État des lieux

Il n’y a pas grand-chose de nouveau à signaler à Bichat-Temple et dans le quartier en général en cette veille des grandes vacances. Plutôt un piétinement généralisé – imputable à la parenthèse des élections ou avant-goût de leurs retombées pour nous ? C’est ce qui reste à voir. En attendant :

  • Malgré un vœu du groupe communiste en Conseil de Paris le 9 mai, aboutissant à une réunion de travail, le 24 mai, chez Olivia Polski, adjointe d’Anne Hidalgo en charge du Commerce et de l’Artisanat, avec la participation des co-fondateurs de Kelbongoo, de Rémi Féraud et Didier Le Reste pour le 10e arrondissement, de représentants de la Direction de l’Attractivité et de l’Emploi et des services juridiques de la Ville ainsi que de deux représentants de Stopmonop ; malgré des courriers de relance notamment de la part de Didier Le Reste ; malgré la diligence de Kelbongoo à fournir tous renseignements demandés par Mme Polski ; malgré une réunion, le 13 juin, en Mairie de Paris, du comité de pilotage du dispositif des « 4 saisons solidaires » (organe composé de représentants de tous les groupes du Conseil de Paris ainsi que des maires des arrondissements concernés), la subvention de 200 000 € votée au porteur du projet de « halle alimentaire » dans le 10e dans le cadre du Budget participatif 2016 demeure bloquée.
    On nous a expliqué ce blocage par une directive européenne interdisant aux pouvoirs publics de subventionner (de manière directe ou indirecte) une entreprise commerciale, quelle qu’elle soit, au-delà de 200.000 € sur trois exercices budgétaires. L’octroi, en novembre 2016, d’une subvention d’équipement de 196.000 €, non pas directement à Kelbongoo, mais à Paris Habitat, pour exécuter les travaux de gros œuvre d’aménagement rendant le lot n° 4 de Bichat-Temple apte à accueillir une halle alimentaire (telle que prévue à la p. 2 de l’appel à candidatures lancé le 23 mars 2015 : « une halle alimentaire correspondant à la demande d’une alimentation saine à prix abordable, prenant en compte les circuits courts ») rendrait impossible de respecter en 2017 le vote des habitants du 10e à la dernière édition du Budget participatif. Les directives appliquées ne font aucune distinction entre un commerce classique à but 100 % lucratif (comme, par exemple, le restaurant-poissonnerie qui devait occuper le lot n° 1, initialement attribué à Kelbongoo) et une entreprise de l’ESS bénéficiant de l’agrément ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale) et chargée d’une mission d’intérêt général. Cela, alors que dans le 14e, on a trouvé moyen de faire bénéficier la structure choisie pour porter le projet de « halle alimentaire » d’une somme de 600.000 €.
    La situation tient donc clairement de l’absurde. Nos interlocuteurs s’en rendent compte et ont fait preuve dans l’ensemble de bonne volonté, MAIS le seconde réunion prévue pour début juin, après nouvelle étude de l’expert juridique, n’a toujours pas eu lieu et ça urge.
    En effet, Paris Habitat vient d’achever les travaux de gros œuvre. Kelbongoo, qui a visité le local ce 29 juin et devra signer dans les jours qui viennent des devis pour l’achat du matériel nécessaire à son installation, a besoin de savoir très rapidement à quoi s’en tenir. Sans information sur le soutien que la Ville de Paris pourrait apporter au projet, il ne pourra s’engager. C’est-à-dire : si les fonds votés au budget participatif ne sont pas débloqués rapidement, en totalité ou en partie, l’ouverture de la halle alimentaire dans le 10e serait compromise, ainsi que l’avenir même de Kelbongoo.
    [Mise à jour : jeudi 6 juillet, le cabinet d’Olivia Polski a annoncé pour la semaine suivante (le mardi 11) une seconde réunion du comité de pilotage qui devrait « apporter les clarifications nécessaires sur les possibilités d’action de la Ville dans le cadre légal permis par la loi ». La langue de bois laisse-t-elle filtrer une lueur d’optimisme ? À voir…] 
