant deux représentants des habitants) s’est réunie pour la première fois. Bien que le nombre de candidatures reçues ait été relativement peu important (une dizaine seulement pour cinq locaux, contre plus d’une cinquantaine pour les deux locaux de l’immeuble de la Siemp à l’angle Vellefaux-Moinon ; de nombreux candidats potentiels, présents à la réunion du 13 avril, ont manifestement été découragés par le montant des loyers), il y en avait plusieurs correspondant aux thèmes ciblés par l’appel, et le 1er octobre, la commission a désigné à l’unanimité des projets en phase avec les souhaits des habitants (voir la liste des lauréats en page Appel à projets).

La phase suivante devait être celle des négociations entre les porteurs des projets retenus et le bailleur. Après avoir tardé à s’engager – en raison des efforts du bailleur pour positionner, sans succès, l’un des projets retenus (le poissonnier ou les produits fermiers) sur le local n° 4 – elle a paru un moment devoir s’achopper sur un retour à la fourchette haute des loyers (400-500 €/m2/an HT/HC), totalement irréaliste pour une librairie de quartier ou une « halle alimentaire » proposant des produits de qualité à prix abordable. Après notre lettre ouverte à Rémi Féraud du 11 décembre, appuyée par le Conseil de quartier (dont plusieurs membres de l’équipe d’animation ont annoncé, à la plénière du 15 décembre, leur intention de démissionner si ces deux projets les plus emblématiques devaient être finalement recalés) et plusieurs courriers de suivi, le directeur territorial de Paris Habitat est revenu à la fourchette de 300 (plancher absolu) à 500 €. Les négociations concrètes semblent s’être enfin engagées peu avant Noël. Avec un peu de chance, nous devrions en connaître les résultats avant la fin janvier.

Nous espérons fermement que les décisions du 1er octobre seront confirmées. Restent cependant quelques bémols :

  • le plancher de 300 €/m2/an HT/HC (soit autour de 400 €/m2/an TTC) est toujours bien cher par rapport à la fois à la nature des projets retenus et à la moyenne du quartier ; on pouvait espérer mieux pour ce secteur de la rue du Faubourg du Temple, sinistré par la bulle spéculative qui a accompagné l’arrivée de la mono-activité de l’habillement bas de gamme
  • la partition de la surface de 435 m2 destinée d’abord au DailyMonop’ devait non seulement permettre de répondre aux besoins des habitants en matière de commerces, mais aussi résoudre les problèmes posés par une façade « morte » sur la rue Bichat : alignement de locaux de service (poubelles, vélos, entrée/sortie de parking, entrées de livraisons, sorties de secours) qui aurait condamné à terme les commerces du côté pair et placé l’entrée de la crèche au milieu des mêmes nuisances (urine, dépôts d’ordures sauvages) qu’attirent déjà les rideaux de fer perpétuellement baissés de l’immeuble des Trois F au 49 rue du Fbg du Temple/2-4 rue Bichat ; la création de trois commerces ou locaux d’activité y auraient apporté de la vie et ouvert le nouvel immeuble sur le quartier ; or, aux dernières nouvelles, deux de ces trois locaux ne sont pas viables ; l’entrée du lot n° 3, s’ouvrant sur un dénivelé de 60 cm, serait destinée à devenir une sortie de secours (sur rue !) ; le même problème de dénivelé (que nous avions signalé à maintes reprises à Paris Habitat avant et pendant le coulage de la dalle du rez-de-chaussée en septembre 2014) se pose dans le lot n° 4 (expliquant l’absence de candidatures sur ce local et son refus par les deux candidats à qui il a été proposé), qui serait ainsi voué ou à rester vide ou à accueillir éventuellement un établissement ne recevant pas de public ; resterait un seul lieu de vie sur la rue Bichat, le petit lot n° 5, attribué à l’association ETM (si ses subventions lui permettent d’en payer le loyer) – c’est peu, et nous ne pouvons pas ne pas regretter le peu de compréhension du bailleur et des élus pour ce problème réel
  • comme aucun des candidats ne veut se repositionner sur le lot n° 4 en assumant lui-même le coût de sa mise aux normes pour l’accueil du public, l’un des quatre « lauréats » sera forcément éliminé
  • inutile de dire que Rémi Féraud n’a toujours pas donné suite à la quasi-promesse qu’il nous avait faite en mai 2013 de reparler à Anne Hidalgo, après les élections municipales de mars 2014, pour que la Ville de Paris décide de réformer sa politique de « financement du logement social par les rez-de-chaussée », cause ultime (les considérations financières de court terme primant l’humain) d’une situation  qui ne se limite pas à notre coin de rues

Nous espérions, par ailleurs, que la procédure de concertation mise en place pour les commerces de Bichat-Temple pourrait être généralisée, pour permettre à tous les habitants, y compris ceux qui n’ont pas d’accointances à la Mairie, de devenir acteurs de leur quartier et, sait-on jamais, de reprendre peut-être un peu espoir en la politique en cette période marquée par la désillusion et l’abstentionnisme. (Paul Simondon, adjoint en charge de l’urbanisme, avait bien dit à la plénière du Conseil de quartier en décembre 2014 : « on veut que cette réflexion-là ne soit pas juste pour cet immeuble, mais qu’elle resserve quand il y aura d’autres immeubles sur lesquels la question se pose ».) C’était la raison de notre question de pré-Conseil, posée en Conseil d’arrondissement le 15 juin. Le maire du 10e et sa conseillère déléguée au commerce et à l’artisanat y ont réagi en créant une « Commission extra-municipale sur le commerce et l’artisanat ». Cet organe, dont le but proclamé est d’« organiser la concertation autour des projets liés à l’acquisition et à l’implantation de locaux commerciaux et artisanaux dans l’arrondissement » s’est réuni pour la première fois le 14 décembre. Vous trouverez en page Documents les documents diffusés à cette occasion (https://stopmonop.files.wordpress.com/2014/05/cemca-attributions-2013-2017.pdf) et le verbatim de la séance (https://stopmonop.files.wordpress.com/2015/12/cemca-transcription-1.pdf).

L’impression que nous en avons emportée est plus mitigée encore que le bilan provisoire de l’opération Bichat-Temple :

  • La réunion a été consacrée, non pas à l’organisation d’une concertation sur les attributions à venir, mais exclusivement à l’information, de haut en bas et à grand renfort de langue de bois, sur les commerces implantés au cours des trois dernières années. Sur ce chapitre de l’information, on aurait pu espérer un exposé ou un débat sur la conception générale qui a motivé les choix effectués. (On a l’impression, en ce qui concerne l’alimentaire, par exemple, que nos élus n’envisagent pas de troisième voie, plus responsable que la grande distribution et plus accessible que les épiceries fines et néo-boucheries gentrificatrices affectionnées par la Semaest. La transition écologique exige cependant une remise en question sérieuse de nos modes de consommation et des structures de distribution qui y pourvoient.) Il n’en a pas été question. L’adjointe à l’économie sociale et solidaire ne fait pas partie de la commission.
  • On nous a dit que la concertation se fait « entre élus », que tout habitant est libre de faire connaître ses souhaits aux élus de sa connaissance (!), que la consultation formelle des habitants serait donc réservée à l’avenir aux opérations « costaudes ». Pourtant le 10e arrondissement ne promet pas, heureusement, d’être dans les années qui viennent le site de grands projets de « rénovation urbaine » comme les communes de la banlieue ou certains arrondissements périphériques. La transformation des deux gares de l’arrondissement en galeries marchandes s’est faite sans consulter la population, et même l’exemple cité de l’aménagement de la caserne de Château-Landon ressemble plutôt à une occasion manquée (surtout quand on se rappelle le beau projet posté à ce sujet sur la plate-forme du budget participatif 2015).
  • On nous a vanté l’efficacité des protections du commerce et de l’artisanat inscrites au PLU (plan local d’urbanisme). Pourtant, la rue du Faubourg du Temple bénéficie d’une protection du commerce et, entre la rue Yves Toudic et la rue d’Aix, d’une protection renforcée de l’artisanat. La Mairie doit donc en principe donner son aval en cas de changement d’activité. Rien de tout cela n’a empêché l’artisan traiteur du 46 d’être remplacé par un magasin de vêtements, pour ne citer que le dernier exemple en date, sans retracer toute l’histoire de la transformation de l’ancienne rue marché en artère mono-commerce. Quelque chose ne fonctionne pas.
  • On nous a annoncé que la rue du Faubourg du Temple jusqu’au métro Goncourt serait en principe incluse dans l’extension de l’opération Vital’Quartier 2 (http://www.semaest.fr/nos-realisations/vital-quartier/) qui doit être votée en Conseil de Paris en février/mars (votée effectivement à la séance des 28-29 mars : http://a06.apps.paris.fr/a06/jsp/site/plugins/odjcp/DoDownload.jsp?id_entite=37955&id_type_entite=6). Cette mesure risque cependant de rester inopérante, car la Ville ne veut pas autoriser la Semaest à préempter des baux et des fonds de commerce, même si c’est désormais légalement possible et fonctionne très bien dans de nombreuses communes de banlieue. Or, les cessions affichées dans la rue du Faubourg du Temple sont uniquement des cessions de baux, et non pas des ventes de murs. Si la représentante du cabinet d’Olivia Polski a évoqué, par rapport au nord de l’arrondissement, la possibilité d’une éventuelle expérimentation de préemption de baux dans un périmètre limité en cas d’impossibilité avérée d’acheter des murs, il est peu probable que nous en bénéficiions, pour de simples raisons de calendrier : Vital’Quartier 2 prendra fin en 2021. Le temps de constater l’impasse, et la porte entrouverte se refermera.