    [NOUVELLE MISE À JOUR : mardi 11 juillet, le comité de pilotage des halles alimentaires a rendu son verdict. C’est NON : « au regard des aides déjà perçues [par Paris Habitat !] il n’est pas envisageable de répondre favorablement à la demande de subvention complémentaire [c’est-à-dire de verser l’argent voté au budget participatif] ». Pourtant, réuni à nouveau le 12 juillet autour du projet de halle alimentaire du 14e, le même comité a débloqué 300.000€. Pourquoi donc avoir bafoué le vote des habitants du 10e en mettant en question tout le dispositif du budget participatif à un moment de crise grave de la démocratie en général ? Mystère ! En tout cas, il ne faudra pas encaisser le coup sans réagir. Voir ici la réaction du groupe communiste au Conseil de Paris.]
  • Par ailleurs, Paris Habitat n’a toujours pas lancé le nouvel appel à candidatures prévu pour le lot n° 1 (abandonné par le projet « By Sou… » de restaurant-poissonnerie, revu en simple restaurant à spécialité de poissons) et annoncé par Hélène Duverly, conseillère déléguée au Commerce et à l’Artisanat dans le 10e, pour la seconde quinzaine de juin. Le Conseil de quartier a été consulté pour l’orientation de cet appel lors d’une réunion à la Mairie du 10e, le 6 juin (avec Hélène Duverly, Léa Vasa, adjointe en charge de l’Économie sociale et solidaire, et Stéphane Bribard, élu référent du quartier). Il a été question alors notamment d’une poissonnerie (avec cahier de charges écoresponsable), d’une charcuterie-traiteur, d’une papeterie-maison de la presse et d’une ludothèque, mais la décision définitive reste à Paris Habitat et se fait attendre.
  • L’appel aux dons lancé par l’association ETM (Entraide Tiers monde – aide à l’insertion des jeunes immigrés exclus de l’emploi) pour compléter le coût de son installation dans le lot n° 5 (5bis rue Bichat) n’avance guère. Je rappelle donc le lien : https://www.helloasso.com/associations/etm-mouvement-d-entraide-pour-le-tiers-monde-et-la-cooperation/collectes/un-nouveau-local-pour-les-exclus-de-l-emploi
  • Concernant plus généralement le secteur de la rue du Faubourg du Temple compris entre Jules Ferry et Parmentier, nous mettions de l’espoir dans la question de pré-conseil posée par le Conseil de quartier Louis Blanc / Aqueduc au Conseil d’arrondissement du 22 juin, demandant (à la suite du vœu adopté à ce sujet au CA du 14 mars 2016) la création d’un périmètre de préemption, par la Semaest, des fonds de commerce et baux commerciaux – seul dispositif qui peut rendre efficace l’inclusion de la rue du Faubourg du Temple dans l’opération de redynamisation commerciale Vital’Quartier 2 votée en Conseil de Paris en mars 2016. Malheureusement, la réponse des élus a été, au mieux, dilatoire : Hélène Duverly, en charge du Commerce et de l’Artisanat, s’est déclarée prise au dépourvu et a priori contre ; les élus PC, EELV et LR soutiennent ; Rémi Féraud aurait exprimé un soutien de principe (en ce qui concerne le secteur La Chapelle), mais en renvoyant au cabinet d’Olivia Polski à l’Hôtel de Ville. Retour donc à la case impasse, comme pour Kelbongoo.