Que faire ?

Le tissu urbain se tisse par petites touches. Il n’y a pas de raison pour que les habitants du quartier ne soient pas consultés sur l’attribution des locaux d’activité en pied des immeubles de la Siemp au 179 rue Saint-Maur (comme Rémi Féraud l’a fait espérer aux personnes présentes à la plénière du Conseil de quartier en février 2013) ou au 97 rue du Faubourg du Temple. (Peut-être pourrons-nous prévenir ainsi des bévues comme l’approbation, en 2015, de l’installation d’un magasin de vêtements dans un local de Paris Habitat au 113 rue du Faubourg du Temple, là où on aurait pu profiter du local en question pour atténuer l’emprise du mono-commerce du vêtement sur la rue.) Il faudra nous faire entendre pour demander :

  1. la mise en place, à tout le moins, d’une information systématique en direction des conseils de quartier et des associations concernant les passations de baux en général et, plus particulièrement, la liste des candidatures pour les locaux neufs des bailleurs sociaux, et cela, bien sûr, en amont des attributions
  2. la mise en place, idéalement, d’une structure moins lourde et plus souple que la commission extra-municipale (éventuellement, sur le modèle de la commission de validation dans l’opération Bichat-Temple), dans ces derniers cas, pour rendre, à tout le moins, la consultation effective
  3. un débat de fond pour la prochaine réunion (qu’est-ce qui rend un commerce « intéressant » aux yeux de nos élus ? problèmes de l’uniformisation et de la gentrification)
  4. la représentation, à tout le moins, du conseil de quartier, à la prochaine réunion du groupe de travail Semaest, prévue pour février/mars 2016, même si l’extension de Vital’Quartier 2 n’a pas encore été votée

… et plus, si vous avez des idées.

Tout en militant, par exemple dans le cadre du collectif de collectifs  actuellement en voie de formation dans le Nord-Est parisien, suite au débat du 25 octobre à la Bellevilloise (« Paris pas sans nous »), pour un projet créant un parc de locaux d’activités à loyer modéré (comme la « halle alimentaire », encore une promesse électorale à rappeler à l’actuelle majorité municipale) dont les attributions seraient soumises à une concertation définie à l’avance (avec participation des habitants aux instances décisionnaires) et dont les résultats seraient contraignantes.

Et, en attendant, que 2016 nous soit propice !

(Pour un autre point de vue : http://actionbarbes.blogspirit.com/archive/2015/12/17/le-commerce-se-porte-plutot-bien-dans-le-10e.html)

Publicités

Lettre ouverte à Rémi Féraud n° 2

Alors que notre lettre ouverte du 19 juillet (https://stopmonop.wordpress.com/2015/07/20/lettre-ouverte-a-remi-feraud/) demeure toujours sans réponse, les questions que nous y posions au maire du 10e arrondissement, président du groupe socialiste au Conseil de Paris, sont toujours, voire plus que jamais d’actualité. Nous nous inquiétions alors de la possibilité de concilier critères financiers et critères humains dans la procédure de concertation engagée autour des commerces du projet Bichat-Temple. Aujourd’hui, en cet entre-deux-tours électoral si particulier, nos craintes semblent malheureusement se confirmer (voir notre premier post du jour : https://stopmonop.wordpress.com/2015/12/11/urgence-en-la-demeure/). Serons-nous mieux écoutés ?

Paris, le 11 décembre 2015

Monsieur le Maire,

Je vous écris aujourd’hui, en cette veille de deuxième tour d’élections dont l’issue a de quoi nous inquiéter tous, pour vous rappeler la lettre que je vous ai adressée le 19 juillet dernier et qui est restée à ce jour sans réponse. J’y exprimais mon souci, et celui des habitants réunis au sein du collectif Stopmonop, vis-à-vis du montant des loyers affichés dans l’appel à candidatures lancé pour les cinq locaux d’activités en pied de l’immeuble Paris-Habitat de l’angle Bichat-Temple (initialement 400-500 €/ m2 loyer annuel HC/HT ; réduit à 300-500 €/m2 à la suite de la réunion publique du 13 avril en Mairie du 10e), montant dont nous avions lieu de craindre l’incompatibilité avec la viabilité des projets d’intérêt social et culturel ciblés comme prioritaires par l’appel.

J’ai été ensuite – de même que Camille Arnodin, de l’équipe d’animation du conseil de quartier Saint-Louis/ Faubourg du Temple, qui représentait avec moi les habitants au sein de la commission de validation présidée par Stéphane Bettiol – plus qu’agréablement surprise de voir le choix unanime de cette commission tomber précisément sur les projets les plus en phase avec les demandes issues de la procédure de concertation, notamment un projet de librairie-papeterie et un autre de vente de produits fermiers à petit prix (« halle alimentaire » présentée par une jeune entreprise lauréate des Trophées de l’ESS 2015) dont l’intérêt pour le quartier n’est pas chiffrable.

Paris-Habitat nous a demandé d’attendre les dernières mises au point avant d’annoncer la bonne nouvelle à tout le monde. Le Conseil de quartier, qui avait mis le sujet à l’ordre du jour de sa plénière de mardi prochain 15 décembre, s’en faisait une fête en cette période sombre, lorsqu’un message de Jacques Larouzée, directeur territoriale nord-est chez Paris Habitat, est venu hier tout remettre en cause. Que M. Larouzée rappelle que les projets retenus ne le sont que « sous réserve de satisfaire aux attentes de Paris Habitat en terme de loyers », c’est bien normal. Ce qui l’est moins, c’est qu’il rehausse la fourchette des loyers au niveau de 400-500 €/m2 HC/HT, obligeant les candidats à revoir au pied levé leurs montages financiers, sinon à jeter l’éponge face à des exigences inconciliables avec le sens même de leur activité (une librairie indépendante de quartier ou une jeune pousse de l’ESS ne générant pas le même chiffre d’affaires qu’une multinationale de la grande distribution et ne pouvant pas jouer sur les prix à l’instar des commerces qui ciblent plus particulièrement les classes moyennes aisées).

Le bilan de la procédure de concertation qui devait inspirer la nouvelle Commission extra-municipale sur le commerce et l’artisanat dont la première réunion se tiendra lundi prochain, 14 décembre, à la Mairie, serait ainsi un beau zéro pointé.

Est-ce réellement cela, le message que vous voulez envoyer à un électorat qui, dimanche dernier déjà, s’est laissé tenter à plus de 50 % par l’abstentionnisme ? Qui s’abstient, en grande partie, par désespoir d’être entendu par ses représentants ?

Ne pourriez-vous, aujourd’hui encore – avant même de reposer à Anne Hidalgo la question de l’indispensable réforme des politiques de financement du logement social par les rez-de-chaussée, dont vous étiez convenu avec nous en mai 2013 – user de votre influence politique pour ramener Paris Habitat, en terme de loyers, à la modération seule compatible avec l’esprit de la concertation engagée ?