  • Pour conclure sur le chapitre des commerces, vous trouverez en page Documents le verbatim du débat du Conseil municipal de mai 2017 au sujet du soutien promis par Anne Hidalgo à la « vitalité commerciale de Paris », grâce entre autres à la création d’un « groupement d’intérêt économique inter-bailleurs sociaux » pour ôter aux bailleurs individuels la gestion de leurs pieds d’immeuble (demande de Stopmonop depuis notre pétition en ligne de 2014) et faire pendant à l’activité de la Semaest dans le privé. Le nouveau G.I.E. relèvera de la délégation d’Olivia Polski, et on ne trouve dans le document aucune indication que l’intérêt général y primera l’intérêt économique de façon à faire jouer aux bailleurs sociaux un rôle régulateur contre la spéculation (qui repart justement à la hausse dans nos parages, le bailleur social privé les 3F remettant enfin en location le grand commerce du 49 rue du Faubourg du Temple [angle rue Bichat, fermé depuis des années] à 600 €/m2/an HT HC). En revanche, on y trouve bien un renvoi à une plateforme Smart Food Paris, fer de lance, dans la vision de Mme Hidalgo, de la transformation indispensable de nos modes de production et de consommation alimentaire… piloté par les groupes Carrefour et Danone !
    La dernière séance du Conseil de Paris avant les vacances délibérera par ailleurs d’un « appel à projet relatif aux projets d’investissement des commerces dans les quartiers populaires » dans le cadre du projet parisien « Plus de commerces dans les quartiers populaires » voté au budget participatif 2016. Il s’agit de petites aides (d’un montant maximum de 10 000 €) pour les commerçants et artisans déjà établis dans les quartiers populaires qui rencontrent des difficultés à financer des investissements visant à améliorer leurs locaux (seront éligibles, par exemple : la rénovation d’une façade, l’aménagement d’un point de vente, l’achat de matériel ou d’équipements commerciaux,  la mise en accessibilité PMR, etc.). L’enveloppe totale plafonnant à 200 000 € pour tout Paris (contre 2,3 millions destinés aux bailleurs pour la rénovation des locaux vacants en pied d’immeuble), l’impact en sera sans doute assez limité.
  • Quittant le commerce et élargissant le point de vue jusqu’au carrefour de Belleville : le 28 juin, à la réunion ad hoc pour choisir les projets retenus pour le scrutin du Budget participatif 2017 notre projet « Place aux piétons dans le haut du Faubourg du Temple » a été recalé comme « prématuré ». Plutôt que de prévenir les problèmes de voirie qui s’annoncent comme inéluctables (car à la situation décrite dans le projet s’ajoute encore un probable report de la circulation par cet axe et l’axe Vellefaux-Parmentier – avec 900 véhicules/heure annoncés sous les fenêtres de l’Hôpital Saint-Louis – à la suite de la piétonisation du boulevard de Belleville entre le carrefour et la rue de la Fontaine au Roi qui sera réalisée en 2018-2019), on préfère donc attendre qu’ils se concrétisent. L’autre projet, « Des escaliers mécaniques au métro Goncourt », a été tout simplement passé à la trappe. À une réunion de travail qui s’est tenue à la Mairie du 10e le 30 mai avec des représentants de la RATP et de la DVD, mais sans aucun élu du 11e arrondissement, il a bien été question d’une étude sur la question qui pourrait être présentée à la rentrée. Il faudrait de fait une réunion publique inter-arrondissements sur la situation à la fois à Goncourt et à Belleville, mais comme l’entrée d’Elise Fajgeles à l’Assemblée nationale laisse l’arrondissement de facto sans adjoint en charge des transports et de l’espace public, nous n’avons aucune visibilité et ne pouvons qu’espérer que Pierre Japhet, maire adjoint du 11e, qui a participé en janvier à l’une de nos marches exploratoires, reprendra en mains le dossier. À la réunion publique du 27 juin, à la Mairie du 20e, sur le réaménagement du boulevard de Belleville (restitution de neuf mois d’une procédure de concertation réservée au 11e et au 20e), nous avons obtenu au moins la promesse d’une nouvelle réunion, au plus tard à la rentrée, dédiée spécifiquement au carrefour de Belleville, avec participation du 10e et du 19e arrondissement, dont nous aimerions espérer une meilleure prise en compte de la globalité du problème et de ses retombées sur notre cadre de vie.