En m’efforçant de garder espoir, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de mes salutations distinguées.

 Erika Abrams
8 rue Bichat

Urgence en la demeure

Voilà plus de deux mois que ce blog a du mal à se retenir de crier victoire concernant les cinq commerces du projet Bichat-Temple. Aujourd’hui, malheureusement, nous sommes obligés de constater que le cri qui a fini malgré tout par nous échapper, le 21 octobre, était prématuré.

Il y avait pourtant de quoi nourrir les meilleurs espoirs. Comme nous l’avons annoncé plus d’une fois, la commission de validation de l’appel à candidatures (réunissant, sous la présidence de Stéphane Bettiol, adjoint au directeur général de Paris Habitat en charge des politiques patrimoniales et sociales, 2 représentants de Paris Habitat, 2 élus du 10e, 2 représentants de l’Hôtel de Ville et 2 représentants des habitants) a retenu, à sa dernière réunion, le 1er octobre, des projets entièrement en phase avec les vœux des habitants. Entre-temps, le quartier a été frappé par les événements tragiques que l’on sait, mais ce n’est manifestement pas là la raison pour laquelle Paris Habitat a attendu le 10 décembre avant de nous autoriser enfin à rendre ces choix publics.

Les lauréats désignés le 1er octobre étaient :

lot n° 1 – Kelbongoo ( http://www.kelbongoo.com/), vente de produits fermiers à petit prix, jeune entreprise lauréate des Trophées de l’ESS 2015

lots n° 2-3 – projet de librairie-papeterie porté par la société exploitante de la librairie les guetteurs de vent (108 avenue Parmentier ; http://lesguetteursdevent.blogspot.fr/)

sans lot précis – « poissonnerie à manger » By Sou… – projet de poissonnerie + restaurant soumis par l’ancien chef du restaurant Ploum (précurseur du Petit Cambodge au 20 rue Alibert) et ses associées du restaurant Cartel (153 quai de Valmy ; https://www.facebook.com/restaurant.cartel) ; ce projet candidatait sur les lots n° 2-3, pour lequel il n’a pu être retenu pour des raisons techniques (absence d’extraction) ; il a été décidé de lui proposer le lot n° 4, sur la rue Bichat, en accordant d’éventuelles compensations au niveau tant du loyer que de la prise en charge des travaux pour contrebalancer les défauts de ce local

lot n° 5 – ETM (Mouvement d’entraide pour le Tiers monde et la coopération), association d’aide à l’intégration dans le domaine social et de l’emploi, actuellement installée au 25 rue Bichat dans un local trop petit pour ses besoins.

Pour mémoire, le plan des 5 lots : capture-d_ecc81cran-2014-10-14-acc80-14-08-54

Le message reçu, le 10 décembre, de Jacques Larouzée, en charge de la direction territoriale nord-est chez Paris Habitat, nous apprend que :

– la poissonnerie juge que le lot n° 4 ne convient pas à son projet ; les porteurs du projet seraient intéressés par le lot n° 1, mais Kelbongoo, auquel le lot n° 4 a été proposé sans les compensations prévues à la réunion du 1er octobre, n’a pas accepté l’échange ; la poissonnerie a donc été mise en stand-by ;

– les trois projets restants ne sont retenus que (nous citons M. Larouzée) « sous toutes réserves de satisfaire aux attentes de Paris Habitat et de la Commission en terme de fonctionnement et de loyers, et ce avant le 15 janvier 2016 » ; au cas contraire, l’appel à candidatures sera déclaré infructueux (comprendre : nul et non avenu) et Paris Habitat attribuera les locaux à sa guise.

Les « attentes en terme de fonctionnement » concernent essentiellement Kelbongoo, dont la formule table sur un système de commandes passées en ligne et livrées au magasin, et dont le bailleur exige d’emblée une ouverture 6 jours sur 7 (difficile, sans laisser à cette jeune entreprise le temps de s’implanter dans le quartier).

Les « attentes en terme de loyers » ne sont pas celles qui figuraient dans la dernière version de l’appel à candidatures.
Les lecteurs de ce blog se souviendront, en effet, qu’après la réunion publique du 13 avril 2015 à la Mairie du 10e, où toutes les personnes présentes avaient insisté vigoureusement sur l’incompatibilité entre les loyers affichés et le type de projet priorisé par l’appel à candidatures, la fourchette initiale de 400-500€/m2 HT/HC [loyer annuel] avait été légèrement revue à la baisse et portée à 300-500€/m2, devenant ainsi, de justesse (en comptant encore sur une petite négociation à la baisse), réaliste. La fourchette indiquée par M. Larouzée dans son mail du 10 décembre est revenue mystérieusement à 400-500€/m2 HT/HC – chiffre irréaliste qui oblige les candidats à revoir au pied levé leurs plans de financement et risque de tout faire capoter.

Peut-être pourra-t-on repêcher au passage la poissonnerie, mais l’esprit de l’appel à candidatures était ailleurs, plus social, plus culturel (ce qui fait besoin par les temps qui courent).

Bon gré mal gré, on se demande : tout ça pour ça ?

Tous nos efforts et ceux des élus qui ont soutenu la procédure de concertation dans laquelle nous sommes engagés depuis un an – concertation qui devait contribuer à faire du projet Bichat-Temple le « projet phare » dont rêve le maire du 10e – vont-ils aboutir simplement à la constatation qu’une librairie de quartier indépendante ou une jeune entreprise d’ESS, engagée dans la transformation de notre mode de vie et de nos façons de penser qu’Anne Hidalgo dit appeler de ses vœux, ne génèrent pas le même chiffre d’affaires et ne peuvent donc pas supporter les mêmes charges qu’une multinationale de la grande distribution ? (Mais on le savait dès le départ.) Et que nous sommes bien naïfs de croire que nos représentants politiques ont encore la volonté de rester tant soit peu à notre écoute ? – Drôle de message à envoyer, en cette veille de second tour d’une élection mal barrée, à un électorat déjà tenté à 50 % par l’abstentionnisme.

Le temps qui nous reste pour essayer encore de sauver au moins quelque chose est bien limité. Nous encourageons vivement tous ceux qui aimeraient voir les projets retenus par la commission se réaliser pour de bon dans le quartier, comme ceux qui aimeraient voir cette réalisation servir de précédent à l’échelle de l’arrondissement et de toute la ville :

  • à écrire à Rémi Féraud, maire du 10e, en lui demandant d’user de son influence auprès du bailleur pour obtenir, en terme de loyers, la modération seule compatible avec l’esprit de la concertation engagée ;
  • à assister le lundi 14 décembre, à 18 h, dans la Salle des Fêtes de la Mairie du 10e, à la première réunion de la nouvelle Commission extra-municipale sur le commerce et l’artisanat ;
  • à assister encore, le mardi 15 décembre, à 19 h, à l’école Saint-Maur (200 rue Saint-Maur), à la réunion plénière du Conseil de quartier, où les commerces Bichat-Temple se retrouveront encore une fois à l’ordre du jour.

Quoi qu’il en soit, il faut croire qu’il est grand temps de reprendre notre lutte pour une révision générale du système de financement du logement social. Il y a urgence en la demeure, si nous ne voulons pas que la mauvaise habitude de faire des commerces le variable d’ajustement des montages financiers signe définitivement l’arrêt de mort du petit commerce de proximité responsable et à la portée de toutes les bourses.

 

Pour en savoir plus…

Le lundi 14 décembre, à 18 h, se tiendra, dans la salle Jean Marandon, au cinquième étage de la mairie du 10e arrondissement (72 rue du Faubourg Saint-Martin), la première réunion de la nouvelle Commission extra-municipale sur le commerce et l’artisanat, créée en réponse à notre question de pré-Conseil du 15 juin dernier et évoquée déjà dans notre post du 1er novembre. Il s’agira d’une réunion de mise en place, très importante pour définir le futur fonctionnement de cet organe dont le but est d’« organiser la concertation autour des projets liés à l’acquisition et à l’implantation de locaux commerciaux et artisanaux dans l’arrondissement ». Le bureau Démocratie locale de la Mairie a inclus la réunion dans son calendrier de décembre des événements concernant la vie citoyenne. Cela veut dire qu’elle sera ouverte à tout le monde – habitants, commerçants, usagers du 10e arrondissement – qui s’intéresse à ces questions, essentielles pour notre cadre de vie.