Peut-être y a-t-il un peu plus d’espoir à puiser chez nos voisins. À signaler :

  • La victoire nette remportée par l’association du « 14 avenue Parmentier » dans sa lutte contre le projet de cinéma et restaurant de luxe que la maire de Paris voyait déjà installé, sous prétexte de « Réinventer Paris », dans l’ancienne sous-station EDF qui hébergeait jusque-là la coopérative artistique et sociale « La Générale ». Précédent plus qu’encourageant, l’histoire est racontée ici. En bref, Anne Hidalgo et son projet bling-bling ont été désavoués par le tribunal administratif qui, en jugeant la procédure d’attribution biaisée (avec un jury composé à plus de 50 % d’élus municipaux), dénonce tacitement le déni de démocratie que nous avons constaté tous en nous heurtant à l’arbitraire qui régit la conception urbanistique de nos édiles et mine au quotidien notre cadre de vie.
  • Le café citoyen organisé le 1er juin par le groupe des 24000, opposé à l’opération spéculative de la banque d’investissement Blackstone (grande bénéficiaire de la crise des subprimes) visant à transformer 24000 m2 dans le 3e arrondissement (qui manque cruellement de logements sociaux) en bureaux inutiles. Dans l’attente des actions annoncées par le groupe pour la rentrée, lire ici les prises de position des candidats aux élections législatives dans la 5e circonscription.
  • La belle manifestation de 500 opposants au Carrefour Gambetta le 3 juin dans les rues du 20e arrondissement, au lendemain d’un rebondissement particulièrement scandaleux : le revente surprise des 20.000 m2 de l’ex-Rectorat à ICADE, filiale semi-publique de la Caisse des Dépôts, avec une plus-value de plus de 50 millions d’euros (montant du prix initial d’achat, jugé en 2015 trop élevé pour que la Ville exerce son droit de préemption) qui tombera dans l’escarcelle du promoteur privé CVI-Gambetta, émanation de la multinationale prédatrice de l’agro-alimentaire Cargill. Pour plus d’infos : https://nonaucarrefouraurectorat.wordpress.com et https://www.facebook.com/groups/Nonaucarrefouraurectorat. La mobilisation continue avec une agora citoyenne tous les samedis place Saint-Fargeau de 11 h à 13 h.
  • La mobilisation des riverains et usagers du parc de Belleville contre le projet de privatisation de la Maison de l’Air (musée municipal, fermé depuis 3 ans, qui sensibilisait notamment les publics scolaires aux problèmes de la pollution et du climat). Là encore, deux projets d’intérêt général déposés sur la plateforme du Budget participatif ont été rejetés au profit d’un appel à concurrence qui destine les 600 m2 de ce pavillon qui partage la vue impayable du Belvédère à accueillir un énième bar branché. Après une mise en jambes le 5 juin, le Collectif Maison de l’Air appelle ce samedi 1er juillet à une nouvelle journée d’action dont vous trouverez le programme (de 12 h à 23 h 30) en page Actus de ce blog. Lire le communiqué du Collectif. Pétition en ligne : https://www.petitions24.net/maison_de_lair__parc_de_belleville__paris#form. Pour plus d’infos : https://maisondelair.fr

  • Également le samedi 1er juillet, nos voisins du 11e annoncent la création de la carte citoyenne de BaBelPop (Bastille-Belleville-Popincourt), lors de la fête de l’été au jardin Truillot. Sur un plan grand format du 11e arrondissement, il s’agira de repérer tous les lieux qui cultivent la solidarité, l’ingéniosité et la sobriété énergétique. Cafés associatifs, jardins partagés, composts de quartier, centres sociaux, foyers d’accueil pour les migrants et les personnes sans domicile, lieux de réparation, artisans, FabLabs, Amap,  commerces en circuits courts… à nous de décider ce que nous voulons faire figurer sur la carte de BaBelPop, qui sera mise en ligne, puis imprimée, en janvier 2018.
    RDV au square des moines de Tibhérine (en face de l’église Saint Ambroise) à partir de 16 h.
  • Sans oublier, plus loin dans l’espace, mais au cœur des problèmes auxquels nous essayons nous aussi de faire face, une urgence : il reste un jour (jusqu’au 30 juin minuit) pour apporter une contribution à l’enquête publique pour la révision du Plan local d’urbanisme (PLU) de Gonesse. Le projet pour lequel il y a enquête publique : un gigantesque centre commercial et un parc d’attraction (avec piste de ski intérieure !) baptisé Europacity et porté par le groupe Auchan, allié à un investisseur chinois. Si ce parc est réalisé, ce serait au détriment de terres agricoles riches à proximité de Paris, et donc à l’encontre des engagements internationaux pris par la France au moment de la COP21 ainsi que des objectifs du Plan Climat de Paris, qui vise à préserver son autonomie alimentaire. Si vous souhaitez apporter votre contribution à l’enquête publique, il suffit d’envoyer un message (même court) au commissaire-enquêteur à l’adresse suivante : enquetepubliqueplu@mairie-gonesse.fr
    Tous les avis comptent, tous les citoyens peuvent donner leur avis !
    (Pour mémoire, le projet Europacity vise à attirer 31 millions de visiteurs [deux fois plus que Disneyland Paris] et le métro, qui ne desservirait que le centre commercial, devrait coûter un milliard d’euros d’argent public. Un contre-projet, porté par Terre de Liens, le réseau AMAP Ile de France, les Biocoop et la Confédération des commerçants de France, fait de la protection des terres agricoles un levier pour la création d’emplois dans tous les domaines de la transition énergétique : éco-construction, rénovation, réparation et mobilité durable.)

Malgré tout, l’été s’annonce chaud.

 

 

 

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