Hélène Duverly, conseillère déléguée au commerce, à l’artisanat et au tourisme auprès du maire du 10e, dit vouloir consacrer une partie de la réunion à une discussion sur la présentation du « diagnostic commercial » élaboré en juin 2015 par l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) pour l’arrondissement, enrichi d’éléments de perspective économique et complété par la liste des locaux attribués par les 3 principaux bailleurs sociaux de la Ville entre 2013 et 2015. Ce sera donc l’occasion, pour ceux qui s’impatientent de connaître les résultats de l’appel à candidatures pour les commerces de l’angle Bichat-Temple (et les raisons qui retiennent toujours le bailleur de les rendre publics), d’en savoir plus. L’occasion aussi, pour ceux qui s’interrogent sur la nature, perçue comme élitiste ou en décalage avec l’âme du quartier, de certains commerces installés ces derniers temps par la Semaest ou les bailleurs sociaux (par exemple, la « néo-boucherie » de la rue de Lancry ou le « lifestyle shop » de l’angle Sainte Marthe-Saint Maur), de recevoir quelques explications sur la vision de ceux qui, jusqu’à présent, ont décidé, pour l’essentiel, sans nous. À voir, ce qu’on pourra en augurer pour une éventuelle future intervention de la Semaest contre le mono-commerce de la rue du Faubourg du Temple (évoquée par Hélène Duverly déjà au CA de juin 2014).

Enfin, comme l’objectif de la commission est bien d’organiser la concertation, et comme la concertation (demandée par notre question de pré-Conseil) concerne par définition l’avenir, la réunion devra forcément aborder aussi la question des attributions qui seront à réaliser dans les mois à venir. Nous invitons ceux qui auraient connaissance de locaux d’activités dans ce cas, relevant ou des bailleurs sociaux (Paris Habitat, RIVP, Siemp, Élogie) ou de la Semaest, à nous les signaler pour que nous puissions en dresser avant le 14 décembre un inventaire aussi complet que possible. Pour l’instant, partant de notre coin de rues, nous avons relevé plusieurs opérations de démolition/reconstruction comportant des locaux commerciaux en pied d’immeuble :

  • 179 rue Saint-Maur (« Aux neuf billards »), un local d’activités, situé au rez-de-chaussée, développant une surface utile d’environ 90 m2 et dont le loyer serait fixé sur la base annuelle d’environ 190 euros/m2, livraison prévue juillet 2016 (Siemp)
  • 24 avenue Claude Vellefaux, un local de 110 m2 entre rez-de-chaussée et sous-sol, loyer annuel (HC/HT) 19 632 €, disponible depuis novembre 2015 (Siemp)
  • 1-3 rue Jean-et-Marie-Moinon, un local de 118 m2 entre rez-de-chaussée et sous-sol, loyer annuel (HC/HT) 22 260 €, disponible depuis novembre 2015 (Siemp)
  • 97 rue du Faubourg du Temple, un local de 85 m2, livraison prévue initialement en 2014, mais la démolition semble seulement sur le point de commencer* (Siemp)
  • 115 boulevard de la Villette, un local d’activité développant une surface utile d’environ 220 m2 dont le loyer serait fixé sur la base annuelle d’environ 150 euros/m2, livraison prévue en juin 2016 (Paris Habitat)

[* démolition bien avancée à la mi-février 2016 :

97rueduFbg.13février2016

Ci-dessous, un élément pour préparer la réunion : carte de l’APUR enregistrant l’état du commerce dans le 10e en 2014. À noter que ce document ne distingue pas entre grande distribution et petit commerce de proximité (ce qui rend difficile de se faire une idée exacte de la situation, notamment dans l’alimentaire, si on n’est pas soi-même directement au contact de ces « équipements ») et ne reflète pas non plus le niveau de prix pratiqués par les magasins recensés.

Capture d’écran 2015-12-02 à 17.39.32